Décembre 23, 2020
Par Fédération Anarchiste Belgique
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Nada for life – L’État, Viva for life et le cirque – Ici et maintenant

Nada for life – L’État, Viva for life et le cirque



Rédigé par ici et maintenant

23 décembre 2020

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Nous
avons trop de respect pour les gens du cirque. Aussi nous
défendrons-nous de comparer les artistes qui se produisent
sous les chapiteaux avec une poignée d’animateurs télé
ou radio pathétiques et dérisoires, qui s’enferment
dans un cube de verre, ou avec ces messieurs-dames qui, aux commandes
de l’état, cautionnent voire collaborent avec
complaisance à ce spectacle pitoyable.

Quand
il s’agit de se donner en spectacle, au moins les gens du
cirque y font-ils montre de leur dignité : celle d’hommes
et de femmes qui accomplissent des prouesses et procurent du
divertissement grâce à leur travail et à leur
talent. Viva for life, rien de tel. Le charity show dans toute sa
médiocrité. Et d’abord, ce show est un business.
La collecte de fonds, certes, ne profite pas directement aux
organisateurs de cette supercherie. Mais il ne faut pas perdre de vue
que l’opération est avant tout promotionnelle. Faire de
l’audience, grâce à l’attrape-gogos du
bazar, et du pèze à la clé, grâce aux
revenus réalisés sur la publicité des
annonceurs.

Sur
le fond du problème, que penser ? Sur base du constat de
la misère, la solution consiste-t-elle à s’enfermer
dans un studio de verre et de relever des défis, en
n’ingurgitant aucun aliment solide pendant une semaine ?
Et à profiter de la petite notoriété de quelques
divas de l’audiovisuel, en faisant passer ces gavés pour
des héros ?

Il
est insupportable qu’un enfant sur quatre vive dans la pauvreté
en Belgique, aujourd’hui. Qui peut nier cela ? Mais il
nous apparaît, à nous anarchiste, encore plus
insupportable de voiler les causes structurelles de la pauvreté.
Ces causes sont connues : inégalités de la
distribution des richesses, inégalités sociales qui se
répercutent à l’école, au travail, dans
l’accès à la santé et à la culture.
L’exploitation, c’est la racine du mal. En fait, la
collecte de fonds de l’opération promotionnelle Viva for
life cautionne cette exploitation, en validant l’idée
que les citoyens nantis peuvent augmenter leur autosatisfaction en
donnant de l’argent qui servira de palliatif aux inégalités,
et de dérivatif aux perdants et aux exclus du système.

Les
bons sentiments ne peuvent pas se substituer à une réelle
prise de conscience sociale et politique. S’attaquer aux causes
de la pauvreté, rien d’autre ne nous paraît aussi
urgent, à nous autres anarchistes.

Et
l’État dans toute cette mascarade ? Il continue de
jouer son rôle, à droite comme à gauche. Les
premiers poursuivent de manière décomplexée leur
travail de sape contre les acquis sociaux, qu’il faudrait
appeler les conquis sociaux, tant ils sont le fruit des luttes
prolétaires contre les détenteurs de l’outil et
du capital. Conquis
sociaux,
toutefois,
fait
référence à la conquête.
Or
en
matière de droit sociaux, il ne s’agit pas d’une conquête,
d’une invasion, mais d’une reconquête partielle de ce qui est
juste et qu’il faut préserver.
Ce
sont donc ces
droits
sociaux
qu’il
convient de sauvegarder.
Quant à
la gauche, elle se contente depuis longtemps de limiter les dégâts,
en portant le front de la résistance sur des luttes
sociétales, sans ambition de transformer une société
inégalitaire en société sans classe. L’État
se frotte les mains, dans les coulisses : un jour, pas si
lointain, nous pourrons réduire les dépenses de
l’État, puisque des amuseurs publics se chargent d’aller
ponctionner le flouze directement dans la poche même des gens.
Et l’impôt, les rentrées, pourront servir à
l’entretien sans vergogne des inégalités et du
capital.

On
va peut-être s’entendre dire : et vous, l
es
anarchistes,
vous faites
quoi, pour les gens ?
Pour
les anarchistes, la charité n’est pas la solution. La manière
dont les anarchistes agissent dans cette société qu’ils
et elles veulent changer est une autre chose.

En tout cas, si nous nous enfermions
dans un cube de verre, ce ne serait pas pour ramasser les miettes du
capital et en faire don à la chiourme, histoire de nous faire
passer pour des bienfaiteurs de l’humanité. Nous en
profiterions pour appeler à une société sans
classe, sans état, débarrassée de
l’asservissement salariale. Nous exigerions, dans un premier
temps, en tout cas, la revalorisation de la sécurité
sociale, en attendant d’en faire, comme tous les secteurs de
l’activité humaine, un organe autogéré.
P
arce que nous ne
pensons
pas
qu’
il
faut faire
quelque chose
pour
les gens,
à la place des gens.
Nous avons la conviction que c’est d’abord aux gens,
c’est-à-dire aux prolétaires, travailleurs et
travailleuses, avec ou sans emploi, de prendre l’initiative et
de faire quelque chose pour eux-mêmes, pour elles-mêmes.

Nous
n’allons pas qualifier l’opération Viva for life,
et la collaboration tacite de l’État qui se frotte les
pognes, de grand cirque médiatico-promotionnel, par respect
pour les clowns, les trapézistes, les acrobates et les
jongleurs qui exercent un vrai métier. On hésite sur le
terme de mascarade, car toute allusion au port du masque provoque de
plus en plus de réactions épidermiques… Nous aurons
donc recours au seul terme qui puisse désigner cette
supercherie : celui d’imposture.

Groupe
Ici & Maintenant (Belgique) de la Fédération
anarchiste
Décembre 2020

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Source: Ici-et-maintenant.group