À première vue, avec 54,94% des voix exprimées, Emmanuel Denis et ses colistièr·es emportent une nette victoire face à l’équipe LR-LREM emmenée par le maire sortant Christophe Bouchet. En fait, c’est une victoire dérisoire qu’a remportée la liste menée par EELV et le PS : avec 14 476 voix, Pour Demain Tours engrange 2 922 voix de moins que la liste menée par l’ancien maire PS Jean Germain lors de sa défaite en 2014. Après 18 ans de mandat et une mise en examen pour complicité passive de prise illégale d’intérêt et détournement de fonds public, Germain avait donc mieux mobilisé que Denis. Difficile d’y voir le signe d’un quelconque « élan », comme semblent l’analyser certain·es militant·es [1].

Ces 14 476 voix qui donnent la victoire à Pour Demain Tours représentent seulement 18,17% des électeur·ices inscrit·es sur les listes. C’est l’équivalent du score réalisé en 2014 par la liste de droite emmenée par Serge Babary : dans le cadre de la triangulaire qui l’opposait à Jean Germain et au candidat FN, Babary avait recueilli le vote des 18,4% des inscrit·es. Si l’abstention a largement progressé (26 348 voix exprimées au second tour en 2020 contre 41 744 en 2014), la pandémie de Covid-19 peut difficilement être considérée comme seule responsable du désintérêt massif exprimé par les habitant·es de la ville pour ce scrutin. On peut sans trop de risque avancer l’hypothèse que cette abstention est également liée à la médiocrité de l’offre partisane, et à l’incapacité des candidat·es à s’adresser à la population.

Maigre victoire d’une écologie politique qui se droitise

On est donc loin de la « victoire écrasante » célébrée par La Nouvelle République en Une de son édition du 29 juin. Loin, aussi, d’une quelconque « vague » écolo ou de la « gauche unie ». La victoire de la liste de Denis dans la ville centre ne suffit pas à masquer les mauvais résultats électoraux des listes portées par les vieux partis de gauche dans la métropole et le département. Château-Renault, Saint-Pierre-des-Corps, Amboise ont été gagnées par la droite. Le maire de Chinon a conservé son poste [2], le maire de Joué-lès-Tours a été réélu dès le premier tour, Briand est toujours aussi solidement installé dans sa mairie de Saint-Cyr-sur Loire…

Dans ces conditions, les partis de gauche et écologistes ont peu de chance de remporter la majorité au sein du conseil métropolitain de Tours. Or, c’est là que seront prises les décisions d’aménagement les plus importantes pour l’évolution future du territoire. Quoi qu’en disent les éditorialistes et les notables de la gauche bourgeoise, la « vague écolo » n’est qu’une illusion et l’on comprend mal l’enthousiasme qu’elle déchaîne.

D’autant plus que, dans de nombreuses villes, les têtes de liste écologistes ont de quoi susciter la méfiance. Il s’agit essentiellement de cadres supérieurs dont les discours visent à rassurer la bourgeoisie et les entreprises, et où les garanties de bonne gestion le disputent au pragmatisme. C’est le cas à Lyon, où un diplômé d’école de commerce obsédé de sécurité se partage l’affiche avec un ingénieur-entrepreneur. Mais aussi à Tours où, dans les derniers jours de la campagne, au cours des débats qui l’opposaient au maire sortant, Emmanuel Denis a dit son amour du lean management [3] et a défendu l’importance de l’aviation d’affaire pour l’avenir de l’aéroport de Tours. Dès le lendemain de son élection, il a encore passé un cap en annonçant à l’antenne de France Bleu Touraine qu’il comptait renforcer les effectifs de la police municipale et en qualifiant la Rotonde de « zone de non-droit » (sic). C’est donc en partie via un décalage à droite du discours classiquement porté par l’écologie politique que ces victoires ont été rendues possible.

Le lieu de célébration de la victoire de l’équipe de Denis est d’ailleurs révélateur : le nouveau maire et ses partisans ont fait la fête au HQ, un espace de « coworking » situé à l’étage de la poste centrale, à quelques pas de l’hôtel de ville. Un lieu parfaitement startup-nation compatible.


Article publié le 30 Juin 2020 sur Larotative.info