Bad Kids of the World [BKW] : Peux-tu nous présenter les enjeux de la lutte contre le projet de loi d’extradition et l’impact qu’une telle disposition légale aura sur la vie quotidienne, du point de vue des conditions matérielles d’existence des travailleurs, mais aussi du point de vue de la capacité organisationnelle des groupes et mouvements sociaux révolutionnaires ?

« Workers Group » {WG] : Je pense que c’est l’une des questions les plus difficiles. Il est très clair que les gens ordinaires ne seront pas touchés directement, même après l’adoption du projet de loi. Il y a trois types de personnes qui sont le plus gravement menacées.

Les très riches Chinois qui fuient le système judiciaire chinois afin d’échapper aux poursuites pour crimes commerciaux, ou des problèmes internes au Parti Communiste Chinois.

Les militants politiques à Hong Kong. Comme il n’y a aucune liberté politique en Chine, il n’y a pas de parti d’opposition organisé dans le pays. Hong Kong est le seul endroit sur le territoire chinois où certains partis d’opposition existent. Ainsi, bon nombre d’entre nous pensent que ces militants politiques sont menacés par ce projet de loi.

Et il y a un troisième groupe. Ce ne sont peut-être pas des Chinois ou des citoyens de Hong Kong, mais ce sont des gens de partout dans le monde qui sont liés à la Chine mais qui ne sont pas les bienvenus en Chine. Ça peut être des travailleurs d’ONG, des religieux, des hommes d’affaires ou n’importe qui que le gouvernement chinois n’apprécie pas.

Lorsque vous parlez des travailleurs et de la vie quotidienne, il est très important de comprendre que presque tous les habitants de Hong Kong sont des migrants chinois ou des descendants de migrants chinois. Beaucoup d’entre eux ont de la famille en Chine continentale et retournent chaque année dans leur ville natale pour une réunion de famille.

Or, depuis les années 80, les liens économiques entre Hong Kong et la Chine s’intensifient. Beaucoup de Hongkongais travaillent de l’autre côté de la frontière, spécialement dans le secteur des affaires. Les directeurs d’usine et les hommes d’affaires se rendent en Chine continentale pour y installer des usines. Il n’y a cependant pas que dans l’industrie manufacturière que ce phénomène existe, des comptables, des designers, des ingénieurs, des travailleurs d’ONG, des travailleurs sociaux ou même des professeurs d’université ; il y a une coopération avec la Chine dans des secteurs d’activité très divers. D’autre part, beaucoup de Hongkongais qui n’ont pas les moyens d’acheter un appartement à Hong Kong peuvent choisir d’en acheter en Chine continentale. Voilà donc les lien étroits qui unissent la popuplation de Hong Kong à la Chine continentale. De nombreuses personnes craignent également que tout ce qu’ils font en Chine puisse donner lieu à des poursuites. Si le projet de loi d’extradition passe, ils pourraient être envoyés en Chine.

Pour ce qui est de la capacité d’organisation des groupes révolutionnaires et du mouvement social … Je dirais déjà que cette organisation est minime. Ce que j’entends par minime, c’est que, par exemple le « Workers Group », nous ne comptons que dix à vingt membres actifs. Or, beaucoup de gens font des choses très différentes pendant les luttes, nous ne travaillons pas de manière très coordonnée. Mais l’une des caractéristiques de ce type de mouvement de masse est que beaucoup de nouveaux manifestants veulent s’investir de différentes manières. C’est pourquoi nous recrutons également de nouvelles personnes. Par exemple, nous avons recruté des personnes pour aider à organiser un rassemblement destiné à montrer dans un quartier des vidéos de ce qui se passe en termes de luttes près de chez eux. Nous avons aussi recruté de nouvelles personnes pour rendre visite aux travailleurs qui travaillent la nuit. Beaucoup d’entre eux souffrent des affrontements entre les flics et les manifestants. Par exemple, les nettoyeurs sont directement exposés aux gaz lacrymogènes sans aucun dispositif de protection. Nous allons donc rendre visite à ces travailleurs pour leur parler de façons de se protéger et de ce qu’est la lutte.

BKW : Pour présenter le mouvement au public international, peux-tu commencer par un bref rappel historique ? Comment cela a-t-il commencé ?

WG : Un premier élément de contexte date de 1984. Le gouvernement britannique a signé un accord avec Zhao Ziyang pour restituer la souveraineté de Hong Kong à la Chine, une promesse explicite a été faite pour que les systèmes traditionnels chinois et hongkongais ne fusionnent pas, afin de rassurer les habitants de Hong Kong.

Mais, début 2019, le gouvernement de Hong Kong a cherché à briser cette promesse. Un Hongkongais a tué sa petite amie à Taïwan et s’est enfui à Hong Kong. Mais comme Hong Kong et Taïwan n’ont pas d’accord d’extradition, cette personne n’a pas pu être jugée pour meurtre à Taïwan. Le gouvernement de Hong Kong a profité de cet événement pour proposer un amendement au projet de loi sur l’extradition. Mais, en fait, le contenu du projet de loi sur l’extradition n’a rien à voir avec cette affaire, parce que le gouvernement tente d’élargir la coopération en matière d’extradition vers la Chine, ce qui n’est pas du tout lié. Par le passé, Hong Kong avait d’ailleurs déjà eu l’occasion d’échanger des criminels avec Taïwan malgré l’absence de loi d’extradition. Il est donc clair que le projet de loi sur l’extradition vise politiquement à pouvoir envoyer des gens en Chine, et non de traduire en justice le criminel de Taïwan. Par conséquent, à compter d’avril 2019, la communauté internationale, par le biais des consulats de l’UE et des États-Unis, ont exprimés leur opposition. Mais le gouvernement de Hong Kong n’en a pas tenu compte.

Le 9 juin, il y a eu une grande manifestation, la plus grosse depuis 1989. Environ un million de personnes étaient présentes. Cette manifestation et ce qu’il s’est passé, vous pouvez le voir dans les journaux, alors je ne vais pas insister. Mais en parlant de l’histoire du mouvement, je voulais cependant ajouter des éléments de contexte. Il n’est pas possible d’avoir une compréhension complète du mouvement en ne parlant que des événements de la lutte. Il faut bien comprendre l’intention derrière ce projet de loi d’extradition.

Beaucoup de gens à Hong Kong ne comprennent pas pourquoi le gouvernement chinois a choisi d’adopter ce projet de loi sur l’extradition à cette date précise. Je crois qu’ils ont un calendrier pour cela. Ce que je veux dire, c’est que depuis 2012, lorsque Xi Jinping est devenu président de la Chine, il a décidé de renforcer son contrôle sur le pays. Il a pris beaucoup de mesures. Premièrement, il a réformé la structure du gouvernement pour que le pouvoir soit concentré entre ses seules mains. Deuxièmement, il y a eu beaucoup de répression à l’encontre de la société civile en Chine. Les mouvements – y compris les familles, et les avocats, les militants syndicaux – ont tous été réprimés. Et le gouvernement exerce un contrôle encore plus strict sur les médias qu’auparavant. D’autre part, le Parti Communiste exige également que toutes les entreprises, même les entreprises privées, créent une branche du Parti Communiste. Ce qui veut dire que le PC se développe et essaie d’être le leader de chaque institution sociale. Voilà ce qui se passe en Chine. Également, le gouvernement chinois essaie d’acquérir un contrôle total des zones qu’il ne peut pas contrôler complètement, comme dans le Xinjiang, une région dans le nord-ouest de la Chine et qui est reliés au Kazakhstan, au Pakistan et au reste de l’Asie centrale. La majorité de la population n’y est pas chinoise, mais ouïghour. Comme ce n’est pas traditionnellement un territoire chinois, le gouvernement chinois a beaucoup colonisé et exploité cette région. Il y a donc toujours un mouvement indépendantiste et un sentiment nationaliste fort. Or, depuis 2013 ou 2014, le gouvernement chinois construit des « camps de concentration » dans cette partie du pays et y envoie des autochtones Ouïghours. Ils les appellent « camp de rééducation » ou le camp de « dé-radicalisation ». Dans ces camps, les gens subissent un lavage de cerveau et reçoivent une éducation patriotique pendant 8 heures, voire 10 heures par jour, en plus du travail forcé. Cet état de fait est largement dénoncé, et beaucoup de gens pensent que le regain d’intérêt chinois pour cette région est due au fait que Xinjiang est la fenêtre du projet «One Belt, One Road» dont l’objectif est de relier le Kazakhstan par autoroute et gazoduc. C’est la raison pour laquelle ils veulent renforcer leur contrôle sur ce territoire.

L’autre enjeu consiste à prendre le contrôle total de Hong Kong et de Taiwan. Les contextes sont différents à Hong Kong et Taïwan. Ils ne peuvent pas nous envoyer dans des camps de concentration. Ce qu’ils font, c’est prendre une série de mesures visant à renforcer le contrôle du gouvernement chinois, notamment en stigmatisant les partis d’opposition, en prenant davantage le contrôle des médias hongkongais : les journaux et les chaînes de télévision. Ils achètent aussi des hommes d’affaires et des mafias pour obtenir un soutien politique. D’autre part, de nombreuses mesures sont prises pour supprimer la liberté de la presse et la liberté d’expression dans le milieu universitaire. Cela se passe à Hong Kong et Taïwan en même temps. Mais à Hong Kong c’est beaucoup plus gênant qu’à Taïwan, car c’est l’endroit où la Chine est connectée au reste du monde. Tous ceux qui viennent de l’Ouest, ou du reste du monde et veulent faire quelque chose en Chine, qu’il s’agisse d’affaires, de religion, de politique, de charité ou autre, doivent passer par Hong Kong. Hong Kong est un lieu complexe en ce sens. Je pense donc que le projet de loi sur l’extradition est une tentative d’amener le gouvernement chinois à exercer un contrôle plus strict sur Hong Kong. Je pense que pour parler du projet de loi sur l’extradition, nous devons examiner plus attentivement la situation en Chine ces dernières années et la façon dont la Chine tente d’obtenir le contrôle total de ce territoire. Ce projet de loi ne constitue qu’une partie de ce projet.

BKW : Quelle est la composition sociale du mouvement ? Qui sont les personnes qui participent aux manifestations (âge, emploi, classe sociale etc.) ? Quels secteurs sont actuellement en grève ? Ces personnes participent-elles au mouvement depuis le début, ou l’ont-elles rejoint récemment ?

WG : Ce mouvement traverse plusieurs classes, mais si l’on parle de compositions, je pense qu’il y a deux groupes importants. Le premier, ce sont les étudiants, c’est-à-dire des personnes âgées de 10 à 20 ans. C’est assez fou que des gens de 10 ans sortent dans la rue et luttent mais c’est ce qui se passe en ce moment. Pour ces jeunes, je ne connais pas leur origine sociale. Certaines personnes qui ont plus de contacts avec les étudiants m’ont appris qu’en fait, les milieux familiaux étaient assez divers. Certains d’entre eux viennent de familles très aisées et d’autres de familles très pauvres.

Aujourd’hui, les étudiants de Hong Kong ont de gros problèmes, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, la pression des études est très forte. Certaines enquêtes montrent que les heures passées à étudier sont plus longues que la moyenne des heures de travail hebdomadaire. Ils étudient en moyenne 55 heures alors que le temps de travail moyen à Hong Kong est de 50 heures.

Le second problème, c’est qu’il est maintenant bien clair pour les étudiants que la mobilité sociale n’existe pas. Que vous soyez diplômé de l’université ou non, vous ne serez pas en mesure d’acheter un appartement ou d’avoir un bon revenu après l’obtention de votre diplôme. Une tendance très inquiétante est que, ces dernières années, le nombre de suicides chez les étudiants a atteint un niveau record. Jusqu’à présent, personne n’explique pourquoi il y a tant de cas de suicides. Mais c’est clair que c’est lié aux problèmes dans l’éducation et à l’absence d’avenir.

Un autre groupe est celui des jeunes travailleurs, qu’ils soient fraîchement diplômés ou non de l’université. Ils ont entre 20 et 30 ans et prennent une part active dans les manifestations. Il y a des différences de revenu entre eux, mais je suis sûr que, parmi eux, il y a beaucoup de chômeurs et aussi beaucoup de travailleurs indépendants qui ne travaillent pas à temps plein. Ce sont les chômeurs et les travailleurs indépendants qui ont la possibilité de participer à toutes les manifestations. D’un côté ils ont un revenu, et de l’autre, ils contrôlent entièrement leur emploi du temps. Je connais beaucoup d’amis qui ont simplement quitté leur emploi pour avoir plus de temps pour participer à la lutte. Ce sont ceux qui sont le plus à même de prendre part à la « grève ». Ils n’ont pas peur de se faire virer ou d’avoir de graves problèmes pour avoir refusé de travailler un jour donné.

Ces deux groupes de personnes sont les plus représentés. Mais, d’un autre côté, je dirais que la classe moyenne joue toujours un rôle très important dans ce mouvement en donnant beaucoup d’argent pour diverses choses, y compris imprimer le matériel de propagande, acheter en masse du matériel de protection pour les manifestants. Avant ces manifestations, il n’y avait jamais eu de casques et de masques à gaz dans les manifestations. Aujourd’hui c’est généralisé. Et il y a beaucoup de gens qui donnent beaucoup d’argent pour acheter ces protections pour les manifestants. Je pense donc que ces groupes sont les plus facilement identifiables dans les manifestations mais que beaucoup d’autres groupes interviennent dans la lutte.

Mise à jour du 6 sept : Le rapport d’une enquête sur place qui a couvert toutes les manifestations du 9 juin au 4 août a montré que le rapport hommes/femmes varie de 1:1 à 3:2, que 70 à 90% des manifestants sont diplômés de l’université et qu’environ la moitié des manifestants sont âgés de 10 à 30 ans. Par ailleurs, la moitié des manifestants se décrivent comme appartenant à la classe moyenne

http://www.com.cuhk.edu.hk/ccpos/en/pdf/ENG_antielab%20survey%20public%20report%20vf.pdf

BKW : Qu’en est-il de la relation entre le mouvement et le monde du travail ? Le mouvement a-t-il engendré des conflits à l’intérieur des lieux de travail, ou bien des conflits salariaux particuliers se sont-ils liés au mouvement ? Pouvez-vous nous parler un peu de l’initiative de votre «Workers Group» ?

WG : Il n’y a pas eu beaucoup de luttes salariales dans le cadre du mouvement pour plusieurs raisons. Premièrement, le projet de loi sur l’extradition n’est pas lié directement au monde du travail. Deuxièmement, les luttes sur le lieu de travail sont rarement le sujet des grands mouvements sociaux de Hong Kong. Nous n’avons qu’une ou deux grèves par an (et plus d’une dizaine de débrayages sauvages des travailleurs de la sous-traitance dans le secteur du BTP pour réclamer leur salaire impayé). En général, les gens ne voient pas la grève comme un moyen d’action. Cependant, lors d’assemblées de travailleurs de secteurs particuliers (comme celle organisée par les travailleurs de la santé), beaucoup de questions liées au travail ont émergé, en plus de celles au sujet du projet de loi sur l’extradition. Les agents du secteur de la santé publique font beaucoup d’heures à la semaine et il y a une pénurie de personnel. Le gouvernement a refusé de prendre des mesures. Ils ont organisé leur toute première grève en janvier contre leur condition de travail.

En dehors des grèves générales, il n’y a donc pas beaucoup d’actions collectives des travailleurs dans le cadre du mouvement anti-extradition. La seule exception concerne les conducteurs du métro. Le métro est le moyen de transport le plus usité par les manifestants, et depuis deux semaines, les flics tirent des gaz lacrymogènes dans les stations de métro, ce qui signifie que les travailleurs du métro et autres passagers se retrouvent dans des situations dangereuses. Maintenant, beaucoup de conducteurs de métro demandent à leur compagnie d’empêcher les flics d’entrer dans les stations de métro afin de protéger la sécurité personnelle des travailleurs du métro. C’est le conflit le plus direct.

Les autres tensions au travail ne se présentent pas comme des conflits parce que c’est plutôt unilatéral, à l’initiative des patrons. Dans certaines grandes entreprises appartenant à des capitaux chinois, les patrons ont forcé le personnel à signer des pétitions pour soutenir le projet de loi sur l’extradition et pour condamner les émeutiers, et ont également averti le personnel de ne pas être absent le jour de la grève, faute de quoi ils seraient directement licenciés. C’est pourquoi je n’appellerais pas ça un conflit, parce qu’il ne vient que d’un côté et que les travailleurs n’ont pas le pouvoir de se défendre. J’appelle ça de la répression tout simplement. Mais pour d’autres lieux de travail, je ne pense pas qu’il y ait de conflits très durs. Un travailleur ordinaire à Hong Kong ne veut pas parler de ses opinions politiques sur son lieu de travail. Il y a de grandes chances qu’il ne sache pas ce que pensent ses collègues.

En tant que Workers Group, nous proposons notre aide aux travailleurs investis dans ce genre de conflits. En fait, nous n’avons pas eu beaucoup de cas … Ah, si ! Il y a une autre zone de tensions très importante que je dois mentionner, directement liée aux manifestations. Hong Kong est une ville très active, et il y a beaucoup de magasins dans les rues. Donc, comme vous pouvez l’imaginer, pendant les manifestations de l’après-midi, tous les magasins et restaurants fonctionnent. Et puis les flics lancent des gaz lacrymogènes dans les rues. Par conséquent, les commerçants et les employés de restaurant se retrouvent plongés dans les nuages et les matraques. Et quand les flics chargent les manifestants, des boutiquiers lambda peuvent aussi se faire tabasser. Nous avons vu dans certaines enseignes que si les employés du magasin décident d’arrêter de travailler plus tôt à cause des affrontements, le patron ampute leurs salaires. Il s’agit donc d’un point de tension que nous essayons de suivre de près. Parce que nous pensons qu’il y a beaucoup de gens qui sont touchés de cette façon.

BKW : Qu’en est-il des gens qui se font virer quand les patrons apprennent qu’ils se sont joints aux manifestations ?

WG : Une personne est venue nous voir dans ce cas-là, mais je ne pense pas que ce soit très courant. Je n’ai pas vu ce genre de plaintes sur les forums en ligne ou dans les médias sociaux. Je suppose donc que ce n’est pas un phénomène très courant. Parce que beaucoup de gens ont tout simplement choisi de demander un congé pour la grève, donc c’est tout à fait légal, et aucun patron ne peut les attaquer pour ça.

BKW : Les manifestations contre l’extradition ont commencé il y a plusieurs mois, mais le 5 août, elles se sont transformées en grève générale. Comment c’est arrivé ?

WG : Il y a eu 3 appels à la grève générale : le 12 juin (date à laquelle le projet de loi devait être adopté par le Conseil législatif, c’est-à-dire le Parlement de Hong Kong), le 21 juillet (après que des mafieux aient attaqué des manifestants) et le 5 août. Ces appels à la grève générale n’ont rien à voir avec « la grève générale » de la tradition ouvrière marxiste. Elle n’est considérée que comme un moyen de protester et de ne pas collaborer avec le gouvernement. En outre, le 12 août, aucune grève n’a été déclenchée, mais beaucoup de gens ont quitté le travail pour se rendre à l’aéroport pour venger la médic qui s’était fait tirer dessus par les flics et qui a perdu son œil droit.

BKW : Comment cette grève générale a-t-elle été organisée ? Quel était le rôle des syndicats ?

WG : Ces trois grèves générales n’ont pas été organisées dans le sens traditionnel du terme, et les syndicats n’y ont pratiquement joué aucun rôle. Pour dire vrai, ces grèves ont été lancées suivant une logique très simple. Première étape : la date. Elle est choisie en fonction de l’importance de la journée (12 juin), au lendemain d’un événement particulièrement grave (21 juillet), ou décidée par consensus sur Internet (5 août). Le consensus est un mélange de discussions anonymes sur des forums et de votes anonymes par Telegram. Deuxième étape : la conception du plan d’action. Celle du 12 juin était simple : tout le monde s’est rendu au Parlement parce que l’objectif était d’arrêter le projet de loi. Celle du 5 août a été mieux coordonnée. Il y avait des assemblées à 7 endroits, plus le blocage de la circulation le matin. Les assemblées dans 7 lieux ont été proposées par des personnes sur Internet, puis s’y sont greffés d’autres militants et syndiqués ; le blocus du métro dans 4 stations a été proposé sur Internet ; le blocus routier avec des opérations « escargot » a été décidé par des groupes de conducteurs (pas des syndicats, principalement des automobilistes).

Donc, pas d’organisation traditionnelle. Il ne s’agissait que de propagande que les gens partageaient sur internet pour se coordonner. Il y a eu deux phases d’action le 5 août. La première phase consistait à demander aux gens de paralyser les transports en commun par le blocage du métro, et la deuxième c’était de tenir des assemblées dans sept endroits différents à Hong Kong. Le fait d’avoir sept assemblées a permis de ne pas se concentrer sur un seul endroit et de s’étendre dans Hong Kong. Et les assemblées, sans l’avoir planifié avant, sont devenues des formes d’occupations temporaires des places. Dans chaque assemblée, il y avait des dizaines de milliers de personnes et personne ne voulait s’asseoir pour écouter patiemment des tribuns. Les gens prenaient les rues adjacentes et faisaient des tours. Ce jour-là, il y a eu des affrontements dans tout Hong Kong. En fait, la grève est devenue une sorte de « journée d’action de tous les HongKongais » je dirais. Précédemment, les actions étaient concentrées sur un seul secteur, mais ce jour-là, il y avait des actions partout à Hong Kong, à six ou sept endroits.

BKW : C’était donc une sorte de « grève urbaine « qui a arrêté la ville ?

WG : C’est ça.

BKW : Le mouvement occupe-t-il des espaces ?

WG : Non. Pour le moment, les gens marchent dans la rue le samedi et le dimanche pour foutre le bordel. C’est une sorte de révision de la stratégie après la défaite de la révolution des parapluies, dans laquelle les gens se sont fatigués à occuper sans réellement perturber l’économie et les opérations quotidiennes du gouvernement.

Mise à jour le 6 septembre : il y a maintenant des conflits entre les gens et les flics partout chaque nuit. Les flics voient en chaque citoyen un ennemi potentiel. Ils arrêtent et fouillent tout le monde tout le temps. Ces abus de pouvoir ont mis beaucoup d’habitants en colère et tous les soirs, des groupes de voisins expulsent les flics des quartiers où ils vivent. Une autre forme typique de conflit, c’est le bordel que beaucoup de gens font près du poste de police, par exemple en criant et en jouant de la musique anti-flic. Parfois, les flics sont sortis du commissariat pour essayer d’arrêter des gens.

BKW : Les travailleurs ont-ils tenté de voler ou d’exproprier collectivement des marchandises ?

WG : Jamais. En juillet 2019, c’était la première fois qu’un grand nombre de Hongkongais fraudaient le métro. Avant cela, tout le monde faisait la queue pour acheter un ticket de métro après les manifs.

Mise à jour du 6 septembre : les premiers actes majeurs de destruction de propriétés privées n’ont eu lieu que depuis le 31 août, lorsque les services du métro ont coopéré avec les flics, les laissant monter dans les trains et démonter tout ce qui bouge- on appelle maintenant cet incident « attentat terroriste 831 ». Après cela, les manifestants ont cassé des distributeurs de billets, les portiques et les portes vitrées du métro en guise de revanche.

Lire la suite ici : https://badkids.noblogs.org/post/2019/09/16/mouvement-a-hong-kong-une-discussion-avec-le-workers-group/


Article publié le 17 Sep 2019 sur Nantes.indymedia.org