Août 28, 2021
Par Le Monde Libertaire
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AprĂšs une premiĂšre phase « test », en juin 2019, au cours de laquelle 2 000 volontaires ĂągĂ©s de 15 et 16 ans avaient pu essuyer les plĂątres d’un programme aberrant, rĂ©trograde, nationaliste et autoritaire, aprĂšs une deuxiĂšme phase durant l’étĂ© 2020, repensĂ©e a minima en raison de la pandĂ©mie liĂ©e Ă  la COVID 19, l’État revient Ă  la charge , maintient son calendrier et compte bien rendre pĂ©renne et obligatoire le Service National Universel (SNU).
Lors de son 78e congrĂšs, en juin 2019, la FĂ©dĂ©ration anarchiste entendait signifier son opposition stricte au SNU (voir la motion « NON, le Service National Universel ne passera pas ! »), une position que nous rĂ©affirmons aussi fermement qu’il y a deux ans, d’autant plus que les contours du programme, alors balbutiant, apparaissent maintenant de maniĂšre bien plus claire.

Rappel de l’épisode prĂ©cĂ©dent


On se souvient, en juin 2019, des images de jeunes en uniforme bleu marine, casquette et cocarde tricolore sur la poitrine, au garde-Ă -vous, chantant la Marseillaise devant camĂ©ras, prĂ©fets et ministres enthousiasmĂ©s Ă  l’idĂ©e de participer Ă  leur maniĂšre bien particuliĂšre Ă  l’éducation de 2 000 volontaires soigneusement triĂ©s sur le volet. La communication devait ĂȘtre parfaite car l’enjeu Ă©tait de taille ! Il s’agissait bien de promouvoir deux semaines d’encasernement, rythmĂ©es par les lever de drapeau, les chants patriotiques, le sport, les formations aux premiers secours et aux valeurs de la RĂ©publique, les cours d’histoire les rĂ©citations chorales du roman national

Ni la rudesse le l’encadrement fraĂźchement sorti de St Cyr, ni les sĂ©ances punitives de pompes collectives, ni les syncopes dues aux longues commĂ©morations d’un 18 juin particuliĂšrement chaud ne semblaient alors Ă©mousser la motivation des jeunes volontaires acquis Ă  la cause nationale, et dont une trĂšs grande partie disait s’accommoder sans peine du bleu, du kaki et du traitement qui va avec puisque au moins deux de ces ingrĂ©dients feraient sans doute partie de leur mĂ©tier Ă  venir


Cette année

Ce qui concernait 2 000 volontaires en 2019 devrait concerner Ă  l’horizon 2024, de maniĂšre progressive, 800 000 enrĂŽlĂ©s, bien Ă©videmment, de maniĂšre obligatoire !
D’ici lĂ , puisque la deuxiĂšme Ă©tape de la mise en place du SNU n’a pas pu avoir lieu exactement comme prĂ©vu en 2020, il s’agit de ne surtout pas rater le rendez-vous de 2021, quitte Ă  revoir les effectifs Ă  la baisse : ce seront finalement 18 000 jeunes qui participeront au SNU partout en France, contre les 150 000 prĂ©vus. Et pour les trouver, comme pour les encadrer, le gouvernement a mis les petits plats dans les grands : rĂ©fĂ©rents SNU dans certains lycĂ©es, coordinations dĂ©partementales, ouverture des Contrats d’Engagement Éducatif (CEE) aux militaires, obligation faite aux associations et fĂ©dĂ©rations d’éducation populaire de signer une dĂ©claration commune « afin de renforcer leur action dans la lutte contre le sĂ©paratisme », les engageant Ă  « aider les populations Ă  retrouver fiertĂ© dans la Nation et confiance dans la RĂ©publique » et leur interdisant de questionner les contours de ce « socle rĂ©publicain » etc.

Contre la soumission de la jeunesse


Pour dĂ©fendre le SNU, Emmanuel Macron rĂ©pĂšte qu’« il ne s’agit pas de rĂ©inventer le service militaire mais de donner Ă  la jeunesse de France des causes Ă  dĂ©fendre, des combats Ă  mener dans les domaines social, environnemental, culturel.» [note] .

La « jeunesse de France » n’aurait selon lui plus goĂ»t Ă  rien ? Elle manquerait d’engagement, d’implication ou d’idĂ©es ? En bref, les jeunes auraient bien besoin qu’on les secoue ! C’est oublier un peu vite son implication contre la « loi Travail », pour la dĂ©fense des retraites, contre les rĂ©formes Blanquer. Les jeunes se mobilisent en soutien aux exilĂ©s, font grĂšve contre l’inaction climatique
 En fait, les raisons de s’engager ne manquent pas, et Macron en donne dĂ©jĂ  pas mal !
DerriĂšre la prĂ©tendue volontĂ© de valoriser l’engagement des jeunes, il faut voir une politique faisant de la jeunesse une menace, un ennemi intĂ©rieur, voire « sĂ©paratiste » !
A ce sujet, Sarah El HaĂŻry, secrĂ©taire d’état chargĂ©e de la Jeunesse et de l’Engagement dĂ©clare que « chanter “la Marseillaise” et donner du respect au drapeau font partie d’un moment d’unitĂ© citoyenne. Donc si, au cours du sĂ©jour, un jeune refuse de chanter “la Marseillaise”, d’assister au lever des couleurs, ou de porter l’uniforme, il devra quand mĂȘme s’y conformer » [note] . On imagine facilement que le dĂ©veloppement de l’esprit critique et le dĂ©bat ne seront pas vraiment les prioritĂ©s du SNU. On peut Ă©galement s’interroger sur les moyens Ă  disposition pour obliger les jeunes Ă  « se conformer » 

Loi de programmation des universitĂ©s limitant considĂ©rablement les mobilisations Ă©tudiantes, manipulation syndicale, SNU obligatoire, rĂ©pressions policiĂšres en tout genre, etc. Tout ceci procĂšde de la mĂȘme logique : ce que veut le gouvernement, ce n’est pas que la jeunesse s’engage, c’est qu’elle marche au pas !

MalgrĂ© les efforts du gouvernement pour faire la pub du SNU, qui peut sĂ©rieusement penser qu’un programme directement inspirĂ© de l’univers militaire permettra de rĂ©pondre aux inquiĂ©tudes lĂ©gitimes de la jeunesse ? Que le port de l’uniforme annule les inĂ©galitĂ©s dont certains se sentent Ă  juste titre les victimes ? Que passer deux semaines Ă  rĂ©citer le roman national rĂ©pondra Ă  la colĂšre d’une partie de la jeunesse qui doute du fait que la RĂ©publique les traite Ă  Ă©galitĂ© ? Ça n’était pas vrai durant le service militaire, ce ne sera toujours pas le cas avec sa nouvelle version.

En 2018, le SNU a changĂ© de ministĂšre de tutelle. Passant de celui de la DĂ©fense Ă  celui de l’Éducation nationale. Cette grande institution qui a massivement recours aux contrats prĂ©caires, qui mĂ©prise et maltraite ses personnels et ses Ă©lĂšves. Ce ministĂšre pour lequel on nous rĂ©pĂšte depuis des annĂ©es qu’il n’y a pas « d’argent magique ».
On serait en droit de se demander si le budget faramineux allouĂ© au SNU ne serait pas mieux utilisĂ© Ă  recruter de nouveaux enseignantes et enseignants, Ă  faire baisser le nombre d’élĂšves par classe, bref, Ă  mettre en place une vraie politique d’éducation qui viserait l’émancipation des Ă©lĂšves et le dĂ©veloppement de leur esprit critique en se basant sur des professionnels dont c’est le quotidien



 Et les remises en causes répétées des droits de travailleurs

Le gouvernement ne cesse d’expliquer la grande valeur Ă©ducative du SNU, en Ă©numĂ©rant les associations d’éducation populaire intĂ©grĂ©es au programme. Et il est vrai qu’elles sont nombreuses.

Ces associations, qui reprĂ©sentent, 680 000 personnes salariĂ©es et 6 millions de bĂ©nĂ©voles se retrouvent donc vidĂ©es de leur sens, dĂ©politisĂ©e, chargĂ©es de l’application des politiques publiques et privĂ©es de subventions si elles refusent de « se conformer ».

De plus, tous les jeunes passant par le SNU devront, Ă  la suite des deux semaines en « brigades », effectuer « 84 heures de mission d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (MIG), Ă  rĂ©aliser dans l’annĂ©e qui suit le sĂ©jour de cohĂ©sion au sein d’un service public, d’une association, d’une collectivitĂ©, d’un corps en uniforme, etc. » [note] . Autrement dit, les jeunes remplaceront des emplois aujourd’hui occupĂ©s par des employĂ©s qui ont un salaire, une convention collective ou un statut, la possibilitĂ© de s’organiser syndicalement, des droits individuels et collectifs. Ils seront trĂšs vivement encouragĂ©s Ă  poursuivre leur engagement volontaire par un service civique, dans les mĂȘmes conditions de prĂ©caritĂ©.

Nous devons nous opposer au SNU !

DerriĂšre la communication gouvernementale, on comprend facilement que le Service National Universel est une opĂ©ration de soumission de la jeunesse, autoritaire et anachronique, complĂštement dĂ©connectĂ©e des principaux concernĂ©s et d’un mĂ©pris absolu pour celles et ceux qui ont choisi pour mĂ©tier d’accompagner les plus jeunes dans le dĂ©veloppement d’une pensĂ©e libĂ©rĂ©e, Ă©mancipĂ©e et faisant du doute et de la critique les fondements d’une sociĂ©tĂ© saine et dĂ©mocratique.

Aujourd’hui et demain, comme nous l’avons fait au temps du service militaire, par l’information auprĂšs des jeunes et des parents, par diverses actions dĂ©centralisĂ©es, en lien avec les associations et syndicats refusant cette vaste entreprise d’embrigadement nationaliste et patriotique, la FĂ©dĂ©ration anarchiste fera tout pour enterrer le SNU

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Fédération anarchiste




Source: Monde-libertaire.fr