Antifenix / dimanche 30 août 2020

Lundi 13 juillet 2020, au tribunal de Most, a eu lieu un autre audience du procès Fénix 2, à porte ouverte. Cette fois encore, il n’y a pas eu rien d’exceptionnel. Le temps passe, ils gaspillent encore de l’argent et tout reste une farce.


Le procès a commencé avec une liste de prétendues preuves, qui, en fait, ne faisaient que prouver l’incompétence de la police. La liste, relativement longue, comportait principalement des choses saisies lors de perquisitions d’avril 2015, comme des documents numériques ou des publications anarchistes. Pour vous donner une idée, nous pouvons en énumérer quelques-unes* ici :

• « Anarchisme insurrectionnel : s’organiser pour l’attaque » [ces titres, indiqués en tchèque, sont traduits avec gogole traduction ; NdAtt.]
• « Le cercle vicieux du mouvement anticapitaliste en République tchèque »
• « La joie armée » d’Alfredo M. Bonnano
• « La tension anarchiste » d’Alfredo M. Bonnano
• « Guide d’action directe »
• « Bâtards, je sais qui vous a envoyé: à propos de l’attaque contre un chef de l’industrie nucléaire »
• « Conversations entre anarchistes »
• « Fédération anarchiste informelle: FAI et anarchisme insurrectionnel »
• « Réseau des cellules révolutionnaires 2014 »
• « A couteaux tirés avec l’existant, ses défenseurs et ses faux critiques »

Lukáš Borl a fait remarquer aux juges que ces matériels ont été saisis dans des endroits où il n’habitait pas (à l’époque il n’avait même pas de lieu de résidence stable en République tchèque). Dans le centre communautaire Ateneo, les ordinateurs étaient utilisés par tout le monde et tout le monde pouvait ramener des livres pour la bibliothèque. Ce n’est pas clair comment la police a pu supposer que les documents saisis lui appartenaient. Néanmoins, la plupart des objets confisqués ont déjà été restitués, car (selon une déclaration officielle) « ces articles ne sont plus nécessaires à la procédure pénale et il n’y a aucun doute que l’accusé en est le propriétaire ».

La lecture de la liste des objets a été suivie par une expertise qui a réfuté l’hypothèse de la police selon laquelle le communiqué du SRB (Réseau des Cellules Révolutionnaires) ne pouvait avoir été publié sur le site greeaction.cz que par l’un des accusés. Les arguments du rapport sonnaient comme logiques et convaincants. Cependant, d’après les remarques des juges, il semblait qu’ils ne soient pas très familiers avec le fonctionnement d’Internet.

Une courte pause a été suivie par la lecture des déclarations des témoins. Une ancienne employée du restaurant Řízkárna a déclaré : « J’avais l’habitude de travailler 12 heures presque tous les jours. J’étais censée toucher 60 couronnes de l’heure, mais je n’ai jamais reçu mon salaire ». Après, elle a décrit les protestations légales et non-violentes contre Řízkarna, auxquelles ont participé des dizaines d’employé.e.s qui ont été privé.e.s de la même manière de leurs salaires. Rien dans sa description n’indique que Lukáš Borl aurait menacé Vladimír Krulec [ce dernier est le patron du restaurant Řízkarna, qui a accepté de payer les salaires de ses employée.e.s après qu’à quatre reprises des voitures du restaurant ont été incendiées, qu’à deux reprises de l’acide butyrique a été renversé dans les locaux et que son restaurant a été évacué en urgence à cause de fausses d’alertes à la bombe une douzaine ce fois – ce actions ont été revendiquée par le SRB ; NdAtt.].

Une autre témoin a expliqué des faits relativement bien connus concernant le centre communautaire Ateneo, par exemple le fait qu’ y étaient organisés des événements publics. Et que sa bibliothèque et d’autres espaces étaient accessibles à tou.te.s celles/ceux qui le voulaient. A propos de Lukáš Borl, elle a déclaré qu’elle le considère comme quelqu’un de non agressif, même si elle n’est pas d’accord avec certaines de ses opinions.

Le dernier témoignage, celui d’une personne nommée Vítězslav Dvořák (également connu dans le milieu anarchiste sous le nom de Vitex), était assez troublant. Sa déclaration est un exemple incontestable de renseignement qui menace non seulement Borl, mais aussi d’autres personnes qui ne passaient pas en procès. Dans sa déclaration, il a parlé ouvertement des affaires internes du groupe Asociace Alerta et de la Fédération Anarchiste Tchécoslovaque (plus tard rebaptisée Fédération Anarchiste), mettant ainsi en danger ces groupes et augmentant le risque de poursuites pénales. Après, il a soutenu les allégations de la police à propos d’une implication de Borls dans les faits dont il est inculpé [seize chefs d’inculpation, avec des condamnations possibles de 3 à 10 ans, sont portées contre les cinq personnes qui passent en procès, notamment pour des actions du SRB – on pourra aussi lire plus d’infos sur la répression en République Tchèque ou une lettre de Lukas Borl ; NdAtt.].

Nous considérons que c’est une question de sécurité de mettre en garde tout le monde contre le mentionnée Vítězslav Dvořák et de réduire ainsi le risque d’autres dangers. Nous recommandons de limiter les contacts avec cette personne et de ne pas partager avec lui d’informations confidentielles. Bien que lui-même a été touché par la répression dans le premier volet de l’affaire Fénix, sa coopération avec la police est une manque inexcusable, impossible à minimiser ou à ignorer.

Son témoignage a mis fin à la huitième audience du procès Fénix 2. La prochaine est prévue pour le 25 septembre 2020.

* Note : avec cette liste de publications, nous ne voulons pas promouvoir ou soutenir un quelconque mouvement. Nous voulons simplement rapprocher le public du contexte de l’affaire Fénix en montrant donc aussi les documents sur la base desquels sont construites les accusations dans cette affaire.


Article publié le 09 Sep 2020 sur Attaque.noblogs.org