DĂ©cembre 4, 2022
Par ACTA
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Un texte de Jean-Marc Rouillan

Fils d’un combattant algĂ©rien assassinĂ© par l’armĂ©e lors de la guerre d’indĂ©pendance et d’une mĂšre morte de tuberculose dans un camp de concentration français (dit camp de regroupement de la population hostile), il a Ă©tĂ© recueilli par son oncle Ă  Voiron (IsĂšre).

Jeune ouvrier ajusteur, Mohand a rejoint le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) et milita Ă  Grenoble aux cĂŽtĂ©s de Boisgonthier (un des rares dirigeants de la Gauche ProlĂ©tarienne ayant refusĂ© la dissolution de l’organisation en 1973).

Dans les années 1970, il a participé aux principales mobilisations de la gauche révolutionnaire iséroise avant de faire le choix des armes.

ArrĂȘtĂ© et emprisonnĂ© Ă  Fresnes, il a Ă©tĂ© un des piliers du ComitĂ© de Lutte des Prisonniers d’Action Directe. À ce titre, il a Ă©tĂ© aussi un des fondateurs du journal des prisons Rebelles.

AprĂšs l’amnistie de 1981, Mohand est un des 16 prisonniers politiques restant en prison. Ils ont Ă©tĂ© tous libĂ©rĂ©s dans les semaines suivantes grĂące Ă  une mobilisation regroupant une partie de la gauche rĂ©volutionnaire.

DĂšs l’automne 81, Mohand agit Ă  la construction de la « base rouge » de BarbĂšs avec d’autres anciens du MTA et de plus jeunes camarades de l’immigration comme Lahouari « Farid » Benchellal, impliquĂ© comme lui dans le journal Sans FrontiĂšres (en dĂ©cembre 81, Farid a Ă©tĂ© torturĂ© Ă  mort au commissariat d’Helsinki).

Au cours de ces mois de lutte intense, Nathalie et moi Ă©tions trĂšs proches de Mohand. Quotidiennement. Sans trĂȘve.

Pour notre organisation, il assurait une partie des contacts avec la résistance palestinienne et arabe. Il travaillait non seulement à la diffusion de la propagande mais il participait aussi aux actions armées.

Ainsi, il fut un membre du commando AD qui attaqua l’annexe du ministĂšre de la DĂ©fense israĂ©lien Ă  Paris. Pour la cause palestinienne contre l’entitĂ© sioniste et le colonialisme, il Ă©tait volontaire pour toutes les opĂ©rations.

Emprisonné à nouveau avec Joëlle Aubron, à peine un pied dehors, il nous rejoignit dans la clandestinité.

Le jour mĂȘme de l’inauguration en grande pompe par les socialos des tristement cĂ©lĂšbres Brigades AnticriminalitĂ© (BAC), celles qui encore aujourd’hui assassinent dans les quartiers populaires, et qui rĂ©priment sauvagement les manifestants, il a fait partie du groupe de camarades qui ont anĂ©anti l’une des premiĂšres patrouilles. Deux policiers morts et un griĂšvement blessĂ©. Orphelin des massacres coloniaux français, il ne regretta jamais sa participation Ă  cette action ni son adhĂ©sion Ă  la guĂ©rilla. Il y a peu, au tĂ©lĂ©phone, il Ă©voquait « les plus belles annĂ©es de sa vie ».

ExilĂ© en AlgĂ©rie, il ne cessa pas le combat pour autant ni pour la cause palestinienne ni pour la gauche rĂ©volutionnaire. À BejaĂŻa, les plus jeunes se souviennent de ce chibani dans les manifestations, jusqu’à ses derniers jours encore oĂč, malade, il portait la banderole du Hirak.

À chaque intervention, Mohand insistait sur cette fidĂ©litĂ© aux combats rĂ©volutionnaires et anti-impĂ©rialistes. Il avait la volontĂ© de transmettre, et avant tout de l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© de s’organiser et de lutter.

Honneur Ă  toi Mohand !

Tu es parti sans baisser les yeux, sans repentir, sans dissociation, toujours fier de l’histoire de notre gĂ©nĂ©ration militante.

Fier d’avoir Ă©tĂ© un fedayin. Un guĂ©rillero. Un nouveau partisan


Fier, malgré la défaite (provisoire), au moins de les avoir affrontés pour de vrai.

Toujours persuadĂ© que de nos succĂšs comme de nos dĂ©faites naĂźtront de futurs combats jusqu’à la victoire


Avant de terminer mon propos, je tiens Ă  remercier l’AlgĂ©rie de t’avoir offert le droit de poursuivre ton combat politique en te prĂ©servant de la vengeance de la bourgeoisie française.

Notre gĂ©nĂ©ration a Ă©tĂ© modelĂ©e par le combat des hĂ©ros du FLN et la lutte du peuple algĂ©rien, comme par la lutte du peuple vietnamien et de tous ceux et celles qui ont affrontĂ© le colonialisme et l’impĂ©rialisme avant nous.

Mohand, Ă  cet instant mĂȘme oĂč la terre de BejaĂŻa te reçoit, toi qui parlais avec tant d’émotion de JoĂ«lle et des camarades emportĂ©s si jeunes dans le feu du combat, sache que l’émotion nous envahit tous et toutes, si forte, si douloureuse
 pourtant comme Ă  chaque fois, je dirai ces mots hĂ©ritĂ©s de notre passĂ© de partisans : on ne pleure pas un camarade, on poursuit son combat !




Source: Acta.zone