Avril 25, 2021
Par ACTA
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Les rues qui séparent les deux Jérusalem, juive et arabe, se sont réveillées hier dans la puanteur. Non pas la puanteur du fumier lâché par les chevaux de la police ou le liquide puant qui, quelques heures plus tôt, avait été tiré en abondance par les canons à eau des escouades anti-émeutes.

Plutôt la puanteur du racisme que des centaines de kahanistes et de militants du groupe d’extrême droite israélien Lehava ont répandu dans la nuit de jeudi à vendredi entre la place de Sion et la porte de Damas, en scandant sans discontinuer « Mavet la Arabim », « Mort aux Arabes ».

Une nuit qui ne peut pas être expliquée comme un simple épisode, comme la conséquence de tensions entre deux populations d’une ville qu’Israël a unilatéralement proclamée capitale unie et qui, au contraire, reste toujours divisée entre une zone juive et une zone palestinienne occupée en 1967. 

Ce que nous avons vu l’autre nuit est la confirmation de la forte croissance de l’extrême droite israélienne et de son enracinement à Jérusalem. Et la participation aux affrontements avec les Palestiniens de jeunes religieux haredis, ultra-orthodoxes, de plus en plus attirés par le nationalisme le plus violent, n’est pas passée inaperçue.

« Le silence du Premier ministre Netanyahu et du maire de Jérusalem (Moshe Lion, Likoud) sur ces incidents est éloquent. Personne n’a pris de mesures concrètes pour protéger les résidents palestiniens de la ville. Les représentants de l’extrême droite ont librement instigué la violence », a expliqué hier au Manifesto Nir Hasson, journaliste de Haaretz.

« Plusieurs facteurs sont à l’origine des affrontements de jeudi soir », a-t-il ajouté, « l’un d’entre eux est l’entrée (il y a un mois) à la Knesset d’Itamar Ben Gvir et du parti Sionisme Religieux (dont fait partie Pouvoir juif, la formation héritière du mouvement raciste Kach du rabbin Meir Kahane, ndlr). Les extrémistes se sentent légitimés pour attaquer les Arabes ».

Les vidéos postées sur Tik Tok par les agresseurs d’un jeune religieux juif giflé dans un tram ont également contribué à l’escalade. 

Jeudi soir, les Palestiniens ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont affronté la police, jetant des pierres et des bouteilles qui ont blessé certains agents, et ont tabassé un ultra-orthodoxe qui s’apprêtait à entrer dans la vieille ville. Un automobiliste israélien, qui était entouré d’une douzaine de jeunes, a dit avoir eu peur d’être lynché. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Jeudi soir, 105 Palestiniens ont été blessés par des militants de droite et des policiers qui ont tiré des balles en caoutchouc et lancé des dizaines de grenades assourdissantes entre les rues Sultan Suleiman et Musrara, devant la porte de Damas. Vingt-deux d’entre eux ont dû être hospitalisés.

Parmi les dizaines de personnes arrêtées, il y avait aussi quelques Israéliens, mais ceux qui ont été emmenés par la police étaient presque tous des Palestiniens. Ils ont rejoint les nombreuses personnes qui se sont retrouvées menottées les soirs précédents, lors des manifestations suite à la fermeture, apparemment dictée par les mesures anti-Covid contre les rassemblements, de la Porte de Damas, l’accès principal pour accéder à la mosquée Al Aqsa pendant les prières du Ramadan.

Jeudi soir, sur le marché juif de Mahane Yehuda, Nadim T., 26 ans, d’Abu Tor, se trouvait dans le restaurant où il travaille depuis trois ans lorsque les kahanistes sont arrivés. « Ils poursuivaient les Arabes », nous a-t-il dit, « en criant et en demandant au propriétaire de me mettre dehors. Ils ne sont partis que lorsque la police est arrivée. Beaucoup de Palestiniens comme moi travaillent à Mahane Yehuda et pourraient vous raconter la même histoire. »

Imprécations, menaces et insultes ont également visé les Israéliens protestant contre les raids anti-arabes. Une nuit de violence dont Benzi Gopstein, leader de Lehava, ne se sent pas responsable. « Je n’ai aucun pouvoir sur ces jeunes, ils agissent de leur propre chef », a-t-il déclaré avec candeur aux journaux de langue hébraïque.

Il est à craindre que ce qui a été vu dans les rues de Jérusalem jeudi soir n’était qu’un début. Un nouvel acte de violence grave, même individuel, pourrait déclencher une nouvelle escalade. « J’ai l’habitude d’être regardé avec méfiance et suspicion simplement parce que je suis un Palestinien », nous a encore dit Nadim, « mais après l’autre nuit, pour la première fois, j’ai peur de retourner à Mahane Yehuda ».

Michele Giorgio – Il Manifesto




Source: Acta.zone