Une belle représentation de
tout un tas de secteurs. Et plein de moyens d’actions nouveaux en
perspective

———–

Ce sont des choses qui arrivent : finir un vendredi de janvier pluvieux, le moral dans les chaussettes, non sans avoir sacrifié au rituel de la manif syndical au scénario immuable, face à un pouvoir raidi dans son mutisme inébranlable. Ce sont des choses qui arrivent : avoir le réflexe de partir en réunion, sortir de l’isolement, surtout échanger, et en revenir avec les batteries complètement rechargées.

Là, on n’est pas en train
de parler de séance de développement personnel, mais de la
quatrième « rencontre
inter-professionnelle » dans le cadre de la lutte contre la
réforme des retraites. Un petit flyer discret avait été distribué
dans la manif du matin, pour l’annoncer. Juste cette indication :
« Elle est
ouverte à toute personne mobilisée ou qui désire se mobiliser
contre la casse des retraites, quelque soit son statut ».
Difficile
de faire plus ouvert.

On se souvient de l’avoir évoqué avec des tenants de la convergence pure et dure – ceux qui, en définitive, ne font que rajouter un carré jaune, en complément des carrés F.O., C.GT., U.N.S.A., etc, au milieu des manifs, sans qu’on perçoive en quoi cela giletjaunise quoique ce soit sur le fond. Bref, ces convergents nous avaient renvoyé dans les cordes : « non mais c’est pas des féministes et des écolos qui vont décider sérieusement de quoi que ce soit dans cette lutte ». Et encore : « c’est pas demain la veille que des syndicalistes vont aller se réunir dans un squatt ».


bien, tout faux :
à 18 heures tapantes, une grosse cinquantaine de personnes
garnissent la plus grande pièce du Casa del Sol. Qui
ça ? Un cheminot CGT, une chargée du social départemental
tout aussi CGT, un chercheur du CNRS, une intermittente du spectacle,
une syndicaliste de la santé, une gréviste de la Poste, pas mal
d’enseignants (c’est leur propre AG qui est à l’initiative de
cette autre coordination plus large). Et même une responsable du
Syndicat des avocats de France, fort
en verve. Des individuels
aussi, retraités hyper disponibles, gilets jaunes, étudiants bien
entendu, et puis les hors secteurs qui font aussi la vie, hors
catégories.

Apparemment personne n’a peur des lieux, et pas plus de son.sa voisin.e. Premier effet : l’échange d’infos. C’est extrêmement précieux. Pas facile de savoir exactement où on en est ici ou là. Cette revue de détail des niveaux de mobilisation n’est pas trop brillante. Pourtant, il y a un super motif de satisfaction, qui requinque tout le monde : la réussite du blocage des épreuves du baccalauréat Blanquer, la veille au matin au Lycée Jules Guesde. Le Poing a rendu compte de cette action où ont convergé enseignant.e.s de l’établissement, parents d’élèves, lycéen.nes, non sans renfort numérique précieux de gens en lutte par ailleurs.

Bien
vite, l’idée s’établit que le combat contre la réforme des
retraites, plus largement contre Macron et son monde est tout sauf
terminé. Que ça
va même durer longtemps. Et prendre de formes qu’on
sait pas encore.
L’opération Jules Guesde en est un module (voire modèle, pour
certain.e.s). On n’entend rien d’anti-syndical par principe.
Compte-rendu
est donné de la réunion inter-syndicale (les instances)
d’après-manif. Tout le calendrier prévu est adopté par les
présents : manif classique mercredi, manif aux flambeaux jeudi
– mais partant de la CPAM, pour commencer à s’inquiéter du sort
de la Sécu. Egalement une journée Finie
la Comédie,
en
présence statique informative ; l’imagination des
intermittents du spectacle y est chaleureusement
attendue.

Puis
s’égraine une
kyrielle d’autres rendez-vous possibles,
souhaités, certains
adoptés.
On s’abstiendra d’en
livrer ici un calendrier
précis que les forces
de répression se
réjouiraient de
consulter. Les
lieux symboliques abondent, les instances de pouvoir paradent, les
occasions s’enchaînent, qui éveillent la démangeaison d’y
aller faire un tour pour rappeler de quel bois se chauffe la vie
réelle. Sur ce ton – d’échanges néanmoins très tranquilles et
pleins d’écoute – on remarque que la convergence avec les Gilets
jaunes passe du rayon de la mythologie à celui de l’évidence
immédiatement concrète
de se retrouver sur la Comédie le samedi (non sans quelques bonnes
idées d’action). C’est
pas compliqué.

Certes,
comme souvent dans pareil cadre, selon une certaine tradition
militante, doublée d’un rien de fièvre spontanéiste, on peut
douter un brin de l’efficacité organisationnelle sur
telle ou telle
initiative. Mais bon, le succès de Jules Guesde démontre
qu’on y arrive. Une
militante de l’action non-violente et désobéissance civile
inscrit une formation d’une journée sur les agendas : « nous
avons ces outils, ils sont efficaces quand nous les utilisons. En
même temps, on les impose à personne. Il y a d’autres moyens
d’action tout aussi légitimes ».

Au
demeurant, pour conclure la semaine qui s’ouvre, le samedi 1er
février sera jour d’appel national des Gilets jaunes à
Montpellier. Difficile d’ignorer le degré de violence policière
que ce genre de rendez-vous déchaîne.


Article publié le 25 Jan 2020 sur Lepoing.net