DĂ©cembre 13, 2020
Par Squat.net
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C’est la fin d’une Ă©poque et le dĂ©but d’une nouvelle. Alors que ces temps de crise sanitaire et Ă©conomique voient un accroissement dĂ©jĂ  inquiĂ©tant de la prĂ©caritĂ©, le collectif Luttopia, la mairie de Montpellier et la PrĂ©fecture de l’HĂ©rault se sont accordĂ©s sur le devenir du squat des anciennes archives dans le quartier des Beaux-Arts. MenacĂ© d’expulsion depuis plusieurs annĂ©es, le bĂątiment avait accueilli jusqu’à plus de 200 personnes sans solution de logement et dans une grande prĂ©caritĂ©, migrant·es, familles, sans-papiers comme sans domiciles fixes, en abandon de droits. Il devra ĂȘtre libĂ©rĂ© pour le 31 mars 2020, mais ne subira pas d’expulsion, une transition pourra en effet se produire en lien avec les services sociaux.

C’est Ă  la suite d’une rĂ©union Ă  la prĂ©fecture le 11 septembre dernier que nous avions appris la nouvelle d’une possibilitĂ© de transition douce pour les rĂ©sident·es du bĂątiment. Depuis, un diagnostic social a pu ĂȘtre effectuĂ© en coordination entre le collectif Luttopia et les services de la ville, du dĂ©partement et de l’État. Deux assistantes sociales ont Ă©tĂ© mises Ă  disposition par le CCAS afin d’affiner les dossiers de retour au droit commun prĂ©parĂ©s en amont. Deux rĂ©quisitions dans le cadre de la loi Élan ont Ă©galement eu lieu, et le collectif Luttopia, qui s’est montĂ© en association, va pouvoir disposer d’un nouveau bĂątiment dans le cadre d’une convention avec la municipalitĂ©.

Pas d’expulsion et des solutions de relogement

“On est en train de prĂ©parer le dĂ©mĂ©nagement et on a commencĂ© le travail de relogement des familles, au cas par cas, nous explique Jo, membre du collectif. Sept familles sont dĂ©jĂ  prises en charge, on a une dizaine de personnes dans des appartements. Les mĂšres de famille isolĂ©es ont Ă©tĂ© relogĂ©es. On continue ce travail lĂ  jusqu’au moment oĂč tout le monde sera pris en charge et sortira du bĂątiment, qui structurellement, n’est pas adaptĂ©.” Un incendie s’est en effet produit rĂ©cemment Ă  cause d’une surcharge Ă©lectrique, prĂ©cipitant le mouvement des prises en charge des rĂ©sident·es.

AprĂšs des alertes rĂ©currentes, le collectif est satisfait d’avoir pu Ă©viter une expulsion qui ne manquerait pas de se produire, la commune de Montpellier souhaitant Ă©tablir une Ă©cole primaire sur les lieux. C’est consĂ©cutivement au premier confinement et Ă  la mise en lien du collectif avec d’autres associations au sein d’une plateforme de distribution alimentaire, que le dialogue avait Ă©tĂ© entamĂ© avec les pouvoirs publics pour Ă©viter une sortie sĂšche des habitant·es en pleine pĂ©riode de crise sanitaire, alors que de nombreuses familles avec enfants Ă©taient confinĂ©es.

“Il n’y aura pas de retour Ă  la rue pour tous ces gens, se fĂ©licite Gwen, cofondatrice du collectif Luttopia. C’est ce qu’il faut retenir et c’est important de le signaler, ça n’a pas toujours Ă©tĂ© comme ça. La plupart des expulsions de squats se font sans Ă©valuation sociale, sans prise en charge ou de seulement quelques nuits en hĂŽtel et aprĂšs c’est de nouveau la sortie sĂšche. LĂ  on est sur autre chose, avec la garantie de trouver des solutions entendables pour tout le monde. C’est plutĂŽt pas mal, donc on a pu avancer Ă©normĂ©ment, une fois qu’on a eu ces garanties.”

Le dĂ©but de prise de conscience des pouvoirs publics de l’ampleur de la vague de pauvretĂ© aura permis une mise en lien plus efficace entre le collectif Luttopia, la Fondation AbbĂ© Pierre, l’OFII, la DDCS et le CCAS, permettant un traitement plus rapide et efficient des dossiers, avec des rĂ©sultats concrets Ă  la clĂ©. AprĂšs une premiĂšre vague de sorties faisant suite Ă  l’annonce d’une expulsion avant le 31 octobre dernier, le bĂątiment n’abrite aujourd’hui plus qu’une centaine de personnes, mais continue d’assurer un accueil de jour et la distribution alimentaire.

Un nouveau bĂątiment pour le collectif

Le collectif Luttopia, en lien avec la mairie, s’est aussi mis Ă  la recherche d’un nouveau bĂątiment Ă  occuper dans le cadre d’une convention. “La nouvelle configuration ne sera pas la mĂȘme, mĂȘme si nos fondamentaux et actions ne changent pas, annonce Gwen. La jauge va changer dĂ©jĂ , on aura une cinquantaine de personnes maximum. Mais comme on aura une organisation vraiment axĂ©e sur l’accompagnement social, on aura la possibilitĂ© d’assurer un turn-over plus important que jusqu’à alors.”

Pour la militante, les conditions de prise en charge et l’incertitude du sort rĂ©servĂ© au bĂątiment des archives ne permettaient plus d’optimiser l’accompagnement des rĂ©sident·es. “La rĂ©alitĂ©, c’est qu’on a des familles dont on a vu grandir les enfants, ou qu’on a vu s’agrandir. Ce n’est pas viable, ce n’est pas entendable pour notre sociĂ©tĂ© de voir des enfants grandir en squat. Comme ce n’est pas plus entendable de les voir grandir dans des dispositifs d’hĂ©bergement d’urgence, c’est pourquoi notre objectif, c’est vraiment l’accĂšs au logement. Les gens ne peuvent pas rester indĂ©finiment dans des situations irrĂ©guliĂšres et des structures d’hĂ©bergement, il faut un retour au logement, Ă  l’activitĂ©, une autonomie, une Ă©mancipation.”

En somme, dans le nouveau bĂątiment occupĂ©, l’objectif sera donc de fournir un meilleur accompagnement, qui aboutira nĂ©cessairement Ă  des durĂ©es de sĂ©jour plus courtes. “On va pouvoir travailler mieux, plus en douceur, dans une perspective d’inclusion progressive, ce sera autre chose. Par contre, sur la philosophie, la maniĂšre de travailler, et le lien avec les assos et orgas, ça ne changera pas, assure Gwen. Pas d’expulsion et pas de sorties sĂšches, une convention d’occupation Ă  venir, ce sont dĂ©jĂ  de grandes victoires. On a tous Ă©normĂ©ment travaillĂ© pour en arriver Ă  ce niveau lĂ  du projet.”

A Montpellier, plusieurs milliers de personnes sont Ă  la rue, sans domiciles fixes ou vivent dans des squats et bidonvilles. ParallĂšlement, le mal-logement devient une problĂ©matique majeure sur l’ensemble du dĂ©partement, tout comme l’accĂšs aux logements sociaux, alors que plus de dix mille logements sont vacants dans le parc privĂ©. Si le choix d’une solution transitoire est une bonne nouvelle pour le squat des archives, devenu trop vĂ©tuste et complexe Ă  gĂ©rer, il n’en reste pas moins que la situation dramatique appelle une politique rĂ©ellement volontariste sur l’ensemble du territoire, et sans ambiguĂŻtĂ©.

Ainsi de la situation plus complexe qui touche le squat ouvert par l’association SolidaritĂ© PartagĂ©e aprĂšs son expulsion des bĂątiments de l’ancien institut Bouisson-Bertrand, qui serait aujourd’hui visĂ© par une plainte de la mĂ©tropole pour cette nouvelle occupation.

Si les pouvoirs publics disent vouloir rĂ©sorber la situation de l’extrĂȘme prĂ©caritĂ©, on peut cependant s’interroger sur le montant du plan pauvretĂ© annoncĂ© par la ville et cofinancĂ© par l’État, qui se chiffre Ă  1M d’euros par an et dĂ©cline une majoritĂ© de mesures pansements alors que 26% de la population vit sous le seuil de pauvretĂ© (Insee, 2017). Des mesures complĂ©mentaires Ă  l’hĂ©bergement d’urgence sont Ă©videmment Ă  encourager, mais peuvent-elles suffire Ă  endiguer une crise du mal-logement et de la prĂ©caritĂ© qui touche une population toujours plus large, comme le constatent les associations humanitaires ?


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Des squats expulsés à Montpellier: https://radar.squat.net/fr/groups/city/montpellier/field_active/1/squated/evicted
Des groupes Ă  Montpellier https://radar.squat.net/fr/groups/city/montpellier/country/FR
Des événements à Montpellier https://radar.squat.net/fr/events/city/Montpellier


La Mule du Pape, le 11 décembre 2020 https://www.lamuledupape.com/2020/12/11/squat-des-archives-lutopia003-vers-une-transition-douce-sans-expulsion/




Source: Fr.squat.net