Février 22, 2021
Par Le Poing
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A l’appel du collectif des Algériens de Montpellier pour la Démocratie en Algérie, une cinquantaine de personnes se sont réunies place de la Comédie pour débattre ensemble de l’actualité politique en Algérie. Le pays connaît, depuis deux ans maintenant, une crise politique et sociale qui pourrait bien conduire à l’émergence d’une réelle démocratie.

Ce 21 février à Montpellier, malgré la persistance du mistral qui ne facilitait pas les prises de parole, des algériens et franco-algériens se sont rassemblés pour décrypter l’actualité politique en Algérie. Dans certaines métropoles de France, des événements similaires ont eu lieu pour commémorer la date d’anniversaire du Hirak, débuté le 16 février 2019. Hirak en berbère signifie « mouvement ». Le terme désigne les soulèvements populaires contre la réélection d’Abdelaziz Bouteflika, président du pays depuis 1999, puis contre le « remaniement ministériel » qui a suivi. Enfin, le Hirak, c’est l’espoir pour le peuple algérien – bouleversé dans son histoire politique par la colonisation- de connaître enfin la démocratie.

Une manifestation atypique

Pas de slogans ou de chants aujourd’hui pour ce rassemblement statique. Aussi, le nombre de manifestant -assez restreint- aura permis une véritable discussion. Chacun était invité à donner son avis ou poser des questions. L’enjeu ? Faire le topos de la situation politique qui s’articule depuis deux ans en Algérie et imaginer de nouvelles façons de conjuguer la contestation.

Entourée par des drapeaux algériens et amazighs, la petite troupe -naturellement regroupée en cercle pour faciliter la visibilité et les prise de parole-, donnait à l’événement un caractère très participatif. Innovant.

La présence de nombreux jeunes à ce rassemblement, témoigne des enjeux sociaux qui accompagnent la crise politique en Algérie. Sabri Farah, étudiante en troisième année d’informatique, s’est exprimée sur les raisons qui l’ont poussée à venir ici aujourd’hui :« Le cœur de cette révolution, c’est la jeunesse. C’est de la que part le mouvement. C’est notre avenir, notre pays. Parce que notre diplôme n’est pas reconnu mondialement, on est venu faire nos études en France. Les plus concernés justement, c’est nous », martèle la jeune femme. « En Algérie, tu ne peux pas critiquer le gouvernement à visage découvert. » poursuit-elle. «  Rachid Nekkaz, ancien candidat aux présidentielles , avait été retenu dans une prison au désert. Sa famille, n’avait aucune nouvelle de lui. C’est une personne qui a beaucoup donné pour son pays, et qui se retrouvait enfermée ». Personnage controversé en France, Rachid Nekkaz a été libéré il y a maintenant deux jours. «Je souhaite que la justice soit appliquée. Je suis contre la libération de Said Bouteflika et des personnes qui le soutenaient. Ce sont des brigands à qui il faut demander des rétributions ».

Le peuple algérien dans un tournant décisif de son histoire

Sabri Farah insiste sur la présence exponentielle des femmes dans les mouvements du Hirak :« Une femme -Shaima- a été kidnappée, torturée, violée puis brûlée vive récemment. Le peuple demande que la personne coupable de ces actes ignobles soit exécutée. Beaucoup de femme sont présentes dans les cortèges du Hirak en Algérie. Récemment, une jeune femme, dans la ville de Béjaïa s’est faite égorger par son père. Si celui-ci a été appréhendé par la police, c’est une situation qui ne peut plus durer. La femme algérienne n’est en sécurité nulle part, ni chez elle, ni dehors ».

Quelques militants de l’Unef – un syndicat étudiant – étaient également présents pour apporter leur soutien au peuple algérien, et dans le même temps, dénoncer la stratégie du gouvernement « Bienvenue en France », effective depuis le 19 avril 2019. Approuvé par le conseil d’état, cet arrêté ministériel promeut l’augmentation des frais d’inscription universitaires pour les étrangers et touche particulièrement l’estudiantine algérienne venue en France – ou la diaspora algérienne est importante-, conséquence du passé ”partagé” des deux pays.

Les manifestants revendiquaient en somme leurs espoirs pour un dénouement constitutionnel, face à la situation actuelle qu’ils dénoncent comme une « une mascarade politique ». Soit le renouvellement du gouvernement dans sa totalité et la mise en place d’une démocratie effective, avec davantage de droits sociaux.

En effet, l’armée impose toujours son hégémonie politique et durcit la répression contre les journalistes et militants du Hirak, dont certains ont été torturé. Cependant, l’espoir subsiste puisque le président Tebboune a annoncé jeudi la mise en place d’élections anticipées. Volonté manifeste de calmer l’insurrection populaire. A suivre.




Source: Lepoing.net