Un militant pro-palestinien lavé d’accusations fantaisistes dans la forme, mais lourdes de sens sur le fond

Il n’a fallu que quelques secondes ce mercredi 16 octobre, dans la foulée des dépositions, témoignages et plaidoirie, pour que le Tribunal de Police de Montpellier conclue à la relaxe de José-Louis Moraguès. Ce militant du comité BDS (Boycott – Désinvestissements – Sanctions, à l’encontre le l’État israélien d’apartheid) y comparaissait, suite à procès-verbal dressé par la Police municipale de Montpellier, pour « émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage et à la santé de l’homme ». Cela du fait de s’être exprimé à travers une modeste sono portative, dans le cadre d’une manifestation de rue dûment déclarée.

Cette
incrimination, déjà
grotesque dans la forme,
s’est effondrée en quelques secondes devant
les faits rapportés à
l’audience : le dit procès-verbal prétend constater le tapage
à 16h01 le 19 mai 2018 sur la place de la Comédie au niveau du
stand dressé là par BDS, alors que la manifestation correspondante
(et
autorisée) s’est
déjà ébranlée depuis vingt-cinq minutes et se trouve –
José-Louis Moraguès en tête – place Jean-Jaurès à ce
moment-là.

L’institution
judiciaire a
failli être sévèrement rabaissé dans cette affaire : on y
voit le maire de Montpellier, soucieux de complaire à une clientèle
électorale, et suivant les membres de sa majorité qui détestent
BDS, transformer sa police municipale en police politique,
instrumentaliser et manipuler le droit (Comment une manifestation
n’émettrait-elle pas de bruit ? Quand a-t-on vu que la Comédie
est, à 16h, un lieu baignant dans le silence?) pour porter atteinte
à un droit constitutionnel fondamental – de s’exprimer et
manifester.

On se croirait sous n’importe quel régime à la Poutine. Et il est au fond extrêmement grave que le premier magistrat de la septième ville de France inspire pareils tripatouillages en pensant que ça puisse le faire. Voilà un nouveau signe très alarmant de la dégradation politique et morale des pratiques de pouvoir, dans le sens du tout-répressif, s’asseyant sur le moindre principe. La claque reçue par Philippe Saurel ce mercredi 16 octobre paraît monumentale – sans que Midi Libre ou La Gazette n’aient jugé bon de s’en enquérir…

Dans la salle d’audience, le Ministère public a bien entendu souhaité
qu’en s’en tienne à des strictes considérations de réglementation
et de contravention. Mais cela pour admettre aussitôt que, même à
ce titre, il n’y avait pas lieu de poursuivre, sur
la base de ce
PV totalement bidon (la preuve étant
apportée
que l’accusé n’était pas sur la Comédie à 16h01, via
témoignages et prises de vue).

Il
revenait donc à la Défense (maître Alain Ottan) et au militant
lui-même, de sortir de ce cadre bouffon, pour pointer une
« stratégie
délibérée d’intimidation »,
dans
« une
procédure téléguidée par la mairie »
de
Montpellier, portant « une
atteinte très claire à un droit constitutionnel »
fondamental
par « instrumentalisation
du code pénal ».
Il
faudra « faire
en sorte que cela cesse »,

car pas moins
de douze autres PV analogues
ont
été dressés en 2018, assortis de huit auditions au commissariat.
Hormis la pantalonnade de ce mercredi, il est à se demander si la
Police et la Justice, si promptes à se dire débordées, n’ont pas
autre chose à faire que céder aux pressions liberticides du shérif
local.

D’autant que le militant – soutenu par un rassemblement d’une quarantaine de personnes – a assuré son intention inaltérée,
dans l’avenir, de « ne
renoncer en aucun cas aux exigences de
[sa]
conscience ».
Donc
continuer à s’exprimer et manifester.

G.M.


Article publié le 16 Oct 2019 sur Lepoing.net