Février 28, 2021
Par Le Poing
160 visites


Une nouvelle conférence de presse du collectif contre la loi sécurité globale a eu lieu en fin de matinée ce samedi 27 février sur Montpellier. Le collectif dénonce la répression, et appelle à la remobilisation de tous les opposants, avec une grande journée d’action prévue le 13 mars. Alors que l’opposition à la loi séparatisme prend son envol, une véritable convergence pourrait-elle créer de nouvelles dynamiques ?

Une nouvelle grande journée d’action le 13 mars

L’image est forte. SDF, journalistes, teuffeurs, manifestants, soutiens aux interpellés des différentes mobilisations : agenouillés sur le parvis de l’Opéra-Comédie, des dizaines d’opposants, entourés de caméras en carton-pâte pancartes en main, se voient attribuer une note selon le crédit social que leur apporterait ce monde, celui qui va si bien avec la loi dite de sécurité globale.

Un happening qui cohabitait ce samedi 27 février avec une nouvelle conférence de presse contre le projet de loi controversé. Drones, caméras-piétons visionnées et accessibles à la police en direct et en post-production, avec risque de modifications ou d’effacement, fin des réductions de peines pour les détenus condamnés pour violences sur policiers, port d’armes hors-service élargi aux lieux recevant du public pour les policiers, pouvoirs accrus des polices municipales et des sécurités privées : le texte prévoit une bascule de plus dans un monde du tout-sécuritaire, après des années d’intensification de la répression du mouvement social et de la vie de tous les jours dans les quartiers populaires.

Rejoint depuis plusieurs semaines par le mouvement des teuffeurs, suite à la répression juridique spectaculaire des acteurs de la teuf de Lieuron, le mouvement d’opposition à la loi sécurité globale a connu des hauts et des bas, avec de belles mobilisations tant au plan local qu’au plan national. Mais dans la durée, sans disparaître, et en restant friand de rebondissements, le mouvement connaît un certain essoufflement.

Les intervenants à  cette conférence de presse invitent donc toutes les personnes qui se sont déjà mobilisées à revenir occuper les rues de Montpellier lors d’une grande journée d’action prévue pour le 13 mars prochain.

Le collectif dénonce une répression des autorités

Si les manifestations contre la loi sécurité globale à Montpellier ont presque toujours été autorisée par la préfecture, à l’exception notable de celle du 5 décembre, le collectif dénonce des formes de répression plus insidieuses, avec un impact non négligeable sur les mobilisations.

A de nombreuses reprises, les défilés ont été interdits par la préfecture de l’Hérault dans l’Ecusson, alors que le collectif organisait ses manifestations ailleurs en ville. L’intense communication des autorités par voie de presse aurait entretenu une confusion démobilisatrice.

L’interdiction des manifs en centre-ville a été justifiée au motif « qu’au cours des différents rassemblements organisés dans l’Hérault des actes de violences et de dégradations ont été commis à l’encontre des forces de l’ordre, des enseignes commerciales, des établissements bancaires, des abribus, de biens publics et de biens privés » Ce qui tient juste du mensonge le plus total, dans la mesure où aucune des mobilisations contre la loi sécurité globale sur Montpellier n’a donné lieu à des dégradations. A l’exception peut-être de celle du 28 novembre, où une poubelle a pris feu…

Autre argument préfectoral, le non-respect des consignes sanitaires. Pourtant dès le 30 janvier les organisateurs mettaient en place des points de distribution de masques floqués sur tous les camions présents dans le cortège, ainsi que sur des vélos circulant dans le cortège et disposant également de gel. Les appels à porter le masque ont été diffusés très régulièrement.

Au-delà de ces aspects, notons que la préfecture a plusieurs fois tenté d’interdire la diffusion de musique, puis de certains types de musique, dans les manifestations. Probablement pour enrayer le ralliement d’une partie du mouvement techno à la contestation. Ce qui a pu mener à des arrestations et des saisies à la limite de la légalité, comme le 16 janvier.

La même stratégie d’intimidation a pu être observée sur Béziers, avec des effets dramatiques. Le 30 janvier, à l’issue d’une calme manifestation dans la ville, le matériel utilisé pour sonoriser l’évènement a été saisi par la police. L’incompréhension quant à cette démarche, alors que le tout avait été inclus dans la déclaration de manifestation, a conduit avec le comportement violent de certains des agents de la BAC impliqué à une brutale altercation. Qui aura amené Max derrière les barreaux, condamné à neuf mois de prison ferme dans la foulée…

Un nécessaire second souffle à trouver dans la convergence avec la lutte contre la loi séparatisme ?

Qu’à cela ne tienne, la mobilisation continue. Avec un rythme moyen d’une mobilisation par semaine, elle se poursuit obstinément depuis maintenant trois mois. Oui, mais pas sans marquer le pas… La vigueur bouillonnante de la mobilisation du 28 novembre dernier semble bien loin…

Plusieurs des participants au collectif, rencontrés pendant la conférence de presse, admettent certains échecs -provisoires on l’espère- de la mobilisation. Sur l’ambition d’y rallier les quartiers populaires notamment. Loin d’être snobés par le collectif montpelliérain contre la loi sécurité globale, ceux-ci ont au contraire reçu une certaine attention : tractages massifs et répétés sur le marché de La Paillade, débats organisés dans les locaux de l’AJPPN et de Kaina TV… La première manifestation d’ampleur de l’année 2021, le 16 janvier, est même partie de ce quartier de La Paillade, fait très rare dans l’histoire des mobilisations du Clapas.

D’où vient le schisme ? Certains dans le collectif ont leur idée sur la question. Pour ne pas nuire à une unité des premiers acteurs de cette mobilisation contre la loi sécurité globale, l’ensemble du collectif a fait le choix politique de ne pas faire de lien explicite avec la loi censée renforcer les principes républicains, ancienne loi contre le séparatisme. Laquelle prévoit un renforcement du contrôle des associations, en plus de tout un volet de mesure restrictives visant plus particulièrement la communauté musulmane. Rappelons que la mobilisation contre la loi sécurité globale a été amorcée en partie par des acteurs comme le Club de la Presse, très institutionnels, peu concernés par les dérives islamophobes d’un gouvernement qui drague ouvertement l’électorat du Front National.

Une autre unité paraîtrait pourtant possible, autour de cette convergence, avec une promesse de nouvelles dynamiques de lutte. A l’intérieur même du collectif contre la loi sécurité globale, les choses ne sont pas si claires : une des interventions pendant la conférence de presse de ce samedi détaillait les dispositions de la loi séparatisme, sans se contenter de son article 18, lequel recycle le projet de restriction de la prise d’images sur les actions policières. Et le tract distribué pour appeler à l’évènement en faisait mention. Reste que les relations entre les organisations montpelliéraines qui portent haut et fort cette contestation de la loi contre le séparatisme, BDS et le collectif des Musulmans de Montpellier en tête, et le collectif contre la loi sécurité globale sont encore extrêmement tendues…

Au niveau national, de nombreux collectifs appellent à une grande journée d’action contre la loi séparatisme et les politiques liberticides et islamophobes, le 21 mars. Soit un peu plus d’une semaine après la grande journée d’action du 13 prévue sur Montpellier par les opposants à la loi sécurité globale.

L’occasion, enfin, de tisser des liens, de remettre sérieusement en cause les stratégies de lutte précédentes ?

Let’s block ads! (Why?)




Source: Lepoing.net