Mai 18, 2020
Par Le Poing
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Samedi dernier à Montpellier, la police a violemment réprimé une manifestation de gilets jaunes et dimanche, cette même police a protégé un rassemblement de la Ligue du Midi émaillé de violences, nouvelle preuve s’il en fallait d’une certaine convergence d’intérêts entre les autorités et l’extrême-droite.

Par Jules Panetier, journaliste au Poing et militant anticapitaliste et antifasciste

Une confusion entretenue

Sous prétexte de la lutte contre le coronavirus, le préfet de l’Hérault Jacques Witkowski a annoncé jeudi dernier dans un communiqué l’interdiction de deux événements, respectivement prévus pour samedi et dimanche : la manifestation des gilets jaunes, annoncé publiquement dès avril, pour dénoncer l’instrumentalisation de la crise sanitaire à des fins policières et pro-patronales, et un « hommage à Jeanne d’Arc » jusqu’alors confidentiel des royalistes de l’Action française, des « Volontaires pour la France » et de la Ligue du Midi, un groupe violent ouvertement raciste et homophobe (lire notre enquête).

Plusieurs médias en ont profité pour mettre dans le même sac ces deux manifestations pourtant radicalement opposées, à l’image de France Bleu Hérault, qui, sur facebook, a mentionné l’interdiction de la manifestation des gilets jaunes avec une photo de militants de la Ligue du Midi…

La stratégie de l’évitement

Malgré l’interdiction préfectorale, l’événement facebook de la manifestation des gilets jaunes a été maintenu tandis que les militants d’extrême-droite ont annoncé via Lengadoc-Info, un site tenu par un militant de la Ligue du Midi, que l’événement serait reporté. Leur rassemblement s’étant finalement déroulé, l’hypothèse la plus probable, c’est qu’il s’agissait d’une fausse annonce publiée dans le but d’éviter un contre-rassemblement antifasciste. À plusieurs reprises, notamment en décembre 2017, en mars 2018 et en novembre 2019, des antifascistes locaux ont perturbé des rassemblements de la Ligue du Midi organisés avec des militants d’extrême-droite venus de plusieurs villes.

Répression pour les gilets jaunes, protection pour l’extrême-droite

Samedi, plus de deux cents gilets jaunes se sont donc rassemblés en début d’après-midi sur la place de la Comédie de Montpellier, militarisée pour l’occasion : déploiement de plusieurs dizaines de cars de CRS et de gendarmerie mobile, fusils d’assaut arborés, présence de nombreux policiers en civil, etc. En peu de temps, une femme, matraquée à la tête, est prise en charge par les pompiers, sept personnes sont interpellées, et 25 verbalisations à 135€ sont dressées (lire notre reportage).

En revanche, le rassemblement d’extrême-droite de dimanche a été protégé par la police, comme le relate, sur twitter, une journaliste de l’AFP : « J’aurais bien aimé vous montrer les vidéos de la Ligue du Midi qui “privatise” une rue de Montpellier pour rendre hommage à Jeanne d’Arc. Ils étaient une trentaine à se rassembler, alors que le préfet avait pris un arrêté interdisant ce rassemblement. (…) Je ne peux pas vous montrer ces vidéos où l’on voit le “patron” de la Ligue du Midi, Richard Roudier, faire tranquillement son petit discours devant ses fidèles et devant la police en pleine rue. “T’as 5 minutes Richard, pas plus” a prévenu la police nationale. (…) Puis Roudier est venu vers moi : – “C’est privé ici, madame, dégagez.” – “Non, c’est une rue ici, monsieur. Ce n’est pas privé.” Plusieurs membres ont ensuite tenté de m’intimider en me poussant pour que je “dégage”. L’un d’entre eux a même collé son visage au mien (j’étais masquée, mais pas lui). Puis un militant est arrivé en courant derrière moi, s’est emparé de mon téléphone puis s’est enfui. L’homme a été interpellé par la police quelques centaines de mètres plus loin. Pour pouvoir récupérer mon téléphone, j’ai dû aller porter plainte au commissariat. Dedans, toutes les vidéos ont été effacées, en profondeur… Intimidation, vol de téléphone, accaparement de l’espace public, non-respect des distances sanitaires. C’est ça, la Ligue du Midi…. » Consciente de son impunité, la Ligue assume sur twitter : « Jounaliste “indépendante” lol. Filmer ce qui est public, aucun problème. S’incruster et filmer des conversations privées c’est de la provocation pure et simple. Retournez en école de journalisme pour apprendre la déontologie de base ».

En somme, la police de Montpellier a garanti la tenue d’un rassemblement d’extrême droite officiellement interdit.

Bagarre et bris de vitre

Outre les coups de pression à l’égard de cette journaliste, deux autres événements se sont produits cette même journée. Nous passerons ici momentanément de la troisième à la première personne, l’événement me concernant directement.

Le Poing étant au service des luttes sociales, je suis, comme tous les membres de la rédaction, aussi un militant anticapitaliste et antifasciste. Mon activisme à Montpellier lors du mouvement social contre la loi « travail » en 2016 et, surtout, la répression que j’ai endurée (fiche S, prison, pourvoi en cassation pour une condamnation récente à deux mois de prison ferme, perquisition, procès à venir, etc) ont fait de moi une figure suffisamment connue pour que les militants d’extrême-droite locaux connaissent ma tête. Le dimanche 17 mai 2020, jour de l’ « hommage à Jeanne d’Arc », en début d’après-midi dans le centre-ville de Montpellier, je marchais seul dans la rue et j’ai entendu une bande d’une douzaine de personnes crier « Panetier». Sans les connaitre, j’ai compris à leur accoutrement qu’il s’agissait de militants d’extrême-droite. À douze contre un, une bagarre a éclaté. Pour des raisons que j’ignore, ils ont pris la fuite. Quelques minutes plus tard, ils ont brisé la porte vitrée du local associatif du Barricade. Je ne souffre d’aucune blessure sérieuse.

L’extrême-droite s’accroche aux branches policières

À côté de cet épiphénomène, une tendance globale : à Montpellier comme dans la majorité des villes françaises, l’extrême-droite que l’on pourrait qualifier « de rue », à savoir celle qui, officiellement, agit en dehors du Rassemblement national, ne parvient pas à s’extraire de sa marginalité, dans le sens où elle est incapable d’assumer un agenda public, et en est réduite à des actions folkloriques à la portée politique très restreinte. Le rassemblement de dimanche en est un nouvel exemple : qui peut comprendre à quoi sert un rassemblement d’hommage à Jeanne d’Arc alors que les problématiques majeures de la société sont écologiques et sociales ? Cette extrême-droite avait cru partager un certain nombre d’intérêts avec les gilets jaunes, et voilà qu’elle joue maintenant les auxiliaires de police : Lengadoc-info a publié sur sa page facebook une vidéo pour tenter de légitimer les violences policières subies par la gilet jaune prise en charge par les pompiers samedi dernier à Montpellier, au prétexte qu’elle aurait d’abord bousculé un policier… Cette extrême-droite ne parvient pas à mobiliser davantage que son noyau restreint et des militants volatils, et elle s’appuie précisément sur sa proximité idéologique avec les policiers pour perdurer. Lengadoc-Info donne d’ailleurs régulièrement la parole à Rémy Alonso, secrétaire départemental du syndicat Alliance police nationale 34 qui avait traité les gilets jaunes de « sous-être humains ». En novembre 2019 devant la préfecture de Montpellier, un rassemblement qui se voulait d’envergure nationale organisé par la Ligue du Midi avait rassemblé une cinquantaine de personnes, et les policiers, qui se dressaient face aux deux cents antifascistes présents, avaient échangé bises et poignées de main avec les militants d’extrême-droite. Dès lors, lutter contre la police, c’est lutter contre le fascisme, et inversement.

Si la lutte contre cette extrême-droite de rue est nécessaire, il ne faut pas oublier pour autant que le principal propagateur de l’idéologie d’extrême-droite en France s’appelle Emmanuel Macron. Quatre exemples récents, récemment relatés par Nantes Révoltée : en octobre 2019, le Président de la République a donné une interview à des journalistes de Valeurs Actuelles dans l’avion présidentiel ; en novembre 2019, il a reçu à l’Élysée une figure de l’Action française, Elie Hatem, et a pris un selfie avec lui ; le 11 février 2020, il a fait référence aux concepts de Charles Maurras, fondateur de l’Action française, devant les députés de son parti, et le 1er mai 2020, il s’est entretenu pendant 45 minutes avec le chroniqueur d’extrême-droite Éric Zemmour pour le soutenir après qu’il se soit fait insulter dans la rue.

Dès lors, lutter contre En Marche, c’est lutter contre le fascisme. Conclusion : enfilez un gilet jaune ou un chasuble rouge, et mobilisez-vous !




Source: Lepoing.net