Ce matin, vendredi 10 janvier, 7h 45, des gosses s’agitent devant leur collège à la Mosson, quartier populaire du nord de Montpellier. « On a pas cours, c’est bloqué ! » crie un gamin à ses camarades, avec un mélange de joie et d’incompréhension dans la voix. Une trentaine de professeurs du premier et second degré, la plupart syndiqués -FO, SUD éducation- occupent l’entrée de l’établissement, aux grilles closes, pour protester contre la réforme des retraites et donner de la visibilité à la lutte dans les zones périphériques de la métropole.
Cette action, appelée par l’AG éducation 34, a été suivie d’une diffusion de tract au marché de la Paillade et d’une action symbolique devant les locaux de Sanofi. Le Poing est allé à la rencontre du personnel de l’éducation en lutte pour suivre leurs actions et discuter de leurs conditions de travail.

80 à 90 % de grévistes sur les grosses journées de mobilisations

Les vacances ont-elles étouffé la contestation dans l’éducation nationale ? Que nenni ! Lors de l’assemblée générale mardi, les professeurs de Montpellier et alentours ont voté la reconduction de la grève jusqu’à la fin de la semaine. Suite au succès de la manifestation d’hier, la reconduction a une nouvelle fois été votée en assemblée générale. Cependant, si on atteint les 80 ou 90 % de grévistes au sein de l’établissement sur les grosses journées de mobilisations, comme l’affirme un militant de Sud éducation, mobiliser sur le long cours se révèle être plus difficile.

Au collège des Escholiers de la Mosson, des assemblées générales se tiennent tous les jours à la récréation. Et même si tous les professeurs ne sont pas en grève reconductible, une forte solidarité existe entre eux : ce matin, les enseignants non grévistes ont refusé de se déclarer au proviseur en soutien à leurs collègues en reconductible.
Malgré la fatigue et la perte financière qu’occasionne la grève, tous et toutes affirment néanmoins leur détermination de lutter jusqu’au retrait de la réforme, comme indiqué dans le tract de l’intersyndicale (CGT-FERC, FSU, FNEC FP FO, SUD-Education) distribué le jour même.
« On appelle toutes les organisations syndicales qui parlent du retrait de la réforme à se positionner sur la grève générale » lance un militant de Force Ouvrière présent devant le collège. L’espoir est tenace et la lutte continue.

Une hausse de salaire bidon

En août 2019, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, promettait sur BFMTV que les professeurs verraient leur salaire augmenter de 300 euros en moyenne à partir du premier janvier 2020. Dans les faits, cette annonce est clairement à nuancer. Julien Delmas, professeur de technologie auteur d’un blog sur les conditions de travail des enseignants, explique de manière très détaillée dans un article que cette augmentation ne concernera pas tout le monde : « Tout le monde ne sera pas concerné étant donné que la cotisation retraite augmente également. Certains gagneront un peu plus alors que d’autres gagneront moins ! » 
En effet, les précédentes réformes des retraites sous Sarkozy et Hollande prévoyaient une augmentation du taux de retenue pour pension civile jusqu’en 2020 pour s’aligner sur le niveau de cotisation des salariés du privé.
Sur son blog, Julien Delmas livre des tableaux détaillés par échelons pour souligner la fourberie de la manœuvre gouvernementale et donne un exemple frappant « En clair, pour un salaire brut de 2500 euros, votre salaire DIMINUE au 1er janvier 2020 de 6,75 euros brut par mois ! »
 Un enfumage de plus qui exaspère notre syndicaliste de force ouvrière : « Quel patron aurait l’audace de proposer une augmentation sur plus de dix ans ? »

Des auxiliaires
de vie scolaire

également mobilisés

Ce matin devant le collège, une AESH (assistante d’élève en situation de handicap, dénomination qui remplace les AVS -auxiliaire de vie scolaire-) était là pour faire part des conditions de travail et des revendications de sa profession. « Avant, on accompagnait un élève, maintenant on en accompagne deux ou trois, c’est plus compliqué. Il y a beaucoup de CDD de trois ans, on est fonctionnaire, mais pas titulaire ». Elle demande donc une titularisation de tous les AESH, ainsi qu’une augmentation de salaire. « Je travaille 24h par semaine. On a eu une augmentation, mais je suis passée de 750 à 770 euros ».
Outre des conditions de travail précaires ne facilitant pas la mobilisation, notre interlocutrice souligne un autre frein à l’implication des AESH dans la mobilisation : Si le professeur de l’enfant accompagné ne fait pas grève, les AESH ne se mobilisent pas par conscience professionnelle pour ne pas laisser l’élève seul. Cependant, elle relate une solidarité intercatégorielle dans son établissement et explique avoir reçu du soutien de la part des enseignants grévistes.

Action symbolique devant les locaux de SANOFI

Après une séance de tractage au marché de la Paillade, une cinquantaine de personnes se sont réunies entre midi et deux devant les locaux de l’entreprise SANOFI à l’initiative de l’AG éducation du quartier qui recoupe les écoles et collèges de la Paillade, rejoint par des grévistes de l’entreprise. Ils ont dénoncés les profits et les aides versées par le gouvernement à la société pharmaceutique, en arguant que cet argent pourrait servir à financer les caisses de retraites.

Les grévistes se sont ensuite mis en route vers l’Hôtel du département pour soumettre cette proposition aux autorités publiques à grands coups de banderoles et de slogans.

La journée ne s’arrête pas là, puisqu’une marche aux flambeauxse déroulera ensuite en fin d’après midi entre le Peyrou et la Comédie. Samedi, les professeurs en grève manifesteront avec les gilets jaunes à l’appel de l’intersyndicale. La bataille contre la réforme des retraites semble donc loin d’être terminée, malgré le raccourcissement du calendrier législatif. La manifestation du 11 sera probablement déterminante dans la suite du mouvement.


Article publié le 10 Jan 2020 sur Lepoing.net