Novembre 12, 2021
Par Le Poing
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Pendant la manif des agents de la TAM ce vendredi 12 novembre. Crédit photo : Mathieu Le Coz

Aucun service public des transports urbains ne fonctionnait ce vendredi dans la ville. Ce mouvement de grĂšve rĂ©vĂšle le malaise profond de centaines d’agents dĂ©pendant directement de la MĂ©tropole

« Une journĂ©e historique Â» estimait Laurent Murcia, responsable du syndicat Force ouvriĂšre, archi majoritaire parmi les personnels de la TAM, la sociĂ©tĂ© de transports publics urbains desservant Montpellier et les communes de sa MĂ©tropole. Historique car le mouvement de grĂšve de vingt-quatre heures dĂ©clenchĂ© ce vendredi 12 novembre s’est traduit par un blocage total de tout le rĂ©seau : pas un seul autobus, pas une seule rame de tramway n’ont circulĂ© sur les quinze lignes desservies par ceux-ci, les quatre par celles-lĂ  (sur la commune mĂȘme de Montpellier). Il faut appeler cela une dĂ©monstration de force.

Deux cents manifestants se sont regroupĂ©s en dĂ©but de matinĂ©e devant les locaux d’accueil du public en centre ville, face Ă  la gare. De lĂ  ils ont effectuĂ© une remontĂ©e jusqu’aux jardins du Peyrou. Dans le sens montant ou descendant, tout journaliste du Poing a effectuĂ© ce parcours de manifestation, interrompant une bonne part du rĂ©seau de tram, des dizaines et des dizaines, voire centaines de fois. Mais pour cette occasion supplĂ©mentaire, c’était intriguant, sollicitant, trĂšs particulier, que les manifestants soient cette fois les propres conducteurs des trams ou bus empruntant normalement ce boulevard.

Un Ă©pais malaise s’est installĂ© dans l’entreprise TAM, et selon le responsable syndical, « il va vraiment falloir que ses dirigeants s’occupent des problĂšmes du personnel, sinon c’est le personnel qui va devoir s’occuper d’eux Â». Depuis quelques temps Force OuvriĂšre brandissait la menace d’une grĂšve perlĂ©e, les vendredis et samedis jusqu’à la NoĂ«l.

VoilĂ  qui ressemblait Ă  une arme redoutable de dissuasion massive : MickaĂ«l Delafosse peut-il vanter sa politique des mobilitĂ©s, si celle-ci se traduit par une paralysie du transport public pour la premiĂšre pĂ©riode de sur-consommation des FĂȘtes de fin d’annĂ©e qui pourrait signifier un retour Ă  la “normale”, aprĂšs des annĂ©es de fortes perturbations provoquĂ©es par les politiques anti-populaires d’Emmanuel Macron, et la pandĂ©mie de COVID ?

Finalement, ce mot d’ordre est pour l’heure suspendu, aprĂšs qu’un accord salarial ait Ă©tĂ© conclu, certes modeste (1,37 % d’augmentation du point, et l’octroi d’une prime COVID de 400€ Ă  700€ par agent en fonction de leur niveau de revenus). « Disons que cela garantit un maintien du pouvoir d’achat, puisqu’hĂ©las nous en sommes arrivĂ©s lĂ  dans ce que nous pouvons espĂ©rer obtenir, ce qui est dĂ©jĂ  bien mieux que dans beaucoup d’autres secteurs Â» estimait toujours le responsable syndical.

Dans l’ensemble, le cortĂšge ne se remarquait pas pour une quelconque fĂ©brilitĂ© impĂ©tueuse. L’atmosphĂšre trĂšs automnale semblait faire Ă©cho au maquis des questions qui restent dorĂ©navant Ă  nĂ©gocier. Ces questions touchent, Ă  une profonde « dĂ©gradation des conditions de travail Â», qui est aussi « une dĂ©gradation du service public. Aujourd’hui, 70 % des lignes de bus sont affectĂ©es par des retards d’horaires. Et la ligne 4 de tramway fonctionne de fait en service rĂ©duit permanent Â».

Tout cela par manque de moyens mis en face des nĂ©cessitĂ©s de service, dans une phase de sur-pression liĂ©e Ă  la sortie des confinements, et Ă  la mise en place difficultueuse de la gratuitĂ©. Un employĂ© fait part des inquiĂ©tudes du personnel de l’entreprise : « Certains de nos chauffeurs craignent de voir de plus en plus d’accidents se produire, et c’est avec soulagement qu’ils rentrent le soir quand la journĂ©e s’est bien dĂ©roulĂ©e». La densification du trafic due entre autre aux nouvelles pistes cyclables couplĂ©es aux mesures de limitation de la vitesse Ă  30 km/h en agglomĂ©ration ajoutent des tensions sur la route et sur les horaires que doivent tenir les employĂ©s.

En outre il confie : « l’application de ces mesures prises par la mairie va trop vite, et l’entreprise ne prend pas assez en considĂ©ration les changements rapides de la ville, on commence Ă  ĂȘtre dĂ©passĂ© ». A cela s’ajoutent le mĂ©contentement des usagers, et la pression psychologique qu’ils
subissent. PointĂ© du doigt, le manque de personnel est une revendication essentielle. Selon un dĂ©lĂ©guĂ© syndical « il manque quarante Ă  cinquante conducteurs de tramway et de bus confondus ». Laurent Murcia poursuit : « en prenant en compte les dĂ©parts en retraite, mais aussi les services Ă  temps partiel qui se font plus nombreux avec l’évolution actuelle des modes de vie, on a un taux de remplacement du personnel qui ne correspond pas du tout Ă  la rĂ©alitĂ© des services Â».




Source: Lepoing.net