Décembre 12, 2020
Par Le Poing
327 visites


Avec ses 3000 participants, la nouvelle manifestation contre la loi “sécurité globale redonne du peps après un acte III en demi-teinte. Sans toutefois reproduire la vague de manifestants et d’enthousiasme de l’acte II. Pourquoi ?

C’est dans une inhabituelle ambiance de techno-parade que la tête de cortège s’élance, en fin de matinée, depuis la place du Nombre d’Or à Antigone. Plus en arrière, on peut à loisir alterner entre chants giletjaunesques, batucada, ou encore une chorale chantant les louanges des libertés publiques face à l’État policier.

La manif’ passe devant la gare, puis remonte le boulevard du Jeu de Paume pour un parcours de type syndical des plus traditionnels à Montpellier. Vient le moment de la fin du parcours déclaré en préfecture, sur l’esplanade Charles de Gaulle. Alors que les musiciens de tous poils s’alanguissent joyeusement entre les arbres, une tentative de cortège sauvage prend la direction de la préfecture. Peu suivie – 2 ou 300 manifestants –, l’initiative tourne court. À peine la place des Martyrs de la Résistance atteinte, on rebrousse chemin vers la Comédie, pour une dispersion rapide.

Ce qu’on retiendra de cette journée ? Une bonne ambiance, une mobilisation correcte qui montre l’opposition à cette loi et au monde dystopique qui se profile juste derrière. Un petit goût d’inachevé aussi : en arpentant les rues ce samedi, on ne se sentait pas tout à fait à la hauteur des enjeux, énormes, face à une société qui bascule, et plus si doucement que ça, vers l’autoritarisme le plus assumé. Et on s’interroge : pourquoi cette décrue de la mobilisation ?

Les manifestants du 5 décembre, journée de mobilisation massive, ont-ils l’impression de brasser de l’air, à multiplier les défilés pacifiques que le pouvoir ne prend pas en compte ? Les grandes émeutes parisiennes lassent-elles, avec leur lot de blessés et d’interpellés, sans compter la surenchère sécuritaire entretenue à longueur de “débats” dans les médias mainstream par des éditorialistes d’une autre dimension que la nôtre ? Et si tel est le cas, quels modes d’action pour un mouvement victorieux ?

Traditionnellement en France, les blocages de l’économie sont plutôt l’apanage de combats plus directement sociaux, qui portent des revendications sur les conditions de vie matérielles des classes populaires. Ces deux dernières années, le pays semble néanmoins s’affranchir de beaucoup de vieilles traditions de mobilisation, pour le meilleur comme pour le pire !

Autre point de réflexion : pourquoi de nombreux collectifs contre la loi sécurité globale refusent d’intégrer au mouvement le rejet des lois “confortant les principes républicains” – anciennement lois contre le séparatisme –, alors qu’elles sont tout aussi liberticides ? Des collectifs formés après des assassinats policiers dans les quartiers populaires témoignent d’une grande difficulté à prendre toute leur place dans cette lutte, quand la parole semble presque confisquée par des journalistes principalement inquiets de l’article 24 sur la diffusion des images de policiers, ou par des associations de gauche pleines de bonne volonté certes, mais aux fonctionnements parfois excluant pour le quidam. Refuser d’Intégrer le rejet de cette loi “confortant les principes républicains”, particulièrement islamophobe en plus d’etre liberticide, ne serait-ce pas aussi se priver d’une base de lutte prête à la combativité ?

Le mouvement social va très certainement affronter une période de creux autour des fêtes de fin d’année. L’occasion de mûrir toutes ces questions, et bien d’autres encore, pour attaquer 2021 sur les chapeaux de roue. Un conseil toutefois : dans cet exercice, évitez l’oncle vétéran de la guerre d’Algérie !

A Béziers, ils étaient entre 150 et 200 manifestants :




Source: Lepoing.net