Ce jeudi 12 décembre, environ 3000 personnes se
sont réunies place Zeus à Montpellier pour la troisième journée
de mobilisation contre la réforme des retraites (contre 10 000 le 10
décembre
et 30 000 le 5
décembre
). Une marche tranquille, parfaitement millimétrée et
encadrée par les appareils syndicaux, qui ont subitement plié
boutique avec sono et camions à la gare, tandis que le cortège de
tête, déterminé à continuer la manifestation, a subi une longue
nasse policière avec fouilles, contrôles d’identité et
interpellations ciblées. Retour sur une journée qui soulève une
nouvelle fois les
divergences entre syndicats et gilets jaunes dont nous parlions hier
.

Tous derrière la CGT ?

Dans la matinée, les infatigables syndicalistes étudiants du SCUM ont de nouveau bloqué les bâtiments administratifs de la faculté Paul Valéry.

À 14h, le cortège prend forme place Zeus, la CGT en tête. Des gendarmes munis fusils d’assaut traînent dans les parages…

La manifestation démarre, direction les Aubes, où des gilets
jaunes et des jeunes essaient de doubler les sonos syndicales et leur
reprise punk de « El pueblo unido » pour former un cortège de tête
un peu offensif. Bref, un beau moment de folklore. Aux abords du
Corum, un syndicaliste prend la parole depuis son camion pour essayer
d’appeler à une « convergence » : « Rouges,
jaunes, verts, tous ensemble ! »
Avec les effluves d’herbe
saturant l’air ambiant, on pourrait presque se croire au Reggae Sun
Ska ou autre festival dédié à la musique rasta tellement
l’ambiance est pépère. Les grailles occitanes et autres tambours
remplacent une énième reprise de l’Internationale interprétée
par un obscur groupe de ska français à la tête de la
manifestation, et le cortège arrive doucement à la gare.

Là, la manifestation se stoppe sous les yeux d’un nombre
impressionnant de gendarmes, et petit à petit, le cortège
scissionne. Deux salles, deux ambiances : à gauche direction du
Guesclin, prises de paroles syndicales, applaudissements, poignées
de mains ; à droite, les gilets jaunes trépignent, crient «
grève, blocage, manif sauvage »
et s’exécutent en tentant
une remontée vers la Comédie. Qu’on se le dise, la fameuse «
convergence » n’aura absolument pas eu lieu aujourd’hui.

Plus d’une heure de nasse

À peine engagé dans la rue Maguelone, l’embryon de manif’
sauvage se fait nasser par des gendarmes, accompagnés par la brigade
anti-criminalité. Une scène qui a rappelé à beaucoup l’acte
52 des gilets jaunes
, où la manifestation avait été totalement
neutralisée par la police. Même configuration ce 10 décembre, sauf
que cette fois-ci, les manifestants n’ont même pas pu aller se
payer un grec pour patienter parce que la police nassait presque
toute la rue. Pendant que l’équipe du Poing s’inquiète quant à
l’éventuelle saisie de son matériel de protection, des gens se
demandent ce que font les syndicats. La police procède à plusieurs
interpellations (une petite dizaine), vraisemblablement ciblées.
Deux joueurs de percussions, habitués des manifestations de gilets
jaunes ont été interpellés. Des lycéens, actifs dans les
blocages, ont été contrôlés (reconnus par le visionnage de photos
sur les portables des policiers), dont le correspondant allemand d’un
élève, et certains ont été arrêtés.

Une équipe de gendarmes est même rentrée dans un hall d’immeuble pour procéder à des contrôles.

De l’autre côté du rideau bleu sur-armé, le reste des
manifestants ayant échappé à la nasse crie « libérez nos
camarades ! »
. Souhait exaucé par les parangons de la morale
publique, après plus d’une heure d’attente et une sortie au
compte-gouttes avec fouille et contrôle d’identité. Vers 18h,
tout le monde est sorti, la police procède encore à une
interpellation, et la plupart des contestataires, dépités,
commencent à se demander où ils vont pouvoir aller boire un coup
pour finir la journée.

Vous l’aurez compris, ce n’était pas la manif’ du siècle,
mais ne perdons pas espoir pour autant.

Nouvelle manifestation mardi

Les
annonces d’Édouard Philippe
, à défaut d’enfumer, a mis le
feu aux poudres. Si le gouvernement a tenté de diviser la
mobilisation en expliquant que la réforme ne serait appliquée qu’à
ceux nés après 1975, celle-ci pourrait bien augmenter et durer dans
le temps. Et pour cause, Laurent Berger, patron de la CFDT, syndicat
pourtant Macron-compatiblen a déclaré hier « que la ligne rouge
avait été franchie »
, et a appelé à la mobilisation
mardi prochain, le 17 décembre (sans pour autant appeler à la
grève…)

La journée de mardi sera donc un nouveau cap dans la lutte contre cette réforme des retraites, voire un point de basculement. Qui luttera verra !


Article publié le 12 Déc 2019 sur Lepoing.net