Voici le troisième volet d’un article traduit du site anarchiste américain It’s Going Down, qui concerne plus particulièrement la question de la sécurité dans le recrutement de nouveaux membres.

De nos jours, des personnes diverses rejoignent le mouvement antifasciste, ce qui le renforce et l’élargit en même temps. Cependant, des gens peuvent graviter autour de vos cercles et mettre vos objectifs et vos membres en danger. Voici certaines choses auxquelles il faut faire attention.

1) Certaines personnes utilise le nom d’antifa pour promouvoir leurs idées politiques, principalement les personnes qui s’identifient à des groupes de gauche. Si une personne est plus intéressée par le fait de recruter pour son propre groupe plutôt que de faire de l’antifascisme, débarrassez-vous en. C’est la même choses pour les personnes qui se proclament comme antifa pour gagner des acclamations publiques. Les “vrais” antifas se battent pour rester anonymes, c’est pour ça que les masques sont là !

2) Insistez sur le respect mutuel. Certaines personnes sont plus intéressées par les politiques “d’identité” [identity politics en anglais, désigne souvent les luttes autres que centrées sur l’anticapitalisme : féminismes, antiracismes, luttes lgbtq+… NdT] que d’autres et d’autres seront nouvelles dans toutes ces discussions. Cette diversité est saine pour le développement du groupe, mais il faut instaurer un minimum de respect pour tous les membres. Des disputes sur les comportement patriarcaux ont déchiré le mouvement antifa dans les années 1990. Travaillez pour créer une culture de respect mutuel et de soutien, ce qui peut également aider à amener de nouvelles personnes.

3) Évitez ceux qui insistent sur le fait qu’il faut “suivre leurs décisions” en raison de leur appartenance à un groupe (opprimé ou politique) ou de leur expérience passée. L’extrême droite menace un large panel de groupes marginalisés. Également, les enjeux et défis ont changé pour l’antifascisme, et personne ne peut dire exactement de quoi sera fait demain.

4) Méfiez vous de celles et ceux qui veulent juste se battre. La confrontation physique et la défense contre les fascistes est une part nécessaire du travail antifasciste, mais ce n’est pas la seule ni même nécessairement la plus importante. Les postures virilistes et l’importance excessive placée dans l’affrontement peuvent être risquées, non stratégiques et excessivement dangereuses pour votre groupe.

5) Séparez vous des personnes trop bavardes qui parlent ouvertement d’actions illégales à des personnes qu’elles ne connaissent pas, ou qui mettent la pression sur les nouvellaux et plus jeunes de votre groupe pour qu’iels participent à ces actions illégales. Le travail antifascistes est intense et potentiellement dangereux. Nous faisons face à des menaces de la part de l’Etat et des fascistes. Si quelqu’un dans votre groupe aime se vanter et parler des actions illégales auxquelles iel participe ou va participer, en particulier dans des endroits publics (dont des endroits où se trouveraient des personnes qui ne sont pas dans le groupe central, évacuez les rapidement.

Faites des bonnes dynamiques de groupe et de la culture de la sécurité des éléments importants de votre fonctionnement collectif et lorsque quelqu’un fait une erreur, exposez-la lui d’une bonne manière. A ceux qui ne tiennent pas ce fonctionnement, mettez les à la porte.

Les infiltrés

Au fil des années, nous avons eu à faire à une variété d’infiltrés. Parfois, ce sont des contacts fortuits. D’autres fois, ce sont des personnes qui trainent dans les scènes alternative du type punk rock ou skinhead tout en restant neutres et qui sont connues des cercles fascistes et antifascistes. Un jour, un homme noir a essayé de s’impliquer dans des groupes antifas, mais ils ont fini par découvrir qu’il était affilié avec un parti néonazi et qu’il leur apportait des informations. Les partisans de l’alt-right [droite alternative, très présente aux Etats-Unis et affiliée à l’extrême droite, NdT] en particulier peuvent venir des mêmes milieux sociaux que beaucoup de militants de gauche, et ont infiltré plusieurs meetings et manifestations, dont les rassemblements de préparation en janvier 2017 à DC avant les manifestations contre l’inauguration de Trump. Vous devrez y faire face et les écarter.

Si des personnes vous contactent et demandent à vous rencontrer, demandez vous : avez vous besoin de les rencontrer ? Faites d’abord des recherches sur eux.

La répression étatique

L’état perçoit les antifascistes comme des ennemis. Les militants seront sous surveillance et l’état n’hésitera pas à incarcérer des personnes. Jusqu’à maintenant, les antifas ont été épargnés par la dure répression qu’ont subi les groupes d’action directe pour les droits des animaux ou écologistes, qui comprenait des accusations de terrorisme, des peines longues et des conditions de détention difficiles.

Toutefois, Trump étant allié à l’alt-right [droite alternative, issue de l’extrême droite], il y a des chances que cela change prochaînement et les antifas pourraient donc être d’avantage ciblés au niveau fédéral [national en France; au lieu d’être classés dans des délits divers].

Monter un groupe antifasciste (3) – traduction d’It’s Going Down

10 groupes de la contremanifestation à la marche-fasciste-qui-n’a-pas-eu-lieu à Whitefish, au Montana – Anne Helen Petersen (@annehelen) 16 Janvier 2017

Autrefois, la police avait tendance à se montrer en grands groupes aux manifestations pour empêcher des conflits entre antifas et racistes. Ce n’est peut être plus le cas aujourd’hui (comme cela est arrivé à Anaheim en février 2016), où la police peut commencer à défendre ouvertement les racistes lors des conflits. Cela s’est produit à Seattle en janvier 2017 quand un militant de l’alt-right a tiré sur un manifestant; et que la police a refusé de l’arrêter.

Préparez à l’avance un soutien juridique; vérifiez bien que votre avocat sera prêt à représenter quiconque sera arrêté. Un avocat de première instance, si nécessaire, peut être trouvé plus tard. Habituez vous à soutenir des prisonniers politiques. Beaucoup d’antifascistes sont en prison à travers le monde, et aimeraient plus de soutien. N’oubliez pas : cela pourraît être votre tour plus tard.

Contribuez à la cagnotte internationale de défense antifasciste (“International Anti-Fascist Defense Fund”), et recourrez y si des membres ont besoin d’aide financière pour des dépenses légales, médicales ou autres.

[À suivre…]


Article publié le 16 Déc 2019 sur Lahorde.samizdat.net