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En France, une vingtaine de collectifs répartis sur l’ensemble du territoire se sont regroupés au sein de l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics, collectifs constitués d’organisations syndicales, politiques et associatives (à Grenoble l’UCL y participe avec ATTAC, Handi-moi tout, la CGT, la FSU, Solidaires, Ensemble !, Générations, LFI, NPA l’Anticapitaliste et PCF), et plus rarement d’individus.
Les enjeux sont multiples : écologiques, sanitaires et de justice sociale. Les transports constituent la première source d’émissions de gaz à effet de serre en France. Leur part dans les émissions de GES n’a cessé de croître au cours des dix dernières années, atteignant 34 % en 2023, dont 53 % dus aux voitures particulières (22 % pour les poids lourds et 15 % pour les utilitaires légers). Ils sont également responsables d’une pollution majeure via les particules fines et ultrafines, 28 % des microparticules de plastique rejetées par an dans les océans proviendraient des pneus ce qui en ferait la deuxième source après le lavage des textiles synthétiques. Santé publique France explique que cela aurait des conséquences sur la santé à court terme, l’exposition aux polluants pouvant aggraver des pathologies respiratoires chroniques (asthme, bronchite…) et exposer les personnes les plus fragiles à une mort prématurée. Mais aussi sur le long terme : même à de faibles niveaux de concentration, une exposition sur plusieurs années peut augmenter les risques de développement de maladies cardiovasculaires et respiratoires et du cancer du poumon, ayant un impact sur la perte d’espérance de vie et la mortalité.
À ces impacts s’ajoutent d’importantes inégalités sociales : pour les ménages modestes ou les habitants et habitantes des périphéries, le coût et l’accessibilité des transports conditionnent l’accès à l’emploi, aux soins et aux loisirs. Dans une société où les villes sont compartimentées – zones commerciales, villes-dortoirs, centres-villes, campagnes – la mobilité est devenue un enjeu de cohésion sociale. La gratuité des transports permettrait de lutter contre la ségrégation spatiale, souvent liée à des fractures sociales et raciales. Elle ne constitue donc pas seulement une mesure technique mais bien un choix de société, consacrant la mobilité comme un droit fondamental et un bien commun.
Contrairement à une idée reçue, la gratuité des transports n’est pas une utopie. Elle est déjà mise en œuvre avec succès dans plusieurs villes françaises. En 2025, 2,6 millions d’habitants et habitantes vivent dans des territoires où les transports sont gratuits, et ils seront 3,3 millions en 2026. Cela correspond à 47 réseaux en gratuité totale, dont 8 agglomérations de plus de 100 000 habitants (Montpellier, Calais, Douai, Dunkerque, Niort, Bourges, Arcueil, Aubagne) et 13 collectivités de plus de 50 000 habitants.
Il faut savoir que la part payée par les usagers représente en moyenne moins de 20 % du budget de fonctionnement des transports publics, le versement mobilité des entreprises finançant la plus grande partie. En portant le versement mobilité à 3 % de la masse salariale, comme c’est déjà le cas en Île-de-France, la gratuité pourrait être généralisée.
L’Astragrat est une association qui milite pour la gratuité des transports publics dans l’Eurométropole de Strasbourg. Photothèque Rouge/Alexandre

Cependant, pour que la gratuité soit efficiente, elle demande souvent un investissement pour accroître le réseau en fréquence et en taille. Si la gratuité a un coût lié à l’extension du réseau, celui du trafic routier a lui aussi un coût caché avec des répercussions considérables. Dans une étude publiée en 2015, le Sénat estimait les coûts sanitaires, sociaux et économiques de la pollution de l’air entre 68 et 97 milliards d’euros par an. D’après l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, les accidents de la route représentaient en 2023 un coût annuel d’environ 52,8 milliards d’euros. À cela s’ajoutent le coût des embouteillages et celui de l’entretien routier, qui serait réduit avec une circulation moindre.
Quant aux technosolutionnismes prônées par nos industriels et nos gouvernements via l’utilisation massive de la voiture électrique ou à hydrogène, en admettant qu’elles ne soient pas une aberration écologique (extraction massive de matières premières, fabrication et recyclage des batteries, production de nouveaux véhicules avec un remplacement anticipé de voitures thermiques encore fonctionnelles), ces technologies ne résoudraient pas les problèmes d’embouteillages, l’emprise des routes et autoroutes qui contribue à l’artificialisation des sols, ni la pollution aux particules fines (pneus et freins). Elles ne répondent pas davantage aux enjeux de justice sociale.
Rappelons que l’artificialisation des sols a plusieurs conséquences : elle contribue au réchauffement climatique, car plus un sol est artificialisé, moins il est capable d’absorber le CO2, et elle favorise le phénomène d’îlot de chaleur urbain ; elle entraîne l’imperméabilisation des sols, ce qui augmente le ruissellement et le risque d’inondation ; elle réduit le potentiel agronomique des sols et accélère la perte de biodiversité en détruisant les habitats naturels des espèces.
Le 29 février 2020, le Luxembourg est devenu le premier pays à offrir des transports publics gratuits sur tout son territoire. Wikimedia/GilPe

La gratuité des transports publics est un levier pour rompre avec la marchandisation du monde et réaffirmer l’importance des communs. Pour élargir la réflexion, on pourrait envisager la gratuité de tous les besoins sociaux de base : eau, énergie, santé, éducation… Les plus aptes à déterminer ces besoins restent les peuples, via une véritable démocratie et une vision internationaliste, et non une démocratie représentative qui favorise les intérêts des dominants. Cette conquête ne constitue pas en soi une révolution, mais une victoire sociale et écologique concrète. Elle permet de construire une contre-hégémonie culturelle, de modifier les modes de consommation et d’interroger l’organisation de la production. Elle améliore immédiatement les conditions de vie tout en gardant en tête notre projet de société : une transformation complète vers une société communiste libertaire.
Red Coal et Léo (UCL Grenoble)
Source: Unioncommunistelibertaire.org



