Si vous êtes une personne familière des trottoirs et de la marche à Ville Saguenay, vous savez que cette forme de déplacement s’apparente parfois à un sport extrême. Pour ceux et celles qui prévoient faire de la marche à pied dans un avenir rapproché, après que le malheureux dauphin de Jean Tremblay vous est prescrit des cubes énergies, voici quelques conseils pour éviter certains désagréments. Il est préférable: 

1. De se munir de raquettes pour emprunter les trottoirs de la ville en hiver.

2. D’avoir en sa possession un rétroviseur pour voir les automobilistes qui effectuent des manœuvres pour essayer de vous effleurer.

2.1. D’être vêtu d’un imperméable capable de vous couvrir de la tête aux pieds. Les rednecks en pick-up, qui sillonnent les rues de la ville, prennent un malin plaisir  à vous éclabousser avant de vous crier à tue-tête: « Achète toé un char calice! »

2.2. Détenir un téléphone afin d’être prêt à rejoindre les urgences en tout temps. Si vous êtes renversé par une voiture, il est bien possible qu’elle ne s’arrête pas pour voir  si vous êtes toujours vivant.e.

Malheureusement, par expérience, j’ai bien peur que ces recommandations soient à peine exagérées.
Cette situation provient du fait que nous sommes toujours enfermés dans un modèle hérité du 20ième siècle où les gros cylindrés et le transport solo sont rois. Que les marcheur.euses et les cyclistes se le tiennent pour dit, la route appartient aux automobilistes, dixit le redneck à bord de son gros pick-up. Visiblement, pour l’administration municipale, la marche ne représente guère un moyen de se déplacer. Ça passe encore lorsque vous êtes un ou une retraité.e en saison estivale, mais gare à vous si vous flânez un peu trop longtemps sur un banc public. Sinon, c’est acceptable  pour  le/la touriste ou le/la résident.e d’un quartier en périphérie qui souhaite se déplacer entre sa place de stationnement et un commerce ou vers l’un des festivals branchés du centre-ville  conçus pour lui faire dépenser sa paie. 

Heureusement que nous avons une administration progressiste !?

Il est de notoriété publique que les différentes administrations de la ville ont négligé le transport en commun. Cette situation a conduit à une offre de service insuffisante et une  faible fréquentation. Mais voila qu’enfin on annonce des projets de 21 millions $ pour le transport en commun (stationnement incitatif, nouveau bâtiment à l’UQAC, etc).  Avouons-le, cette annonce arrive à point nommé pour le premier sinistre du Québec Philippe Couillard, qui après nous avoir fait goûter à 4 ans d’austérité, délie les cordons de la bourse six mois avant la date des élections. Du côté des élu.e.s siégeant au conseil de ville de Saguenay, la situation n’est guère plus reluisante. À quoi bon investir 21 millions dans le transport en commun, lorsque de l’autre côté, l’administration municipale  favorise le plus grand responsable des émissions de gaz à effet de serre au Québec: la voiture? En laissant des édifices être rasés pour faire de la place à de nouveaux stationnements gratuits, l’administration municipale fait une nouvelle fois la démonstration qu’entre économie et environnement, elle favorisera toujours le premier.

Une ville en damier

photo prise de l’autogare du Havre 

Le 9 avril 2018, la  journaliste du Quotidien, Mélissa Gagnon, se réjouissait de l’ entente entre la Fabrique Saint-François-Xavier et la ville pour la création de 55 cases de stationnement derrière la cathédrale: « Alors que la rareté de cases de stationnement est un problème de plus en plus criant au centre-ville de Chicoutimi, une lueur d’espoir se présente aux automobilistes… ». Comme si la seule solution était de créer plus de stationnements, pour ajouter encore plus d’automobiles au centre-ville et ainsi avoir un plus gros problème de stationnement! Visiblement, ce projet urbanistique d’une ville en damier où se succèdent stationnements et commerces semble être partagé par de nombreuses personnes. 
Comme le démontre la destruction de l’édifice adjacent le marché centre-ville.
Ou l’annonce de la destruction prochaine du 14-18 Racine . 
Et les rumeurs persistantes de la destruction de la maison de chambres privées située au 21 Price pour en faire un stationnement.  ( voir: Retour sur la marmite autogérée du 25 mars. S’organiser contre les proprios exploiteurs!)

Lorsque les prochaines générations nous demanderont qu’est-ce que nous avons fait pour lutter contre le réchauffement climatique, nous leur répondront rien. Mais au moins, nous aurons eu du stationnement au centre-ville!

Ngalla ,membre du collectif anarchiste Emma Goldman