Manifestation à Montpellier « contre la régression sociale », le 9 octobre 2018.

Montpellier Poing Info, 10 octobre 2018 – Plus de 3000 personnes ont manifesté hier à Montpellier entre le Peyrou et la Comédie, à l’appel d’un front syndical pas tout à fait uni, puisque la CFDT, entre autres, n’a pas participé à cette journée de grève et de mobilisation. Services publics de qualité, arrêt des coupes budgétaires et des suppressions de postes dans la fonction publique, salaires, pensions des retraités, minimas sociaux : les préoccupations des participants étaient nombreuses et l’appel très large. Le Poing a papoté avec quelques uns de ces manifestants autour de ces journées interprofessionnelles routinières, qui pourraient peut-être bien finir par converger.

Retraites : « maintenant on va choisir entre le nécessaire et le nécessaire »

Le petit tour de manif’ a commencé avec Isabelle, membre de la CGT Retraités 34 : « On est très en colère. J’étais cadre pendant 44 ans, et maintenant j’ai une retraite à 1400€. À côté de ça, tout augmente. Avec la loi sur la santé qui vient de passer, il n’y a que les cliniques privées qui offrent des services complets. Moi, par exemple, je dois me faire opérer en gynécologie, et je ne peux pas, parce que ça ferait un dépassement d’honoraires de mille euros. L’électricité et le gaz vont augmenter, le prix des mutuelles a flambé, les retraites ne sont plus indexées sur le coût de la vie… Jusque là, des gens comme moi choisissaient entre le futile – les vacances ou la culture – et le nécessaire. Mais maintenant, on va choisir entre le nécessaire et le nécessaire. Les loyers dans le privé ont augmenté à travers l’augmentation des charges. Pour les retraités, ce n’est plus possible. C’est un hold-up que commet Macron vis-à-vis des salaires, avec des répercussions sur les retraites. Et maintenant, il veut instaurer la retraite par points. Alors va savoir, peut-être que les jeunes générations vont travailler jusqu’à 80 ans comme aux États-Unis. Le 18 octobre, on sera encore dans la rue, et en attendant on continue de se battre sur le problème du logement social, qui concerne beaucoup de retraités. Dans l’Hérault, le montant moyen d’une retraite au régime général est très bas, c’est 726 euros par mois, 582 seulement pour les femmes. Certains retraités n’arrivent même plus à payer leur loyer en logement social, et on a plein de problèmes d’expulsions. Sans compter qu’avec la nouvelle loi Élan, le quota de nouveaux logements sociaux obligatoirement accessibles aux handicapés sera réduit à 20%. Ça concerne beaucoup de retraités en perte d’autonomie. Vous voyez un peu comme tout ça s’accumule ! Chez les retraités, on a rarement vu une mobilisation comme celle-ci, c’est une des premières fois que l’on réussi à réunir une intersyndicale aussi large, avec Force ouvrière, Solidaires retraités, la Fédération syndicale unitaire et des non-syndiqués. Seuls la Confédération française démocratique du travail et les syndicats patronaux n’y participent pas. »

Renault : « Macron, c’est plus un président pour nous, c’est un ennemi social »

Seconde causerie avec le délégué syndical de la CGT Renault Montpellier : « On est ici contre la politique ultra-capitaliste de Macron. Il dirige la France comme une entreprise, il s’attaque aux classes ouvrières, aux salariés, aux chômeurs, aux étudiants… Il faut que toutes les classes d’êtres humains s’unissent pour faire démissionner Macron. Ce n’est plus un président pour nous, c’est un ennemi social. C’est le CAC40 qui gouverne, et Renault en fait partie. On est touché de plein fouet par la politique capitaliste. On est en train de revoir notre plage horaire de production, de l’élargir… sans augmentation de salaire ! On va perdre du temps au niveau de notre vie de famille parce qu’ils veulent ouvrir tous les weekends au travail, et avec l’élargissement des plages horaires on va rentrer à 8h du soir, on ne verra pas les gamins. Nous, à Montpellier, on a réussi à faire repousser le projet, sachant qu’ailleurs en France dans d’autres succursales, il est déjà en place. On est sur le qui-vive, à tout moment on peut réagir et appeler à un rassemblement en demandant de l’aide aux autres salariés et aux étudiants. »

Lunel, laboratoire de la régression sociale

Hervé, de l’union locale CGT Lunel, nous explique pourquoi ses camarades et lui ont choisi de se déplacer sur Montpellier : « On vit beaucoup la précarité, le déclassement, la régression. Nos conditions de travail se dégradent de manière assez cinglante, parce qu’il y a beaucoup de main d’œuvre dans l’agriculture et l’artisanat mais sans grosses industries, ce qui donne une typologie de travail bien particulière. Ce qu’on voit émerger c’est la précarité, le recul des droits des salariés et du respect du code du travail par les employeurs. On vit de manière très concrète ce que les ordonnances de Macron ont mis en place. On anime une fois par semaine une permanence juridique au niveau de l’union locale, et les outils qu’on avait pour éviter les abus, on les a perdu avec les ordonnances Macron. Sans généralités hâtives, ça devient difficile au niveau des gens, les salariés encaissent tout avec un grand fatalisme. Mais le mécontentement est général et quotidien. On est là pour pousser à l’union des forces et privilégier l’intérêt général par rapport à l’intérêt de quelques employeurs et actionnaires. »

« 800 postes vont être supprimés à Pôle emploi »

Hélène, énergique membre de Sud Emploi : « On est là parce que dans le cadre de CAP22, le programme du gouvernement sur les services publics, on a 800 postes qui vont être supprimés à Pôle emploi. Le chômage n’est pas du tout en train de diminuer, donc à mon avis on a tous besoin de ces emplois là. On est globalement aujourd’hui sur des politiques de mise à bas du service public, et le financement de l’allocation chômage par l’impôt sur lequel on va basculer, ce n’est pas du tout la même chose que celui par les cotisations sociales, qu’on appelle charges sociales en langage néolibéral. L’impôt c’est quelque chose qui est décidé et géré par le gouvernement, et les contributions sociales ce sont des cotisations qui permettent la mutualisation et la solidarité. »

Enseignement : « une logique purement économique »

Le délégué du syndicat national de l’éducation physique – fédération sociale unitaire (SNEP-FSU), optimiste et pragmatique, selon ses propres mots, tient à mettre en avant les initiatives de ses collègues : « On est présent parce qu’on est touché en première ligne dans le secteur de l’éducation. C’est l’application d’une logique purement économique, et on s’est assis sur l’avis du conseil supérieur de l’éducation. Un grand nombre de collègues du lycée Mermoz ont mis en place une voie de réussite pour les lycéens, qui s’appelle l’option “lourde éducation physique”, et qui leur permet d’aller vers les métiers du sport mais aussi de les armer s’ils décident de rejoindre les bancs de la fac. Dans la nouvelle réforme, le ministre Blanquer a fait le choix de la supprimer. Le nombre d’options baisse, on fait des coupes budgétaires, et en parallèle on responsabilise l’élève dès la seconde. Pour nous, aujourd’hui, c’est une première alerte lancée au gouvernement. Dans les établissements scolaires, il y a des réunions parents-profs faites pour rendre visible ce qui se produit. Des diffusions de tract ont commencé hier, et l’objectif c’est d’aboutir à une journée “lycée mort” pour la journée d’action du 12 novembre, spécifique à l’éducation. Dans les établissements, ça râle pas mal, ça vient souvent voir les syndicats. Je pense qu’il ne faut pas grand chose pour qu’on soit tous dans la rue. »

« Tout un système de production à réorganiser »

Christian, porte-parole du syndicat Sud rural, est convaincu que « toutes les décisions prises par le gouvernement visent à enrichir un pôle de la société en appauvrissant l’autre, et à massacrer le service public. Il n’y a pas un seul secteur qui soit écarté. Et c’est toujours fait d’une manière hypocrite. Nous, on recouvre syndicalement tout ce qui dépend du ministère de l’agriculture et, comme dans l’éducation, le ministère annonce toujours une petite hausse de budget, et en parallèle on supprime des postes. Chez nous, ça va être 50 postes supprimés en France, dont 2 en Occitanie. Ça paraît peu, mais on est déjà en grave sous-effectif. C’est juste rendre le service public de plus en plus inefficace, et derrière c’est le privé qui va en profiter. Nos revendications dépassent très largement le cadre de la France, et même de l’Europe. On sait bien que le réchauffement climatique suit son cours, et si on veut mettre fin au chômage, c’est tout un système de production qu’il nous faudra aussi réorganiser. Pour parler d’aujourd’hui, je vois une limite dans les journées d’action isolées comme celle-ci quand elles ne se font pas dans l’union syndicale. Quand on voit certains syndicats qui n’appellent pas à la grève aujourd’hui, je trouve ça lamentable. Je ne comprends pas par exemple que l’UNSA propose une grève le 12 novembre alors que celle du 9 octobre est connue depuis le 30 mars. Une journée de grève isolée ne change pas les choses, ne suffit pas à répondre aux enjeux de la période, mais peut servir à remobiliser les équipes syndicales. En Occitanie, dans les lycées agricoles, on est pour le moment plus sur des petites luttes isolées, lycée par lycée, mais c’est en train de gonfler.»

 

Source: http://www.lepoing.net/mobilisation-interprofessionnelle-3000-personnes-battent-le-pave-a-montpellier/ -