Janvier 29, 2021
Par Le Pressoir
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Livreur en deux-roues , en grande partie un métier d’ado attardé, jeunes en (grande) difficulté ou choisi en complément de revenus. Ouvrons la (parenthèse pour rappeler que le taf est géré par des plateformes, virtuelles, numériques, citons l’ex Foodora fermée et ayant perdu les procès l’opposant aux livreurs qui l’accusent de travail dissimulé. La reine américaine Uber Eats (1,3 milliards de dollars de chiffre d’affaire) filiale de Uber (140 milliards d’Us $ de CA y a du niveau !), Deliveroo, challenger, origine britannique, on l’attend au tournant et la petite française mais exportée en U.K et Espagne : Stuart, actionnaire majoritaire La Poste : un rapport avec l’anglicisme “steward” dérivé du nom des Stuart dynastie écossaise qui régna sur le Royaume Uni du XIIIe au XVIIe ? En vieil anglais ces deux termes sont synonymes de sénéchal ou officier de cour voire, étymologiquement, de gardien de basse-cour, refermons cette parenthèse), on aura bien voyagé .

Un tour sur les réseaux sociaux donne un aperçu de l’état d’esprit et du sentiment d’”esclavage moderne” qui revient souvent. Des courses sous-payées, une flexibilité extrême, des clients parfois insupportables et un dialogue social quasi nul. Le climat revendicatif n’épargne pas les coursiers et ils se mobilisent. Quelques blocus de fastfood à Lyon, Lille, Clermont-Ferrand ou Besançon avec manifs, actions sporadiques lancées sur les groupes Facebook (et surement en vis à vis sur le terrain) depuis cet été faisant écho à d’autres mobilisations l’année dernière. Quand on sait que, indépendants, c’est ; gains au jour le jour, risque d’être bannis de la plateformes et peu de conscience politique en général, les livreurs surprennent et épaulés par la CGT (des sections syndicales sont présentes à Bordeaux, Lyon, Nantes ou Paris) répondront présents à la journée d’action syndicale du 05 décembre (contre les licenciements, le chômage et pour les travailleurs précaires). Affaire à suivre mais se rendant compte du pouvoir d’un corpus professionnel, à travers un boycott des courses à trop faible tarif pratiqué récemment par exemple, on peut espérer une bonne surprise. A noter qu’une journée d’action parallèle est prévue pour le 13 de ce mois dans le but avoué de ne pas suivre la CGT (accusée de récupération) mais le choix du dimanche où il y a moins de commandes de plats, les entreprises urbaines étant fermées et plus de coursiers moins investis dans la fronde en activité (les étudiants ou travailleurs précaires qui charbonnent le week-end en complément) parait comique.

Dans tous les cas, n’oublions pas que même sur-exploités, invisibilisés et précarisés à l’extrême, ces “nouveaux esclaves” du système capitaliste sont un des nouveaux piliers d’une économie où le numérique, la dématérialisation des échanges commerciaux ne peuvent pas encore générer un hamburger ou une pizza via une imprimante. Le yuppie de la banque du coin doit encore renifler la sueur de son livreur et peut être se pencher sur les problèmes qu’il contribue à créer, les profits des uns étant les spoliations des autres.

Tout ça pour faire du vent bien sur ; à Montpellier pas de rassemblement prévu, faudra rallier Marseille, Perpignan ou Toulouse.




Source: Lepressoir-info.org