DĂ©cembre 3, 2021
Par CQFD
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Le 9 novembre, Emmanuel Macron a donc annoncĂ© que « nous allons, pour la premiĂšre fois depuis des dĂ©cennies, relancer la construction de rĂ©acteurs nuclĂ©aires dans notre pays Â». Ah bon ? Mais il en a causĂ© Ă  quelqu’un avant, le type ? Par exemple, euh, au Parlement ? Que nenni.

« En annonçant ces constructions comme une Ă©vidence dĂ©jĂ  dĂ©cidĂ©e, sans mĂȘme Ă©voquer des dĂ©bats prĂ©alables ni les procĂ©dures lĂ©gales qui devraient prĂ©cĂ©der de tels chantiers, Emmanuel Macron rĂ©vĂšle son immense mĂ©pris pour la population, dĂ©nonce le rĂ©seau Sortir du nuclĂ©aire. Pour le prĂ©sident-candidat, la dĂ©libĂ©ration sur le sujet se retrouverait donc rĂ©duite aux dĂ©bats dans le cadre de l’élection prĂ©sidentielle, le vote final ayant valeur de carte blanche pour mettre en Ɠuvre son projet  ? Il perpĂ©tuerait ainsi la tradition du fait accompli qui a prĂ©valu jusqu’ici en France, oĂč le nuclĂ©aire est le fait du prince et Ă©chappe Ă  toute dĂ©libĂ©ration dĂ©mocratique  ! [1] Â»

Pour justifier son choix, le prĂ©sident de la RĂ©publique explique qu’il s’agit de « payer notre Ă©nergie Ă  des tarifs raisonnables Â». Mensonge, s’insurge un collectif d’associations Ă©cologistes dans une tribune publiĂ©e par LibĂ©ration [2] : « Certes, le coĂ»t de l’électricitĂ© en France, pays surnuclĂ©arisĂ©, est plus bas que la moyenne europĂ©enne
 mais les contribuables ont largement financĂ© le programme atomique. De plus, de fortes dĂ©penses sont Ă  venir  : extension de la durĂ©e de fonctionnement des rĂ©acteurs, gestion des dĂ©chets, dĂ©mantĂšlement
 Â» Et le collectif d’assĂ©ner : « Surtout, l’électricitĂ© produite par de nouveaux rĂ©acteurs sera tout sauf abordable. La Cour des comptes chiffre l’électricitĂ© que produirait l’EPR de Flamanville (Manche) entre 110 â‚Ź et 120 â‚Ź/MWh. Pour les EPR de Hinkley Point [en Angleterre], ce serait 105 â‚Ź/MWh  : presque deux fois plus que les montants Ă©voquĂ©s dans les derniers appels d’offres pour l’éolien en France  ! Et l’écart continue de se creuser. Â»

Autre justification Ă  l’atavisme prĂ©sidentiel pour l’atome : l’idĂ©e de « ne pas dĂ©pendre de l’étranger Â». RĂ©plique des mĂȘmes associations : « Faut-il rappeler qu’il n’y a plus de mines d’uranium en fonctionnement en Europe  ? PrĂ©tendre qu’un minerai extrait au Niger ou au Kazakhstan assure notre indĂ©pendance est faux et perpĂ©tue un raisonnement nĂ©ocolonial qui ne dit pas son nom. Â»

Comme on pouvait s’y attendre, le sempiternel greenwashing s’est Ă©galement invitĂ© dans le dĂ©bat. C’est en effet l’élĂ©ment de langage Ă  la mode chez les partisans du nuclĂ©aire : l’énergie atomique (la peste), puisqu’elle Ă©met peu de carbone, pourrait jouer un rĂŽle majeur dans la lutte contre le rĂ©chauffement climatique (le cholĂ©ra). À la Cop26 de Glasgow, le gouvernement français a largement fait la promotion de la premiĂšre. Comme l’indique Mediapart, il est allĂ© pour cela « jusqu’à refuser de signer un accord sur l’arrĂȘt du financement des Ă©nergies fossiles Ă  l’étranger [3] Â». L’objectif ? Complaire Ă  des pays gaziers d’Europe de l’Est dont Paris cherche le soutien afin d’obtenir la dĂ©signation du nuclĂ©aire comme Ă©nergie propre dans la « taxonomie verte Â» (classification environnementale des activitĂ©s industrielles) en cours d’élaboration au niveau europĂ©en [4].

Pourtant, comme le rappelle le rĂ©seau Sortir du nuclĂ©aire, l’atome reste avant tout « une technologie dangereuse, polluante, complexe, gĂ©nĂ©ratrice de dĂ©chets ingĂ©rables, qui rĂ©chauffe les cours d’eau
 et est elle-mĂȘme vulnĂ©rable aux phĂ©nomĂšnes climatiques extrĂȘmes [5] Â». Le 11 mars dernier, on commĂ©morait les dix ans de l’accident de Fukushima. Combien de catastrophes de ce style faudra-t-il encore pour que la leçon soit comprise ?



- Ce texte est l’édito du numĂ©ro 204 de CQFD, en kiosque du 3 dĂ©cembre 2021 au 7 janvier 2022.

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Source: Cqfd-journal.org