Par Eugène Riousse {JPEG}

« LĂ -bas, c’était la prison ! Il y avait trop, trop de monde. On posait chaque soir nos matelas par terre et on dormait Ă  vingt, trente, parfois jusque quarante dans la salle Ă  manger. C’était trop petit. Nos matelas Ă©taient collĂ©s les uns aux autres. Â» NaĂ«l * ravive des souvenirs encore chauds. Avant d’être transfĂ©rĂ© au printemps dans un appartement, ce mineur non accompagnĂ© [1] a vĂ©cu de longs mois au Centre dĂ©partemental de l’enfance (CDE) de Metz (Moselle). Dans ce foyer chargĂ© de l’accueil et de l’hĂ©bergement de tout enfant placĂ© en urgence sous la protection des services de l’Aide sociale Ă  l’enfance (ASE), les deux pavillons dĂ©diĂ©s aux mineurs non accompagnĂ©s Ă©taient jusqu’à tout rĂ©cemment constamment surchargĂ©s. Et ce depuis 2017.

Des centaines de jeunes exilĂ©s venus du bout du monde, bien souvent d’Afrique de l’Ouest, y sont restĂ©s en moyenne six mois, certains jusqu’à un an et demi, alors que ce sĂ©jour ne devait ĂŞtre qu’une Ă©tape de mise Ă  l’abri d’urgence, le temps pour l’ASE de vĂ©rifier leur minoritĂ©. Au pic de la saturation, les deux pavillons ont pu hĂ©berger 80 jeunes chacun – malgrĂ© une capacitĂ© thĂ©orique de vingt places – qui devaient donc dormir sur le carrelage du salon-salle Ă  manger. Ou sur le sol du sous-sol…

« On mangeait, on dormait, on squattait dans la mĂŞme pièce Â»

« On mangeait, on dormait, on squattait, on faisait tout dans la mĂŞme pièce. On Ă©tait enfermĂ©s toute la journĂ©e. On n’avait rien Ă  faire, pas d’école… On ne pouvait sortir que trois fois par semaine Â», reprend NaĂ«l. Après ses deux premières nuits passĂ©es sur place, le « choc Â» Ă©tant trop dur Ă  supporter, l’adolescent originaire d’Afrique a fuguĂ© du CDE. Pendant trois semaines, il a dormi Ă  la rue sous une tente, avant d’être recueilli quelque temps par une famille.

Dans le pays qu’il a fui, NaĂ«l ne pouvait pas aller Ă  l’école : « Ă‡a coĂ»tait l’équivalent de trente euros par mois, rapporte-t-il. Une fortune… Mon père est dĂ©cĂ©dĂ©, ma mère ne travaillait pas. On n’avait dĂ©jĂ  pas assez d’argent pour vivre. Alors l’école… Â» En France, pour ĂŞtre scolarisĂ©, NaĂ«l devait obtenir l’ordonnance de placement provisoire du juge des enfants dans les services de l’ASE. Autrement dit, il devait obligatoirement en passer par l’étape des pavillons surchargĂ©s du CDE. La mort dans l’âme, il y est retournĂ©. Et y a vĂ©cu de longs mois Ă©prouvants, avant d’être placĂ© en appartement.

« Maltraitance institutionnelle Â»

Quand, Ă  l’étĂ© 2019, le Collectif mosellan de lutte contre la misère dĂ©nonce la situation du CDE dans une lettre ouverte au prĂ©sident du DĂ©partement, celui-ci rĂ©pond par courrier. Et Patrick Weiten (UDI) d’arguer que dans ce centre, au moins, les « jeunes sont en sĂ©curitĂ©, Ă  l’abri, tous pris en charge et accompagnĂ©s Â». Certes, « pas dans des conditions idĂ©ales Â», reconnaĂ®t-il, mais « c’est parce que depuis 2017 nous devons faire face Ă  un afflux d’une ampleur inĂ©dite jusqu’alors Â». Argument bancal : cinq ans auparavant, le CDE Ă©tait dĂ©jĂ  en sureffectif : une Â« dizaine de jeunes ont dĂ» dormir sur des matelas au sol dans les lieux collectifs du groupe (salon) Â», notait – dĂ©jĂ  ! – le rapport d’activitĂ© 2012 de la structure.

Dans une dĂ©cision [2] rendue en septembre 2019, le DĂ©fenseur des droits parle lui aussi de « sureffectifs constants Â». Il Ă©voque Ă©galement un Â« encadrement prĂ©vu nettement insuffisant Â» et une sorte de « maltraitance institutionnelle tant Ă  l’égard des mineurs accueillis que des travailleurs sociaux, mis dans l’impossibilitĂ© d’assurer leur mission d’accompagnement Ă©ducatif Â».

« Un laboratoire Â»

« Suite Ă  la publication de ce rapport, la stratĂ©gie du DĂ©partement a Ă©tĂ© de se dĂ©barrasser de l’image dĂ©sastreuse des jeunes qui dorment par terre, sans pour autant nous donner de moyens supplĂ©mentaires, dĂ©nonce Éric Florindi, Ă©ducateur spĂ©cialisĂ© au CDE et secrĂ©taire dĂ©partemental du syndicat Sud SantĂ© Sociaux. En dĂ©cembre 2019, le directeur gĂ©nĂ©ral de l’une des plus grosses associations de protection de l’enfance de la Moselle a lancĂ© en plein conseil d’administration : “On a eu pour consigne du DĂ©partement de vider le CDE des mineurs non accompagnĂ©s.” Et il a annoncĂ© qu’une centaine de places supplĂ©mentaires, gĂ©rĂ©es par les associations, seraient crĂ©Ă©es en appartements dans les mois Ă  venir. C’est un laboratoire qui se met en place. Â»

Le nombre d’« appartements en semi-autonomie Â» gĂ©rĂ©s en direct par le CDE est passĂ© de trois (12 places) Ă  sept (35 places) entre 2019 et aujourd’hui. Si l’on y ajoute les appartements gĂ©rĂ©s par d’autres organisations d’action sociale (associations, fondations d’utilitĂ© publique…), il y avait, fin aoĂ»t, 168 mineurs non accompagnĂ©s hĂ©bergĂ©s dans des appartements en Moselle, d’après les informations internes Ă  l’ASE que CQFD est parvenu Ă  se procurer. Jusqu’à 300 places en appartements devaient ĂŞtre crĂ©Ă©es d’ici dĂ©but 2021, si la crise sanitaire n’avait pas stoppĂ© provisoirement le processus.

« Des HLM insalubres Â»

Actuellement, pour rĂ©gler les problèmes des centaines de mineurs non accompagnĂ©s admis et pris en charge chaque annĂ©e par le CDE (490 en 2019), cet Ă©tablissement public gĂ©rĂ© par le DĂ©partement ne dispose que de deux infirmières – pas mĂŞme d’un seul psychologue, ni d’un mĂ©decin [3]. Et d’après le syndicat Sud, le nombre de travailleurs sociaux pourrait drastiquement se rĂ©duire au cours des prochains mois. Pour cent jeunes, il y avait jusqu’alors entre douze et seize Ă©ducateurs spĂ©cialisĂ©s, six veilleurs de nuit et trois maĂ®tresses de maison [4] au CDE de Metz. Dans les appartements, il n’y aura plus (toujours pour cent jeunes) que huit Ă©ducateurs – sans veilleur de nuit, ni maĂ®tre ou maĂ®tresse de maison.

La prĂ©sence de ce personnel encadrant ne serait pourtant pas un luxe. « Les jeunes sont placĂ©s en appartement dès la phase d’observation, parfois Ă  14 ans. Certains lavent le sol avec de l’adoucissant pour le linge… Â», constate une travailleuse sociale. « La plupart des appartements sont situĂ©s dans des logements sociaux. Et pas des bâtiments de dernière gĂ©nĂ©ration : plutĂ´t des HLM insalubres oĂą la prĂ©sence de cafards est courante… Â», note une autre.

« Parce qu’ils savent se laver seuls et se faire des pâtes, on dit qu’ils sont autonomes Â»

Le premier appartement gĂ©rĂ© par les Ă©ducateurs du CDE a ouvert en 2015. « Et c’était dĂ©jĂ  pour rĂ©soudre les problèmes de sureffectif… Â», nous souffle-t-on au Bureau de l’éducation de l’ASE. Ă€ l’époque cependant, seuls les jeunes d’au minimum 16 ans faisant preuve d’une grande autonomie Ă©taient visĂ©s par ce dispositif. « C’était plutĂ´t une bonne idĂ©e, reconnaĂ®t Éric Florindi. Mais, depuis dĂ©cembre 2019, cette prise en charge low-cost devient la principale forme d’accueil des mineurs non accompagnĂ©s en Moselle. Dans les appartements, les jeunes qui dĂ©barquent du bout du monde sont livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes. Parce qu’ils savent se laver seuls et se faire des pâtes, on dit maintenant qu’ils sont autonomes. Â» Or, si l’autonomie de ces jeunes a pu se forger en partie au cours du parcours de migration qu’ils ont bien souvent affrontĂ© seuls, elle se dĂ©veloppe aussi « Ă  travers la relation Ă©ducative qu’ils entretiennent avec nous Â», ajoute le syndicaliste.

Dans son rapport d’activitĂ© 2019, le CDE dĂ©crit « ce dispositif de prĂ©paration Ă  l’autonomie Â» tout autrement : « Chaque jeune bĂ©nĂ©ficie d’une chambre individuelle et d’espaces communs de convivialitĂ© et de partage. Le service intervient dans chaque appartement en accompagnant les adolescents autour de modules : hygiène, prĂ©paration des repas, connaissance des administrations, rythme de vie, santĂ©, quotidien. Â» Sandrine Hartmann, la responsable des mineurs non accompagnĂ©s Ă  la direction de l’Enfance, de la Famille et de l’Insertion du Conseil dĂ©partemental, et Ludovic MarĂ©chal, le directeur de l’ASE de Moselle, ont dĂ©clinĂ© nos multiples demandes d’entretiens.

« L’éducateur passe dix, vingt minutes Â»

Au cours du mois de mars 2020, crise sanitaire et confinement obligent, le flux de nouveaux arrivants est stoppĂ©. Au mĂŞme moment, une grande partie des mineurs non accompagnĂ©s du CDE sont transfĂ©rĂ©s dans les nouvelles places qui viennent d’ouvrir en appartements. Les pavillons oĂą le triste rituel des matelas posĂ©s Ă  mĂŞme le sol avait lieu chaque soir ferment dĂ©finitivement. Six mois après la publication de la dĂ©cision du DĂ©fenseur des droits. Des annĂ©es après les premiers signalements des syndicats…

C’est ainsi que, fin mars, NaĂ«l a intĂ©grĂ© un appartement Ă  Thionville, Ă  trente kilomètres de Metz. « C’est la première fois que j’ai une grande chambre comme ça pour moi tout seul Â», se rĂ©jouit-il. Si l’adolescent a un toit, il n’a en revanche toujours pas pu aller Ă  l’école – et n’est pas près d’y aller. « Pendant le confinement, dit-il, mes Ă©ducateurs ne me parlaient pas de scolarisation. Et maintenant, ils me disent qu’il faut attendre septembre pour voir si je peux entrer au lycĂ©e. Ce n’est mĂŞme pas sĂ»r, d’ailleurs… Â» Dans son appartement, NaĂ«l s’ennuie profondĂ©ment. Un Ă©ducateur lui rend visite deux Ă  quatre fois par semaine : « Il passe dix, vingt minutes, pour me demander si tout va bien. Â»

« Cette violence est d’abord institutionnelle ! Â»

« On a un Ă©ducateur pour sept jeunes. On est sur des ratios de fou  ! On est vraiment lĂ  pour offrir un avenir aux jeunes. Pour garantir leur dignitĂ© Â», lance fièrement le directeur de l’association dont dĂ©pend NaĂ«l. « On voit les jeunes Ă  peine dix minutes par jour Â», se dĂ©sole au contraire Cynthia *, Ă©ducatrice spĂ©cialisĂ©e pour une autre des associations mosellanes habilitĂ©es « Protection de l’enfance Â». « Et encore  !, reprend-elle. Souvent, on arrive dans leur appartement, ils ne sont pas lĂ , ils sont sortis faire un tour. On n’a aucun moyen de contrĂ´le sur eux. Ils ont beau avoir un couvre-feu Ă  21 heures, notre poste se termine Ă  21 heures… Il n’y a plus aucune prĂ©sence Ă©ducative en soirĂ©e, ni les week-ends. Â»

Un autre type de prĂ©sence peut dès lors s’installer : « Ă€ Metz, poursuit Cynthia, des adultes issus de la communautĂ© albanaise, par exemple, exercent une emprise sur nos jeunes, s’incrustent et consomment de la drogue dans les appartements, et les forcent Ă  se livrer Ă  des vols, des trafics… Â» une autre travailleuse sociale confirme et rapporte une autre situation : « Un ado de 17 ans – que je soupçonne d’être bien plus âgĂ© – ordonnait Ă  son colocataire, beaucoup plus jeune et vulnĂ©rable, de faire son mĂ©nage, sa bouffe… Le plus jeune a refusĂ©, il s’est retrouvĂ© avec l’arcade pĂ©tĂ©e et deux jours d’ITT. Mais cette violence est d’abord institutionnelle : ils sont laissĂ©s entre eux sans surveillance quasiment toute la semaine  ! Â»

« Peut-ĂŞtre que je vais me retrouver Ă  la rue Â»

Avec trois autres Ă©ducateurs, Cynthia est chargĂ©e d’assurer le suivi de plus d’une trentaine de jeunes, rĂ©partis dans plus d’une dizaine d’appartements. « Le DĂ©partement vend le tout-appartement comme un outil d’autonomisation du jeune. Mais on sait bien qu’il s’agit simplement de dĂ©sengorger le CDE. Pour des mineurs non accompagnĂ©s, ça passe. Si c’étaient des jeunes du dĂ©partement [d’origine française], ce serait un scandale. Â»

Le dĂ©sengorgement a-t-il seulement eu lieu ? Au moins une trentaine de jeunes exilĂ©s ayant fĂŞtĂ© leurs 18 ans au cours de la crise sanitaire ont Ă©tĂ© placĂ©s dans des hĂ´tels reconvertis en hĂ©bergements d’urgence pour… faire de la place dans les appartements, d’après une source au Bureau de l’éducation de l’ASE. Le jour de son anniversaire, Omar * a ainsi Ă©tĂ© priĂ© de quitter son appartement et de se rendre seul dans un hĂ´tel bordant une route dĂ©partementale fort frĂ©quentĂ©e. « Ici, c’est mĂŞme inscrit sur mon contrat jeune majeur, j’ai droit Ă  deux repas par jour : le matin et le soir, soupire-t-il. Pas le midi. Â»

Nous le rencontrons dans sa chambre oĂą il a passĂ© son Ă©tĂ©, triste et seul, Ă  se demander ce qu’il allait devenir Ă  la rentrĂ©e. Les sorties sèches de l’ASE, stoppĂ©es depuis le confinement, ont pu reprendre Ă  partir du 31 aoĂ»t… « Mes Ă©ducateurs m’ont bien dit que depuis que j’ai eu 18 ans ils ne sont plus obligĂ©s de m’aider, rapporte Omar. Donc, j’ai plein de pensĂ©es dans ma tĂŞte, je suis dans le doute. Peut-ĂŞtre que je vais me retrouver Ă  la rue… Â»

45€ pour un mineur non accompagnĂ©, 150 pour un jeune Mosellan

Le coĂ»t moyen de la prise en charge d’un jeune Mosellan varie entre 150 et 200 â‚¬ par jour au CDE. Pour un mineur non accompagnĂ©, il est de 88 â‚¬. Si la politique du « tout-appartement Â» se poursuit, il devrait descendre Ă  53 â‚¬ pour les jeunes pris en charge par le CDE, selon Sud. Ă€ la Maison d’enfants Ă  caractère social (Mecs) oĂą travaille HervĂ© *, les mineurs non accompagnĂ©s vivent dans des appartements rĂ©partis au sein de diffĂ©rentes villes. Le coĂ»t journalier par tĂŞte est l’un des plus bas : 45 â‚¬.

« Les organisations d’action sociale sont tributaires du Conseil dĂ©partemental, dĂ©crypte-t-il. C’est lui qui leur donne Ă  manger. Elles finissent par accepter des prix cassĂ©s de peur de se le mettre Ă  dos. D’autant qu’il y a une vraie concurrence entre organisations. C’est Ă  qui rĂ©cupĂ©rera le plus de jeunes et donc de postes. Â» Dans la structure d’HervĂ©, le sous-effectif guette, Ă  un point qu’il n’avait jamais connu au cours de sa longue carrière auprès des jeunes : « On est Ă  flux tendu. On n’a mĂŞme pas le temps de prendre un repas avec nos jeunes. On met tout notre temps et notre Ă©nergie Ă  faire des allers-retours d’un appartement Ă  un autre, d’une ville Ă  une autre. On arrive, on contrĂ´le l’argent de poche, on essaie de rĂ©soudre les petits problèmes matĂ©riels du quotidien, et on repart. On n’est que de passage, et c’est ça tout le temps. C’est très frustrant. Â»

Lydia * aussi a de la bouteille. Quand elle est devenue travailleuse sociale, au dĂ©but des annĂ©es 1990, cette fille d’ouvriers s’étonnait de voir que contrairement Ă  bien des enfants de son milieu social, les jeunes de l’ASE – d’origine française ou non, il n’y avait alors aucune distinction de traitement – pouvaient partir un mois en vacances et faire de l’équitation, de la voile, etc. En l’entendant, ses collègues la sermonnaient alors : « Oui, mais toi tu as eu une famille  ! Ici, on tente de compenser ce manque par des activitĂ©s, des moments de vie. Â» Aujourd’hui, Lydia constate une immense rĂ©gression : les jeunes de l’ASE, surtout les exilĂ©s, « n’ont rien comparĂ© Ă  l’époque Â». En l’entendant dire cela, ses collègues actuels la sermonnent toujours. Mais diffĂ©remment : « Oui, mais y a pire ailleurs  ! Â»

Franck DĂ©pretz

* Prénom modifié.


La Une du n°190 de CQFD, illustrée par Kalem {JPEG}

- Cet article a Ă©tĂ© originellement publiĂ© sur papier dans le numĂ©ro 190 de CQFD, en kiosque du 4 septembre au 1er octobre inclus. En voici le sommaire.

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Article publié le 30 Sep 2020 sur Cqfd-journal.org