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La répression policière se durcit aussi dans les zones rurales. Dans le Sud-Aveyron, une cinquantaine de manifestant·es ont été verbalisé·es « à distance », uniquement sur fichage et vidéosurveillance. On n’arrête pas le progrès.

La répression policière et judiciaire des luttes sociales est particulièrement sensible dans les métropoles et leurs banlieues au point qu’on pourrait penser que les villes moyennes et les zones rurales sont relativement épargnées. C’est de moins en moins vrai. Le mouvement des gilets jaunes est passé par là et si les grandes villes ont été le théâtre des affrontements les plus vifs, la France rurale et périurbaine dont sont issus nombre de membres des gilets jaunes a été l’objet de vives tensions.

À cela il faut ajouter les mobilisations contre les projets industriels, inutiles et imposés, ainsi que celles contre la casse des retraites et des services publics et on peut alors se rendre compte d’une conflictualité diffuse. Et même si elles ne sont pas assez massives pour construire un rapport de force favorable en faveur du monde du travail et plus largement des dominé·es, elles sont suffisamment significatives pour que le pouvoir leur oppose une réponse essentiellement répressive.

Dans le Sud-Aveyron, les gardes à vue, procès, amendes, peines de prison et interdictions de séjour dans plusieurs lieux de lutte se multiplient depuis plus de trois ans. Jusqu’à l’an dernier les attaques de l’appareil répressif étaient surtout concentrées sur les militantes et militants de l’Amassada qui luttent depuis plus de sept ans contre la construction d’un mégatransformateur électrique à Saint-Victor et Melvieu sur les hauteurs de Saint-Affrique.

Mais les cibles des défenseurs du capital sont de plus en plus nombreuses. Le 4 mai, 25 militantes et militants syndicaux et politiques contestaient des amendes devant le tribunal de grande instance de Rodez. Ils et elles font partie de la cinquantaine de personnes verbalisées pour avoir participé en mai 2020 à deux rassemblements pour le droit à la santé.

Une enquête de Mediapart publiée quelques jours avant l’audience montre qu’aucune n’a été avisée de la moindre infraction le jour des faits. Ces amendes sont le fruit d’un travail de vidéosurveillance et de fichage policier puisque les verbalisé·es ont en commun d’être des militantes et militants syndicaux et politiques. Ce 4 mai, le tribunal de Rodez s’est déclaré incompétent car l’audience aurait dû se dérouler au tribunal de police de Millau. Suite à cette erreur de procédure, dont l’État est responsable, et aux révélations de Mediapart, il n’est pas sûr que la procédure aille plus loin.

Deux victoires judiciaires

Néanmoins les militant·es de Millau comptent ne pas en rester là et prévoient de contre-attaquer devant les tribunaux pour cet abus de pouvoir. Même déconvenue pour l’État policier qui a perdu le 11 mai un procès intenté à un gilet jaune de Millau de 69 ans pour violence à l’égard d’un gendarme à propos de faits survenus le 17 novembre 2019.

Les gilets jaunes avait alors organisé un pique-nique tout ce qu’il y a de plus pacifique sur un rond-point qu’il occupaient. Les gendarmes les ont chargé suite à une insulte d’un des participants. Lors de l’audience, les avocats ont eu beau jeu de défaire l’accusation qui se contredisait et se confondait en imprécisions. Seul un membre des forces de l’ordre dominant pouvait mettre en avant un certificat médical.

Le camarade gilet jaune, bien frêle pour faire le poids face aux molosses en uniforme s’est retrouvé avec un bras dans le plâtre suite à une charge de gendarmes. Face à la fragilité de l’accusation, le camarade a été relaxé par le tribunal «  au bénéfice du doute  ».

Le 1er juin, des camarades de Solidaires, de la FSU et des gilets jaunes passeront en procès pour avoir bloqué pacifiquement un dépôt de bus pendant le mouvement des retraites. La mobilisation se poursuit donc pour faire front face à la vendetta de l’État.

Laurent Esquerre (UCL Aveyron)




Source: Unioncommunistelibertaire.org