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Suite aux premières dénonciations en janvier d’agressions sexuelles dans le milieu homosexuel à travers le hashtag MeTooGay, une brèche s’est ouverte : des milliers d’hommes se mettent à témoigner. Retour sur une libération de la parole semée d’embûches : entre homophobie et culture du viol.

Le 7 janvier 2021, Camille Kouchner publie La Familia Grande [1], qui révèle les actes pédocriminels d’Olivier Duhamel envers son beau-fils.
De nombreux témoignages de victimes se déversent alors sur les réseaux sociaux avec le #MeTooInceste. Quelques semaines plus tard, un témoignage est publié sur Twitter derrière le #MeTooGay. Un élu PCF à la mairie de Paris et son compagnon sont accusés de viol envers Guillaume, étudiant et syndicaliste, à l’origine de ce premier témoignage. C’est alors que des milliers d’hommes témoignent de violences subies dans le cadre de relations homosexuelles. Une porte s’ouvre enfin sur un tabou au sein d’une communauté gay qui interroge trop peu la culture du viol et les violences sexuelles. Deux semaines plus tard, Guillaume met fin à ses jours. C’est dans l’émotion et la colère que des rassemblements se sont tenus dans plusieurs villes de France.

Une sexualité stigmatisée

Les personnes LGBTI sont discriminées en raison de leur sexualité, jugée déviante. Celle-ci devient alors un espace construit dans la violence, traversé par la honte et les questionnements mais aussi de réappropriation de son identité, de son corps et de ses désirs. Être LGBTI c’est souvent vivre caché·e, pendant des années, se mentir à soi-même et à son entourage. À l’école, les quelques heures d’éducation à la santé (hétéro)sexuelle sont violentes, les vécus LGBTI étant ignorés voire stigmatisés  [2] En dehors, les espaces pour parler de vie affective et sexuelle pour les jeunes LGBTI sont trop peu nombreux.

C’est donc souvent seul·e et sans repère que se fait la découverte de sa sexualité et des violences pouvant l’accompagner. La difficile émergence du #MeTooGay, s’explique par les spécificités des relations gay.

Une parole bridée

Vivre sa sexualité sans être hétérosexuel, c’est s’exposer à chaque instant à l’homophobie normalisée socialement. Parler de sa vie affective et/ou sexuelle à sa famille, ses ami·es, ses collègues, son ou sa médecin, etc. c’est prendre le risque de subir des remarques ou des agressions. Dénoncer les violences dans les relations homosexuelles, c’est aussi craindre d’alimenter les discours homophobes et réactionnaires qui agitent la menace de l’homosexuel pervers et pédocriminel.

À cela s’ajoute le VIH-SIDA et la sérophobie, qui encore aujourd’hui font de trop nombreuses victimes, notamment parmi les plus précaires. Comme le rappelle Christophe Martet  : «  dans une communauté où l’on estime qu’environ un gay sur six est séropositif, la violence (je ne parle pas du BDSM) dans les rapports sexuels, le non-consentement, la pratique du stealthing  [3] ont parfois des conséquences immédiates très concrètes – une contamination VIH – en plus des conséquences psychologiques à court, moyen et long terme  » [4]. Enfin, dans une société hétéronormative, un homme ne peut être qu’hétérosexuel. La sexualité peut alors devenir pour certains un lieu pour réaffirmer une masculinité remise en cause, par homophobie intériorisée ou par volonté de garder ses privilèges masculins.

Le mouvement féministe #MeToo et, plus largement, la quatrième vague féministe, largement construite par la lutte contre les féminicides, ont mis en lumière un phénomène structurel  : les femmes subissent des violences, y compris sexuelles, de la part des hommes. Mais en dehors des relations hétérosexuelles, la séparation entre agresseur ou agresseuse et victime est plus difficile à établir.

C’est aussi pourquoi la vague #MeToo a eu autant de difficultés à imprégner les milieux LGBTI, puisque les violences patriarcales subies se reproduisent dans nos rapports sociaux et nos relations affectives, de manière plus ou moins conscientes. L’apprentissage du consentement passe souvent par l’expérience de sa rupture.

Pendant les années nécessaires à la prise de conscience, les pratiques non-consenties sont perçues comme normales. Dans les sexualités opprimées, il n’est pas rare d’être à la fois à l’origine de violences sexuelles envers ses partenaires, tout en étant victime de ces derniers ou de soi-même via une dynamique auto-destructrice.

Comment lutter contre ces violences ?

Pour mener cette lutte contre les violences patriarcales et sexuelles, les associations communautaires LGBTI et de lutte contre le VIH-SIDA ont besoin de moyens. L’accès à l’éducation, à la prévention et à la santé est aussi primordial, dans des services publics financés à la hauteur des besoins et avec des professionnel·les formé·es. Ces derniers ne doivent plus faire subir une prise en charge stigmatisante et humiliante qui participe aujourd’hui à la reproduction de ces violences sexuelles. La Manif pour tous et ses alliés réactionnaires, doivent être combattus avec fermeté.

Nous devons aussi combattre les LGBTIphobies et les violences sexuelles dans nos rangs, accompagner les victimes et recevoir leur parole. C’est en luttant collectivement contre tous les systèmes d’oppression, qui traversent nos sexualités, que nous pourrons mettre fin à toutes les violences sexuelles, quelles que soient leurs formes.

Néo (UCL Montreuil)

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Source: Unioncommunistelibertaire.org