Février 2, 2018
Par Le Pressoir
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Article repris du site de la revue Frustration qui parle de la météo des neiges, ou comment la télé présente et façonne les modèles des classes dominantes qu’elle veut que les classes populaires adoptent.

Chaque hiver, à partir de début décembre, la « météo des neiges » succède à la météo normale. Celle-ci est un incontournable des télés et radios, et sans doute la séquence où les spectateurs sont le plus attentifs. […] Le raisonnement qui sous-tend la mise en place de ce programme doit sans doute être le suivant : c’est l’hiver, les vacances scolaires de Noël et de février, donc « les gens » partent au ski. L’été à la plage, l’hiver au ski, le printemps en Bretagne, non ? Eh bien non. Deux tiers des Français ne partent pas du tout en vacances l’hiver et seulement 8 % d’entre eux vont skier au moins une fois tous les deux ans. Et la moitié des effectifs de ces vacances sont cadres ou professions intellectuelles supérieures.

Alors pourquoi la météo des neiges est-elle programmée à une heure de grande écoute ? C’est parce que la télévision montre beaucoup plus de membres de la classe supérieure que de gens des classes populaires. On entend souvent dire que la télévision serait un organe de propagande du gouvernement ou le temple de la bêtise ou du consumérisme. Mais ce qui saute aux yeux d’abord c’est qu’elle fait des membres de la classe supérieure la référence obligée de tous les autres.

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Mais cela a aussi des conséquences politiques : sur chaque sujet, ce sont d’abord des membres de la petite ou moyenne bourgeoisie qui s’expriment, donnant leur point de vue comme valant pour tous les autres et contribuant à valider certaines réformes et décrédibiliser certains mouvements sociaux. On interroge ainsi beaucoup plus souvent des entrepreneurs que des salariés pour parler des vertus d’un rétrécissement du code du Travail. Pourquoi cette domination des classes supérieures à la télévision et comment en sortir ?

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Depuis 2009, les résultats sont assez nets : tous programmes confondus, ce sont les classes supérieures qui occupent le temps d’antenne le plus important : entre 60 et 70 % !

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En fait, c’est comme si, pour chaque sujet d’actualité, 11 % de la population parvenait à multiplier l’expression de son point de vue par six tout en rendant invisibles les autres points de vue. La grève des pilotes et du personnel d’Air France ? C’est l’exaspération des passagers qui ont vu leur vol annulé et les images tournent en boucle là-dessus, alors que ceux qui prennent l’avion régulièrement sont avant tout des membres des classes supérieures. Et même si parmi tous ces gens qui subissent ces grèves il y a quelques familles qui s’étaient privées pour se payer des vacances à l’étranger, notre télé nous fait d’abord nous apitoyer sur des gens qui ont l’habitude de voyager et qui pourront donc rattraper ce contretemps.

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Comment expliquer cette surreprésentation des classes supérieures à la télé ? Il y a d’abord des choses qui semblent assez logiques : les experts de plateaux et autres hommes blancs à cravate qui commentent l’actualité sont issus des grandes écoles comme Sciences Po, qui sont très majoritairement monopolisées par des enfants de classes supérieures.

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Une étude de 2005 montrait que 52 % des étudiants en école de journalisme étaient enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures, contre seulement 16 % enfants d’ouvriers ou d’employés (catégories qui représentent la moitié de la population active), c’est-à-dire à peu près la même homogénéité sociale que les très élitistes classes préparatoires aux grandes écoles. Ce recrutement bourgeois de la profession de journaliste fait d’eux des gens issus d’une classe sociale supérieure.

Extraits d’un article publié sur le site internet de la revue Frustration.




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