oir son salaire monter ou descendre à chaque changement de poste dans l’entreprise ? Quand on est en CDI, ce n’est pas possible. Mais ça pourrait le devenir… C’est tout l’enjeu de la négociation actuelle sur la convention collective nationale de la métallurgie, qui pourrait inspirer d’autres secteurs.

En France, les droits et travailleuses et travailleurs de la métallurgie – 1,5 million de personnes – sont morcelés entre 76 conventions collectives territoriales différentes. Seul·es les ingénieur·es et cadres – près de 30 % des effectifs – bénéficient d’une convention collective nationale. Pendant longtemps, le patronat a refusé l’idée d’une convention unique et nationale. Mais les temps changent. Et le rapport de forces aussi. Alors, depuis maintenant quatre ans, la question fait l’objet d’une négociation serrée, que le patronat voudrait ­faire aboutir au premier semestre 2021. D’un côté, l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), une des branches maîtresses du Medef.

De l’autre, les fédérations représentatives au niveau national dans la métallurgie  : CGT (30,30 %), CFDT (29,10 %), CGC (22,02 %), FO (18,58 %)  [1].

Les ambitions antisociales du patronat

Dans cette négociation, l’UIMM court plusieurs lièvres. Pour payer moins les heures supplémentaires, elle veut en porter le contingent autorisé à 440 par an, au lieu de 220, majorées 10 % (plancher du Code du travail), et avoir la possibilité de faire travailler 42 heures par semaine pendant vingt-quatre semaines consécutives, ou 44 heures (voire 46 heures pour certains métiers) pendant douze semaines.

Sur la complémentaire santé, elle veut faire peser le coût de l’indemnisation longue maladie uniquement sur le ou la salarié·e ! Pour ce qui est des divers acquis des conventions locales – primes de vacances, de panier, d’équipe, d’ancienneté, etc. – elle veut tout aligner sur le moins disant.
Mais la véritable rupture que l’UIMM voudrait introduire dans cette convention collective nationale concerne l’évolution des salaires conventionnels. Il s’agit de les faire varier en fonction des tâches accomplies.

Bataille sur la définition de la qualification

De 1945 (grilles Parodi) à 1975, les grilles de qualification, et donc de salaires, étaient établies selon une correspondance assez stricte entre le savoir-faire de l’individu (diplôme + ancienneté), l’emploi occupé et le salaire minimum conventionnel. Dès 1972 pour les cadres, puis bientôt pour les ­autres catégories, l’UIMM a obtenu un assouplissement à l’avantage du patronat, en introduisant des « critères classants », dont notamment la notion de « compétence », très subjective, reposant sur l’appréciation du patronat ou de ses « experts », et sur laquelle les syndicats n’ont guère de prise  [2].

À présent, l’UIMM souhaite une rupture radicale : la grille de salaires serait totalement déconnectée du diplôme, et uniquement indexée sur les tâches réalisées. L’individu changeant de poste verrait alors son salaire monter… ou baisser. Finie la qualification attachée à la personne ! Plus aucune perspective de carrière.

La CGT résiste avec difficulté

La fédération CGT, opposée à l’origine aux« critères classants », les reprend désormais en tentant d’en détourner la logique. Elle promeut des critères fondés sur l’agir des salarié·es au travail (créer, réaliser, encadrer, communiquer, etc.), défend la référence aux diplômes de l’Éducation nationale, aux savoirs-faire acquis, et un avancement garanti tous les quatre ans au minimum  [3].

On comprend qu’il y a, dans le projet de l’UIMM – qui a toujours été en pointe sur ces questions –, des enjeux qui dépassent la seule métallurgie. La rupture, si elle aboutit, s’érigera en nouveau modèle pour les autres branches. Y compris du secteur public. On voit en effet que l’État-patron est dans une logique similaire quand il attaque le statut de fonctionnaire : rompre avec la qualification attachée à la personne (d’où découle le grade) pour une qualification attachée au poste occupé. La remise en cause du statut des cheminots fait aussi partie de cette stratégie générale. Fonctionnaires, SNCF, métallurgistes, etc., même combat !

Une évolution du climat social ?

L’établissement d’une convention collective nationale de la métallurgie est, a priori, dans l’intérêt des salarié·es. Le hic est que la négociation se déroule avec un très mauvais rapport de force. La seule fédération à s’opposer au projet patronal est la CGT, avec quelque 50 000 syndiqué·es en activité dans cette branche. Elle a régulièrement appelé à des grèves – mal suivies – pour mettre la pression sur les négociations. Une manifestation nationale a déjà été repoussée par deux fois.

L’agenda patronal sera-t-il modifié par la crise économique et la vague de licenciements dans cette branche ? Elle jouera dans l’immédiat en sa faveur, car les luttes se porteront contre les licenciements et non sur la convention collective nationale. À moins qu’elles ne se transforment en offensive… Alors, ce seront les métallurgistes qui auront la main. Cependant, cela ne dépendra pas que d’elles et eux, mais d’un basculement plus général du rapport de forces. Après juin 1936, la convention des métallos de la région parisienne était devenue un modèle pour toutes les autres professions, mais elle avait été obtenue à la faveur d’une grève générale…

Michel (UCL Vosges)


Scandale à l’inspection du travail

Le 14 août, après 136 jours de suspension, la ministre du Travail a décidé une sanction de déplacement d’office à l’encontre d’Anthony Smith, inspecteur du travail dans la Marne.

Sa faute ? Avoir exigé des masques et d’autres mesures de protection antivirus pour des salariées d’une association d’aide à domicile du bassin rémois.
En revanche, sa hiérarchie, qui l’avait suspendu dès le 15 avril, n’a fait
l’objet d’aucune enquête, alors qu’elle a manifestement relayé les pressions de l’employeur !

C’est le symptôme d’une administration en pleine déroute, et d’un ministère
de moins en moins indépendant
du patronat. À l’appel de l’intersyndicale CGT-SUD-FSU-FO-CNT, 500 personnes ont manifesté le 21 juillet à Paris contre la tenue du conseil de discipline ; une pétition a recueilli plus de 150 000 signatures, et un appel de soutien a été cosigné par plus de 1 300 collègues d’Anthony Smith. Toutes et tous exigent le retrait de cette sanction, qui sera contestée devant le tribunal administratif.


Article publié le 28 Sep 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org