Avril 2, 2018
Par Zone À Défendre
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Message émis par un habitant du squat de migrant•es Chez Marcel à
Briançon, présent sur le squat de Clavières dès le 1er jour.

Bonjour !

Depuis jeudi 22 mars, la salle paroissiale de l’église de Clavières est
occupée au bénéfice des exilé•es qui veulent entrer en France.
L’ouverture de la salle est d’abord une action directe de mise à l’abri
de personnes arrivées par le bus de 20h, et qui ne pouvaient arriver en
France la nuit même. C’est la 5e ou 6e fois depuis cet hiver que des
migrant•es sont ainsi mis à l’abri provisoirement, avec à chaque fois
une fermeture de la salle par le curé de la paroisse. Cette fois, la
salle est restée occupée et rebaptisée Chez Jésus : le mouvement de
soutien aux exilé•es sort ainsi du strict humanitaire et dispose d’un
lieu pour changer ses modes d’action et politiser sa lutte, mettre en
accusation le système de la frontière et ceux qui contribuent et qui
profitent de ce système inhumain, des passeurs aux politiques en passant
par les entreprises de sécurité et les flics de tous poils, et ceux qui
se taisent et s’enkystent dans l’humanitaire, collaborant par leur
silence au système de la frontière.

Après la forte présence policière du week-end du 24-25 mars (DIGOS,
carabinieri, police, police anti-émeute côté italien ; gendarmerie, PAF,
police nationale et PSIG côté français), le squat s’installe de manière
un peu plus pérenne. L’aménagement intérieur s’améliore et rend le lieu
plus agréable et plus fonctionnel, les risques d’expulsion (de la part
de l’Église, propriétaire du lieu, et de la préfecture) s’apaisent,
reste la mairie qui paie la facture d’électricité et veut envoyer un
contrôle d’hygiène. Restent aussi de nombreux soutiens individuels, à
Briançon et au Val-de-Suse. Reste encore la division des mouvements, en
France et en Italie : que ce soit Tous Migrants à Briançon ou le réseau
Briser les frontières en Italie, et même le mouvement No-Tav, les
organisations les plus proches et les plus concernées se désolidarisent
toutes officiellement de cette occupation (on trouve même le
qualificatif de « sabotage » à propos de ce lieu).

Pourtant, c’est bien là que les exilé•es quittent la route pour trouver
un chemin qui leur permettra de rejoindre la France. C’est bien là que
les exilé•es peuvent prendre un peu de repos, des forces, des conseils,
un temps de réflexion… et ainsi envisager une traversée moins
dangereuse. C’est aussi là qu’illes peuvent revenir s’illes sont
refoulé•es par la police, et s’abriter la journée avant de tenter un
nouveau passage. C’est donc une nouvelle façon de fonctionner sur la
frontière, pour les personnes de la maraude comme pour les exilé•es.
Elle présente l’avantage de permettre aux personnes qui franchissent le
col de se réapproprier la façon dont elles souhaitent ou peuvent
entreprendre la fin de leur parcours vers la France, sans l’espèce de
fonctionnement en « agence de voyage » de la maraude qui leur est
parfois vendu et qui semblait chargée d’aller systématiquement et
immédiatement les mettre à l’abri. Cette idée d’autonomisation nous
semble un concept riche de sens, mais pas seulement à nous. Quelque
chose d’inquantifiable et d’immatériel nous le confirme, ce sont, chaque
matin après la traversée, les sourires et l’énergie des gens arrivés à
pied, comparés à ceux transportés en voiture il y a une semaine.

Le lieu offre aussi une opportunité de contrer le système des passeurs,
et donc d’atteindre la frontière dans un de ses maillons. L’existence de
ce lieu, si l’information circule bien en Italie, permet aux migrant•es
d’esquiver le paiement de 200 à 300 € à un passeur qui ne fait de toute
façon pas le travail, se reposant sur les maraudeurs dont la présence
systématique assurait aux passeurs de faire entrer leurs clients en
France facilement et sans risque. La frontière crée les passeurs, mais
les passeurs justifient la présence policière et la répression des
individus solidaires des migrants.

Nous invitons donc tous ceux qui le souhaitent à venir prendre un café à
la salle paroissiale de l’église de Clavière (à 2 km de la frontière
française) pour voir ce qui s’y passe et éventuellement donner un coup
de main, sachant que la première façon d’aider est d’en parler autour de
soi.

Mise à jour du 01 avril 2018

Les deux dernières nuits ont été plus agitées à la frontière, marquées
par un renforcement des rondes de police : patrouilles, pick-up,
voitures banalisées. Logiquement, on a vu une reprise des arrestations
de cell-eux qui essaient de passer sans les bons papiers.
Un groupe de six personnes a été bloqué vendredi soir à la sortie de
Montgenèvre par la police française. Refoulés en Italie, ils ont tenté
la traversée à nouveau samedi soir, de même que dix autres candidats.
Ces derniers ont été surpris à Montgenèvre et refoulés, quant aux
premiers, c’est aux Alberts (à mi-chemin de Briançon) qu’ils ont été
interpellés. La scène dont ils témoignent est la suivante : à 3 heures
du matin environ, ils ont été surpris et arrêtés sur la route. Le groupe
au complet a pris la fuite soudainement, dont les deux voyageurs déjà
montés à bord du véhicule de patrouille. L’un d’entre eux est tombé à
travers la glace d’un petit plan d’eau et a pu être secouru ; il se
repose actuellement.

L’euphorie consécutive à la consolidation de l’occupation de Clavière
après 2 semaines retombe quelque peu. Preuve est faite une nouvelle fois
de la mise en danger persistante par les « autorités ». Par l’action de
sa police aux frontières, la France réitère ses entraves manifestes à la
liberté de circulation et en particulier au droit de se rendre à la
préfecture la plus proche pour y effectuer une demande d’asile.

Un dernier point, non moins marquant, d’après le témoignage d’un
candidat à la traversée, bloqué la nuit dernière : lors de
l’interpellation, face à son refus premier d’obtempérer à l’ordre de
monter dans la voiture, l’agent de la PAF a porté la main à son arme
(sans la dégainer) et réitéré son ordre. Comment faire autrement que se
soumettre au rapport de force et accepter d’être renvoyé ? Que penser
d’un geste aussi suggestif dans la menace ?

A Montgenèvre comme partout ailleurs, la police joue son rôle de cadenas
contre les libertés. Encore une fois, exposons et refusons de subir son
action !

Solidarité avec qui souhaite traverser librement les frontières !




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