DĂ©cembre 26, 2019
Par Marseille Infos Autonomes
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Répression et Résistance en GrÚce, décembre 2019

Poursuivant notre [Texte initialement paru sur CrimeThinc] couverture de la lutte en GrĂšce entre le nouveau gouvernement rĂ©pressif de Nouvelle DĂ©mocratie et le mouvement anarchiste historique, nous prĂ©sentons le rapport suivant, en nous appuyant sur des tĂ©moignages de mobilisations de rue et de dĂ©fense de plusieurs squats. L’Etat grec continue mettre tout son poids dans un assaut contre les rĂ©fugiĂ©s, les anarchistes et les mouvements Ă©tudiants, encourageant la brutalitĂ© policiĂšre aveugle contre les ĂȘtres humains et leurs compagnons animaux tout en cherchant Ă  disculper les meurtriers de droite, dont les membres du parti nĂ©o-nazi Aube DorĂ©e pourtant accusĂ©s de conspiration dans le meurtre de Pavlos Fyssas et le policier qui a assassinĂ©, il y a 11 ans ce mois-ci, l’anarchiste Alexis Grigoropoulos, ĂągĂ© de 15 ans.

Nous espĂ©rons inspirer des actions de solidaritĂ© internationale avec le mouvement en GrĂšce et Ă©quiper les lecteurs pour l’action et l’analyse dans d’autres contextes, Ă  une Ă©poque oĂč la violence d’État et la rĂ©sistance de masse s’intensifient dans le monde entier. La lutte se poursuit.



Un policier aspergĂ© de peinture lors de l’expulsion des squats Ă  Koukaki.

Une mise à jour d’un combat en cours

Ce mois-ci, l’expulsion de trois espaces squattĂ©s inspirants dans la rĂ©gion de Koukaki Ă  AthĂšnes m’a poussĂ© Ă  composer cette mise Ă  jour urgente. J’ai pour objectif de maintenir la lutte en GrĂšce en vie dans le discours international – non seulement dans les discussions mais aussi dans les actions entreprises pour faire preuve de solidaritĂ© internationale – afin de rappeler Ă  l’État grec que le fondement et l’esprit de notre lutte va au-delĂ  de ses frontiĂšres et de maintenir cet esprit fort et chaleureux en ces temps si odieux et froids.

Beaucoup de choses se sont passĂ©es depuis la derniĂšre mise Ă  jour ; je ferai de mon mieux pour les mentionner. Toutefois, je voudrais commencer par l’expulsion de Koukaki.

L’expulsion des squats de Koukaki

A l’aube du 18 dĂ©cembre, des dizaines de policiers de diffĂ©rentes brigades ont attaquĂ© les trois squats du quartier de Koukaki, utilisant des armes telles que des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc. Ces trois occupations – 45 rue Matrouzou, 21 avenue Panetoliou, et Arvalis 3 – Ă©taient des espaces bien connus et trĂšs apprĂ©ciĂ©s qui contribuaient Ă  prĂ©server une prĂ©sence anarchiste dans l’un des quartiers les plus chers et les plus rapidement embourgeoisĂ©s d’AthĂšnes. Si certains propriĂ©taires du quartier considĂ©raient ces espaces comme menaçants, de nombreux habitants de Koukaki les apprĂ©ciaient pour l’organisation de projets de distribution gratuite de vĂȘtements et de nourriture et pour avoir maintenu une voix significative contre Airbnb et les tentatives capitalistes similaires.

SituĂ© tout prĂšs de l’Acropole, avec une population Ă  prĂ©dominance de classe moyenne supĂ©rieure, Koukaki a Ă©tĂ© l’un des quartiers les plus touchĂ©s par Airbnb. Les squats expulsĂ©s reprĂ©sentent des opportunitĂ©s immĂ©diates dans la spĂ©culation immobiliĂšre ; cela a peut-ĂȘtre contribuĂ© Ă  faire de leur expulsion une des prioritĂ©s de l’Etat.

La police a envahi les deux plus petits squats (21 avenue Panetoliou et Arvalis 3) suite Ă  un court mais courageux effort de dĂ©fense qui s’est soldĂ© par quatre arrestations Ă  Panetoliou et deux arrestations Ă  Arvalis. Les personnes arrĂȘtĂ©es ont ensuite Ă©tĂ© libĂ©rĂ©es en attente de leur procĂšs pour dommages matĂ©riels, dĂ©sobĂ©issance, rĂ©sistance Ă  l’arrestation et agression sur un officier ; en outre, la police tente d’utiliser les mĂȘmes lois gĂ©nĂ©ralement appliquĂ©es Ă  la possession d’armes Ă  feu pour poursuivre les personnes arrĂȘtĂ©es aprĂšs avoir trouvĂ© des couteaux de cuisine ordinaires, des morceaux de cailloux et une arbalĂšte sur les lieux.

Une des personnes arrĂȘtĂ©es a Ă©tĂ© atteinte par une balle de plastique tirĂ©e Ă  bout portant et a dĂ» se rendre Ă  l’hĂŽpital Ă  deux reprises pendant son incarcĂ©ration. MalgrĂ© cela, les personnes arrĂȘtĂ©es restent rĂ©sistantes. De l’intĂ©rieur des cellules de la principale prison prĂ©ventive d’AthĂšnes, ils ont rĂ©ussi Ă  envoyer la dĂ©claration suivante :

Aujourd’hui, 18 dĂ©cembre, l’État et son armĂ©e ont attaquĂ© notre communautĂ©, expulsant nos trois maisons. Des foules d’ordures d’EKAM, de Delta et de MAT ont aidĂ© Ă  l’expulsion de nos maisons. Nous avons Ă©tĂ© frappĂ©s par un Ă©clair et notre compagnon a Ă©tĂ© touchĂ© par une balle en plastique Ă  bout portant. Au mĂȘme moment, des voisins du M45 ont Ă©tĂ© battus et torturĂ©s parce qu’ils refusaient de laisser entrer les flics, car il n’y avait pas de procureur. Au moment de la rĂ©daction de ce texte, nous ne savons pas oĂč et comment se trouvent nos compagnons du M45. Ceci s’inscrit dans le cadre d’une campagne plus large visant Ă  agresser tous ceux qui rĂ©sistent au pouvoir et se battent pour la libertĂ©. C’est un moment oĂč l’Etat Ă©tend ses tentacules rĂ©pressifs contre les squats afin de rĂ©pondre aux besoins des touristes, de remplacer les maisons permanentes par des Airbnb, et de poursuivre une violente campagne d’embourgeoisement. Nous ne reconnaissons pas la notion de propriĂ©tĂ© et de possession que l’Etat protĂšge. Nous avons utilisĂ© ces bĂątiments vides pour encourager une communautĂ© de dĂ©sirs rĂ©volutionnaires, de beautĂ© et de rejet du capitalisme.

SolidaritĂ© avec les squats !

Nous nous Ă©tendrons sur tout le territoire !

Pouvoir Ă  tout.e.s celles et ceux qui rĂ©sistent Ă  la violence d’Etat !

La rĂ©pression ne nous fait pas peur, elle nous persuade de continuer notre lutte pour un monde de solidaritĂ©, d’égalitĂ© et d’auto-organisation.

(Pour rappel, la police Delta est destinĂ©e Ă  tabasser les manifestants au corps Ă  corps ; la police MAT est une brigade anti-Ă©meute ; l’EKAM est le GIGN grec et le service de police le plus “organisĂ©“).

Tout prĂšs, au 45 de la rue Matrouzou, une grande bataille a eu lieu au cours de laquelle les gens ont tenu tĂȘte Ă  l’Etat pendant une heure. Les flics Ă©taient couverts de peinture et faisaient face Ă  une tempĂȘte de grĂȘle de dĂ©bris tout en Ă©tant aveuglĂ©s par la fumĂ©e des extincteurs. La police assimile les mesures de protection prises par les personnes Ă  l’intĂ©rieur du squat pour se dĂ©fendre Ă  des attentats contre la vie des officiers qui ont attaquĂ© leur maison. Ces mesures comprenaient des portes et des fenĂȘtres renforcĂ©es et d’autres mĂ©canismes de sĂ©curitĂ© typiques. Toute personne sensĂ©e reconnaĂźtra ces mesures comme de la simple autodĂ©fense.

Étonnamment, tous les occupants du Matrouzou ont rĂ©ussi Ă  s’échapper aprĂšs cette bataille, malgrĂ© toutes les forces et les ressources que l’État avait mobilisĂ©es contre eux. EmbarrassĂ©s par cela, les envahisseurs ont puni les voisins immĂ©diats.



Les consĂ©quences de l’expulsion des squats Ă  Koukaki.

Dans l’espoir de capturer les squatters Ă©chappĂ©s, les officiers ont frappĂ© Ă  la porte d’un voisin, s’attendant Ă  ĂȘtre les bienvenus. La mĂšre de famille a exigĂ© qu’ils prĂ©sentent un mandat pour entrer ; comme elle le demandait, elle a entendu d’autres agents entrer illĂ©galement par son balcon et son toit. Lorsqu’elle et son mari ont demandĂ© encore une fois un mandat, la police a tabassĂ© son mari et leurs deux fils, les ont menottĂ©s, leur ont mis des sacs noirs sur la tĂȘte et les ont dĂ©tenus dans le froid sur leur toit. Bien que la police n’ait pas prĂ©sentĂ© de mandat, elle a affirmĂ© l’avoir fait sous la supervision du procureur chargĂ© des perquisitions. Les fils et le pĂšre de la famille ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s en mĂȘme temps que les squatters des deux autres occupations.

La police a justifiĂ© la brutalitĂ© qu’elle a infligĂ©e Ă  la famille en disant que les membres de la famille aidaient les squatters Ă  s’échapper. Pourtant, en fouillant leur maison, la police n’a trouvĂ© aucune preuve Ă  l’appui de cette affirmation. S’agrippant Ă  des pailles, les reprĂ©sentants de l’Etat affirment qu’ils vont tester l’ADN trouvĂ© Ă  l’intĂ©rieur du squat et celui des membres de la famille qu’ils ont arrĂȘtĂ©s pour prouver qu’il y avait un lien. Une dĂ©claration anonyme de Matrouzou Ă  la suite du raid affirme que cette famille ne les a pas aidĂ©s de quelque façon que ce soit. Le pĂšre qui a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© se trouve ĂȘtre un rĂ©alisateur de premier plan qui a reçu beaucoup d’attention de la part des mĂ©dias. Il a manifestĂ© son mĂ©pris pour la police, mais sa distance par rapport au mouvement anarchiste est Ă©galement Ă©vidente.

La famille n’a aucun lien formel avec le squat, bien qu’elle ait Ă©tĂ© tĂ©moin de la brutalitĂ© des expulsions prĂ©cĂ©dentes, puisque le squat a Ă©galement Ă©tĂ© expulsĂ© en 2018 – sous le rĂ©gime de Syriza – pour ĂȘtre rĂ©occupĂ© peu de temps aprĂšs. Au vu de ce qu’ils avaient dĂ©jĂ  vu la police faire, il n’est pas surprenant que la famille ne se sente pas Ă  l’aise pour autoriser des policiers Ă  entrer chez eux s’ils n’y sont pas lĂ©galement obligĂ©s.

Les preuves de torture et de brutalitĂ© Ă  l’encontre de la famille sont largement diffusĂ©es par les mĂ©dias grand public. La police continue de faire des dĂ©clarations contradictoires, affirmant mĂȘme que les membres de la famille sont allĂ©s chercher une arme – un mensonge dĂ©sespĂ©rĂ© qui a lentement disparu de leur rĂ©cit. MalgrĂ© cela, le pĂšre et les fils sont accusĂ©s d’avoir rĂ©sistĂ© Ă  leur arrestation et d’avoir perturbĂ© une opĂ©ration de police.

Cette agression contre les voisins a frappĂ© la presse grand public plus durement que les expulsions elles-mĂȘmes, d’une maniĂšre qui est significative Ă  la lumiĂšre de l’histoire grecque et de la polarisation politique actuelle de la GrĂšce. Comme la police partout dans le monde, les policiers grecs se perçoivent comme des hĂ©ros, quelle que soit la façon dont la plupart des gens les perçoivent. Manquant de maturitĂ© ou de conscience de soi, ils ont tendance Ă  s’emporter lorsqu’ils sont rejetĂ©s. Ainsi, lorsqu’une famille qui ne ressemble pas Ă  l’image de leur cible affirme que les policiers ne sont pas les bienvenus sans mandat, ils deviennent agressifs. Cet incident a suscitĂ© un dĂ©bat qui n’est pas sans rappeler l’époque de la junte grecque.

La police est allĂ©e jusqu’à soutenir que les balcons et le toit de la famille Ă©taient des espaces publics, et qu’elle n’avait donc pas besoin de prĂ©senter un mandat pour y entrer. Imaginez ce qui arriverait si les gens essayaient d’entrer dans les piscines sur les toits des riches du quartier chic de Kolonaki ! La plupart des mĂ©dias de droite tentent de blĂąmer la femme pour avoir dĂ©fiĂ© la police, sans tenir compte des lois. Nous le voyons dans une discussion entre la mĂšre et un prĂ©sentateur condescendant dans laquelle il explique que ce que les policiers ont fait Ă©tait mal, mais que c’est en fait sa faute pour avoir bravĂ© leurs ordres.

La polarisation de la GrĂšce se joue dans les mĂ©dias grand public. Les partisans de la junte se plaignent que sous la dictature “nous dormions avec nos portes ouvertes” – d’autres plaisantent que “nous dormions avec nos portes ouvertes parce que nous ne voulions pas avoir Ă  nous rĂ©veiller pour les ouvrir lors des descentes de police“.

Quoi qu’il en soit, les trois espaces expulsĂ©s qui donnaient une voix aux rĂ©sidents de Koukaki qui cĂ©lĂ©braient la communautĂ© au dĂ©triment du profit sont maintenant barricadĂ©s avec des briques. Il est heureux qu’un grand nombre des occupants se soient Ă©chappĂ©s ; tous ont fait preuve d’un courage remarquable. Ils ont publiĂ© une dĂ©claration qui est disponible ci-dessous [1].

Bien que beaucoup d’animaux non humains rĂ©sidant dans les trois occupations Ă  Koukaki aient Ă©galement pu s’échapper, il n’est pas clair si certains des chats qui vivaient au Matrouzou restent enfermĂ©s Ă  l’intĂ©rieur. La police a pris l’habitude de piĂ©ger intentionnellement des animaux Ă  l’intĂ©rieur des squats expulsĂ©s afin de terroriser les squatters ; elle l’a fait lors de l’expulsion du squat de Vancouver le 2 novembre. Étant donnĂ© que les rĂ©sidents de Matrouzou se sont Ă©chappĂ©s, il n’est pas surprenant que la police ait retenu des animaux Ă  l’intĂ©rieur du bĂątiment jusqu’à ce qu’ils meurent de faim dans l’espoir d’attirer les Ă©vadĂ©s dans un piĂšge ou, Ă  dĂ©faut, de les tourmenter.

Il faut Ă©galement mentionner que Dimitris Armakolas, le camarade qui est mort dans un accident tragique alors qu’il hissait une banderole en solidaritĂ© avec le prisonnier Marios Seisidis, Ă©tait Ă©galement un rĂ©sident des squats de Koukaki avant son dĂ©cĂšs.

ImmĂ©diatement aprĂšs l’expulsion, une petite manifestation de solidaritĂ© a eu lieu. La police a nassĂ© les manifestants, arrĂȘtant cinq d’entre eux, puis a attaquĂ© le rassemblement suivant devant quartier gĂ©nĂ©ral de la police pour soutenir les personnes arrĂȘtĂ©es. Ce soir-lĂ , aprĂšs un rassemblement d’urgence, une Ă©meute soudaine est apparue au cƓur du quartier commerçant d’AthĂšnes Ă  Monistraki, un lieu de rencontre bien connu des riches et des gens Ă  l’aise. Tandis que les bĂ©nĂ©ficiaires de la capitale sirotaient leurs boissons, plus de 200 personnes ont dĂ©filĂ© dans le quartier en lançant des tracts, en peignant des graffitis sur divers magasins et en brisant les vitres d’une banque, d’une franchise d’épicerie industrielle et d’un Starbucks. La police n’a pu procĂ©der Ă  aucune arrestation et a dĂ» Ă©mettre un avertissement public.

Cette action a dĂ©montrĂ© que le mouvement n’existe pas seulement dans les squats et Ă  Exarchia ; il peut surgir et frapper n’importe oĂč.

Action surprise dans le quartier commerçant d’AthĂšnes Ă  Monistraki, le 18 dĂ©cembre.

Cibler les compagnons animaux : Une nouvelle tactique de terreur d’État

Comme on l’a fait remarquer, il est de plus en plus courant que la police cible les animaux de compagnie des squatters. Cela mĂ©rite plus de commentaires.

Dans le squat de Vancouver, par exemple, les squatters gardaient les chiens et les chats soigneusement sĂ©parĂ©s afin d’éviter la possibilitĂ© d’une violente dispute entre les crĂ©atures. Des affiches sur les portes informaient les gens des dangers de laisser certains chiens ou chats sortir des piĂšces oĂč ils vivaient. Lorsque la police a fait une descente Ă  Vancouver, elle a menottĂ© et battu ceux qui dĂ©fendaient le squat. Alors qu’il Ă©tait menottĂ©, un des dĂ©tenus a suppliĂ© les agents de garder les animaux Ă  part pour leur sĂ©curitĂ©. L’agent a rĂ©pondu en donnant un coup de coude Ă  cette personne au visage. MalgrĂ© les demandes de cette personne, les policiers ont intentionnellement placĂ© les deux chiens dans la piĂšce occupĂ©e par quatre chats et ont fermĂ© la porte – Ă  un moment oĂč tous les animaux Ă©taient extrĂȘmement affligĂ©s. Un des chats en est mort.

Le compagnon le plus proche du chat qui est mort a appris la mort alors qu’il Ă©tait en prison. Absurdement, les flics ont affirmĂ© que le chat Ă©tait mort depuis deux semaines, allĂ©guant que les squatters mentaient afin d’accĂ©der Ă  nouveau au squat pour le rĂ©occuper. Cela a brisĂ© le cƓur du plus proche compagnon du chat, considĂ©rant qu’ils avaient passĂ© du temps ensemble tout rĂ©cemment.

AprĂšs la mort du chat, le contrĂŽle des animaux a pris les deux chiens ; la police a jetĂ© le chat dĂ©cĂ©dĂ© dans une benne et a niĂ© que les trois chats survivants soient restĂ©s Ă  l’intĂ©rieur, affirmant qu’aucun animal n’avait Ă©tĂ© laissĂ© sur les lieux. Ce n’est qu’aprĂšs qu’un maçon qui scellait les entrĂ©es de l’immeuble a Ă©tĂ© attaquĂ© par un chat au point de devoir se rendre Ă  l’hĂŽpital que les gens ont Ă©tĂ© autorisĂ©s Ă  entrer pour chercher les chats restants. Ensuite, l’État a autorisĂ© les responsables de la protection des animaux Ă  entrer pendant une heure, mais ils n’ont trouvĂ© qu’un seul des trois chats restants. Vancouver est un trĂšs grand immeuble et les chats sont trĂšs habiles Ă  se cacher, surtout des policiers qu’ils reconnaissent comme des antagonistes mortels.

Enfin, comme il restait deux chats Ă  l’intĂ©rieur, un libĂ©rateur d’animaux a menĂ© une grĂšve de la faim Ă  l’extĂ©rieur de Vancouver. Au dĂ©but, la police a attaquĂ© et menacĂ© le grĂ©viste de la faim ; lorsqu’un procureur a envoyĂ© un ordre pour permettre une recherche adĂ©quate des chats restants, le chef de police a refusĂ© la demande, prĂ©tendant qu’il n’y avait pas assez de policiers pour assurer la recherche – le jour mĂȘme oĂč des centaines de policiers se sont dĂ©versĂ©s dans Exarchia Ă  la suite d’une attaque sur une moto appartenant Ă  un policier Delta. AprĂšs une semaine de grĂšve de la faim et l’accusation publique de cruautĂ© envers les animaux, les policiers ont finalement cĂ©dĂ© et ont permis aux gens de trouver et de relĂącher les chats restants. Selon des camarades de Vancouver, si ce n’était de l’attention gĂ©nĂ©rale rĂ©sultant d’une campagne de mĂ©dias sociaux pour faire sortir les chats, ils sont certains que le procureur n’aurait jamais demandĂ© leur libĂ©ration. Il est trop facile de torturer et de tuer les sans-voix afin de tourmenter ceux qui ont plus de “droits“.

Peu aprĂšs le raid de Vancouver, au cours d’une sĂ©rie de raids contre le groupe Revolutionary Self-Defense, la police a fait une descente dans une maison d’Exarchia. Les flics n’ont rien trouvĂ© qui puisse inculper les rĂ©sidents. Les flics qui ont menĂ© la descente sont les mĂȘmes qui avaient attaquĂ© Vancouver. Partis par frustration, ils ont attaquĂ© un chat qui vivait lĂ , lui cassant les pattes de devant et lui fracassant la mĂąchoire. Quand on leur a demandĂ© ce qu’ils faisaient, l’un d’eux a rĂ©pondu : “Vous allez faire une grĂšve de la faim aussi ?

Lors d’une autre invasion de domicile, dans le cadre de la mĂȘme sĂ©rie de raids anti-terroristes, des agents ont enlevĂ© tous les chiens prĂ©sents sur les lieux – apparemment sans autre raison que de faire souffrir leurs compagnons humains.

Aux États-Unis, la police assassine souvent des animaux – par exemple, en tirant sur des chiens ; peut-ĂȘtre que cette nouvelle ne surprendra pas beaucoup de lecteurs. Mais il est important d’enregistrer la lĂąchetĂ© brutale de la police qui procĂšde Ă  ces expulsions et de souligner que la main libre que Nouvelle DĂ©mocratie leur a donnĂ©e amplifie les aspects les plus cruels et les plus sordides de l’humanitĂ©.



Deux chats touchĂ©s par les expulsions Ă  AthĂšnes. Kolonia, Ă  gauche, a Ă©tĂ© intentionnellement assassinĂ©e par la police lors de l’expulsion du squat Vancouver. Ils ont ensuite jetĂ© son corps dans une benne Ă  ordures et ont affirmĂ© qu’elle Ă©tait morte depuis deux semaines dĂ©jĂ . Sara, Ă  droite, est une chatte aveugle qui a Ă©tĂ© retrouvĂ©e dans les rues d’AthĂšnes et qui a reçu de l’amour et un logement dans un squat Ă  Koukaki. Elle est toujours en vie, bien portante et parmi des amis attentionnĂ©s, mais la police lui a volĂ© sa maison.

En caressant Aube dorée

Entre-temps, le procureur de l’État a suggĂ©rĂ© de rejeter les accusations de complot contre le parti nĂ©onazi Aube DorĂ©e dans l’affaire du meurtre en 2013 du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, alias Killah P, tout en inculpant deux personnes pour des attaques prĂ©sumĂ©es contre les bureaux d’Aube DorĂ©e. De telles attaques se sont produites Ă  plusieurs reprises au cours des derniĂšres annĂ©es, gĂ©nĂ©ralement revendiquĂ©es de maniĂšre anonyme par des communiquĂ©s signĂ©s avec les noms des victimes d’Aube DorĂ©e – par exemple, la brigade Pavlos Fyssas et la brigade Sahzat Luqman. (Sahzat Luqman Ă©tait un ouvrier pakistanais assassinĂ© par des membres d’Aube DorĂ©e.) Selon les mĂ©dias officiels, la police affirme que les suspects sont liĂ©s Ă  l’attaque du 1er novembre contre le bureau d’Aube DorĂ©e, rue Deligianni, dans le centre-ville d’AthĂšnes, ainsi qu’à une attaque prĂ©cĂ©dente, le 23 mai, dans le quartier d’Acharnes, dans l’ouest de l’Attique. Les deux attaques ont utilisĂ© des explosifs de fortune qui ont endommagĂ© les locaux mais n’ont fait aucun blessĂ©.

Si les allĂ©gations de l’État sont mises en avant, il est probable que le ministĂšre public tentera d’inculper les deux personnes en vertu de nouvelles mesures antiterroristes, avec pour rĂ©sultat possible qu’elles pourraient toutes deux recevoir des peines plus longues que celles infligĂ©es Ă  n’importe lequel des assassins condamnĂ©s pour les meurtres perpĂ©trĂ©s par Aube DorĂ©e, sans parler de tous les meurtres d’Aube DorĂ©e qui n’ont mĂȘme jamais fait l’objet d’une enquĂȘte. Si Killah P n’avait pas Ă©tĂ© un citoyen grec blanc, son cas n’aurait probablement jamais fait les gros titres – une rĂ©alitĂ© tragique en GrĂšce et dans le monde entier.

À la surprise de beaucoup de gens, les deux personnes arrĂȘtĂ©es n’ont pas Ă©tĂ© placĂ©es en dĂ©tention provisoire le jour de leur mise en accusation. GĂ©nĂ©ralement, dans les affaires de terrorisme, l’État garde les accusĂ©s en dĂ©tention jusqu’à leur procĂšs. Il est fort probable qu’ils soient autorisĂ©s Ă  attendre leur procĂšs en dehors de la prison en raison d’un effort calculĂ© de l’État pour modĂ©rer l’indignation. Au vu de l’indignation gĂ©nĂ©ralisĂ©e au niveau national et mĂȘme international contre la brutalitĂ© policiĂšre en GrĂšce et de l’issue de l’affaire de la conspiration d’Aube dorĂ©e, le thĂ©Ăątre de la politique grecque semblera rester conforme aux lois de la dĂ©mocratie nĂ©olibĂ©rale. Mais en dĂ©pit des faibles preuves, les deux camarades doivent toujours se prĂ©senter Ă  la police quatre fois par mois et payer une caution de 15 000 euros, et ils ne peuvent pas se rendre Ă  l’étranger avant le dĂ©but du procĂšs. Si leur affaire se dĂ©roule comme les autres, leur procĂšs pourrait ĂȘtre retardĂ© d’un an – en utilisant la bureaucratie pour punir les personnes non condamnĂ©es.

Ce n’est pas une coĂŻncidence si l’État abandonne les accusations de complot contre Aube DorĂ©e tout en rĂ©primant ses ennemis. Nouvelle DĂ©mocratie a tentĂ© de se distancer d’Aube DorĂ©e pendant les Ă©lections, mais continue Ă  affirmer clairement qu’elle est l’alliĂ©e du groupe ouvertement fasciste, mĂȘme si elle est un peu plus riche et mieux Ă©duquĂ©e. Lorsque la mĂšre de Killah P a quittĂ© la salle d’audience aprĂšs la conclusion de l’accusation au terme de six annĂ©es d’un procĂšs traumatisant, elle a dit : “Aujourd’hui, vous avez poignardĂ© Pavlos“.

Aube DorĂ©e va maintenant recevoir 8 millions d’euros en compensation de cette affaire. Il s’agit d’une somme substantielle en GrĂšce pour un groupe politique. Les partis politiques au Parlement grec ont droit Ă  un financement de l’État. Cependant, lorsque le procĂšs a commencĂ© il y a six ans, l’État a gelĂ© ce financement. Si Aube DorĂ©e reçoit cette importante somme d’un seul coup maintenant, nous les verrons sans doute tenter de compenser leurs rĂ©cents revers lors des Ă©lections de 2019 ; cela augmentera aussi considĂ©rablement les ressources disponibles pour soutenir la violence fasciste de rue.

En tant qu’anarchiste, je n’attends jamais de justice de la part de l’État. Je n’utiliserai pas ma voix pour exiger que quiconque ne soit emprisonnĂ©, mĂȘme pas les meurtriers fascistes. Cependant, il est nĂ©cessaire de souligner qu’un grand nombre de preuves ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es dans l’affaire contre Aube DorĂ©e. Au-delĂ  des preuves Ă©videntes de leurs connexions et de leur politique nazies, les enquĂȘteurs ont prĂ©sentĂ© au tribunal une sĂ©rie d’appels tĂ©lĂ©phoniques et de messages interceptĂ©s, ainsi que des instructions Ă©crites organisant explicitement la violence fasciste. Au vu de l’organisation hiĂ©rarchique d’Aube DorĂ©e, il est trĂšs difficile d’imaginer que des actions autonomes puissent avoir lieu sans l’approbation des membres supĂ©rieurs du parti. MalgrĂ© cela, les 65 membres accusĂ©s de la conspiration ont Ă©tĂ© acquittĂ©s de leurs accusations. Seuls les individus accusĂ©s d’avoir effectivement poignardĂ© Killah P seront punis, malgrĂ© le grand nombre de membres d’Aube DorĂ©e qui se sont coordonnĂ©s dans tout le quartier pour converger vers lui, l’ont menacĂ©, l’ont entourĂ© et l’ont attaquĂ© la nuit oĂč il a Ă©tĂ© assassinĂ©.



Graffiti sur un monument d’État Ă  AthĂšnes, le 6 dĂ©cembre 2019.

6 décembre

Maintenant, revenons en arriĂšre et commençons plus tĂŽt, pour couvrir ce qui s’est passĂ© d’autre ce mois-ci.

Depuis le 20 novembre, lorsque le gouvernement a annoncĂ© qu’il allait expulser tous les squats, avant la date limite du 5 dĂ©cembre qu’il a fixĂ©e pour la lĂ©galisation ou l’évacuation des occupants, les squats de toute la GrĂšce ont organisĂ© des Ă©vĂ©nements quotidiens et coordonnĂ© des manifestations dans tout le pays pour montrer la force de nos mouvements et de notre solidaritĂ©.

Le jour de la date limite, des camarades anonymes ont rĂ©cupĂ©rĂ© 15 nouveaux squats Ă  travers AthĂšnes pour ĂȘtre utilisĂ©s si les squats existants Ă©taient expulsĂ©s. Les anarchistes ont Ă©galement barricadĂ© un bureau de Nouvelle DĂ©mocratie avec des briques de la mĂȘme maniĂšre qu’ils ont attaquĂ© nos espaces. C’est une des nombreuses actions rĂ©centes contre les bureaux de Nouvelle DĂ©mocratie Ă  travers le pays.

Le 6 dĂ©cembre, des manifestations ont eu lieu dans toute la GrĂšce en mĂ©moire d’Alexis Grigoropoulos, le jeune de 15 ans assassinĂ© par la police en 2008, et de l’insurrection qui a suivi ; les anarchistes grecs observent cette date depuis dix ans maintenant. Des affrontements ont eu lieu Ă  Patras et Ă  Thessalonique.

Dans la matinĂ©e du 6 dĂ©cembre, une manifestation autonome d’étudiants anarchistes a dĂ©marrĂ©, entourĂ©e de tous cĂŽtĂ©s par la police et isolĂ©e des autres manifestants de gauche. Cela a clairement illustrĂ© quel mouvement l’État reconnaĂźt comme une menace pour son pouvoir. Cette nuit-lĂ , une Ă©norme manifestation marquant l’anniversaire de l’assassinat d’Alexis Grigoropoulos a eu lieu en prĂ©sence de milliers d’anarchistes.

A la fin de la manifestation, beaucoup ont fait de petites actions, dĂ©truisant les publicitĂ©s dans les gares routiĂšres, bombardant de peinture les banques et les bureaux de l’Etat, et essayant d’enlever les barricades des universitĂ©s, qui visent Ă  empĂȘcher l’utilisation publique des campus. Bien que ces actions aient Ă©tĂ© assez limitĂ©es, une fois que les manifestants ont commencĂ© Ă  retourner Ă  Exarchia, oĂč se trouve le mĂ©morial d’Alexis, sans provocation ni confrontation directe contre les flics, la police a attaquĂ© brutalement, tabassant les gens au hasard. Les images vidĂ©o montrent la violence ; mĂȘme l’État a Ă©tĂ© forcĂ© de faire semblant d’enquĂȘter sur sa propre brutalitĂ©, bien que nous puissions ĂȘtre sĂ»rs que cela ne mĂšnera Ă  rien.

Une des preuves importantes est une vidĂ©o montrant la police en train de frapper un homme dĂ©sarmĂ© qui crie “Je me rends“. Alors qu’ils tabassaient de nombreuses personnes ce soir-lĂ , cette vidĂ©o a attirĂ© l’attention de la masse non seulement en raison des lĂąches agressions perpĂ©trĂ©es par les agents, mais aussi parce que, dans l’intention de l’humilier, ils le dĂ©shabillaient. Cela aussi est devenu une tactique policiĂšre courante visant Ă  humilier les personnes arrĂȘtĂ©es et dĂ©tenues, signalĂ©e par de nombreuses personnes qui ont Ă©tĂ© enlevĂ©es par la police anti-Ă©meute autour du centre d’AthĂšnes. Cela rappelle les enlĂšvements et la torture pratiquĂ©s sous la junte grecque.

Un journaliste d’une grande chaĂźne de tĂ©lĂ©vision a Ă©tĂ© contraint de commenter ces brutalitĂ©s en direct sur les ondes dans la nuit du 6 dĂ©cembre. Un reporter de la chaĂźne gĂ©nĂ©raliste Kontra n’a pas pu s’empĂȘcher de rĂ©agir aux coups qu’il a reçus d’une personne qui filmait avec un tĂ©lĂ©phone Ă  proximitĂ© des Ă©vĂ©nements. Le journaliste a dĂ©clarĂ© : ” Des gens ont Ă©tĂ© matraquĂ©s pour n’avoir vraiment rien fait “, et que s’il n’avait pas eu une Ă©quipe de tournage professionnelle, il aurait Ă©tĂ© matraquĂ© lui aussi. Choquant beaucoup de gens, il a ajoutĂ© : “Alors que beaucoup descendent dans la rue, nous devons chanter le chant qui nous unit tous : ’flics, porcs, assassins’.

Des dizaines de personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es dans tout le pays sur la base d’allĂ©gations ridicules de l’État. Un livreur qui livrait de la nourriture prĂšs de l’agression par la police a Ă©tĂ© frappĂ© et arrĂȘtĂ© ; alors qu’il s’identifiait, la police lui a demandĂ© pourquoi il s’enfuyait. Toutes les personnes arrĂȘtĂ©es ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©es et sont actuellement en attente de leur procĂšs.

En mĂȘme temps que la manifestation Ă  AthĂšnes, des personnes ont menĂ© des actions clandestines en dehors d’Exarchia dans treize autres quartiers d’AthĂšnes. Les communiquĂ©s affirment que les gens ont attaquĂ© une trentaine de cibles Ă©tatiques et capitalistes en solidaritĂ© avec l’esprit du jour et contre les nouvelles mesures Ă©tatiques.

A ce jour, la date limite pour la lĂ©galisation des squats est passĂ©e. Tous les centres sociaux et rĂ©sidences squattĂ©es restants sont en guerre ouverte avec le gouvernement. Pourtant, notre solidaritĂ© et l’esprit du mouvement anarchiste ici est trop profondĂ©ment enracinĂ© pour ĂȘtre vulnĂ©rable Ă  toute attaque matĂ©rielle qu’ils pourraient faire contre l’infrastructure anarchiste.

De nombreuses contre-attaques ont eu lieu depuis la derniĂšre mise Ă  jour. Des gens ont ciblĂ© des voitures de luxe dans des quartiers riches pour rappeler Ă  ceux qui profitent du dĂ©placement des anarchistes et des immigrants qu’ils ne sont pas en sĂ©curitĂ©. Le mouvement est durement touchĂ©, mais nous ne sommes pas inactifs. Au contraire, beaucoup plus de gens se sont rĂ©veillĂ©s avec passion.



Manifestation à AthÚnes le 6 décembre 2019

L’expulsion du squat de Kouvelos

Le 17 dĂ©cembre 2019, la police a expulsĂ© le squat Villa Kouvelos Ă  Marousi, un quartier du nord d’AthĂšnes, aux premiĂšres heures du matin.

Le bĂątiment vide et dĂ©labrĂ© a Ă©tĂ© occupĂ© par des anarchistes en avril 2010 et rapidement rĂ©novĂ© en un centre social de renommĂ©e rĂ©gionale qui a enrichi le quartier avec des concerts, des confĂ©rences, des discussions et des Ă©vĂ©nements politiques. Le quartier de Marousi est plutĂŽt connu comme un quartier bourgeois fade d’AthĂšnes. Kouvelos Ă©tait important pour beaucoup de jeunes comme un endroit sĂ»r pour explorer des idĂ©es rĂ©volutionnaires.

Etant proche d’un des bureaux d’Aube DorĂ©e, le squat Ă©tait une cible frĂ©quente des attaques fascistes. Cependant, de nombreux habitants du quartier environnant apprĂ©ciaient Kouvelos comme un espace amical et sĂ»r offrant une alternative Ă  la fade normalitĂ© de Marousi. A ce jour, il n’y a toujours pas de raison inventĂ©e pour l’expulsion – il n’y a pas de plans pour utiliser le bĂątiment ou vendre le terrain. L’expulsion a trĂšs probablement Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme une prioritĂ© parce que les fonctionnaires de l’État ont estimĂ© qu’il s’agissait d’une opĂ©ration facile en raison de son emplacement.

Lorsque les flics ont commencĂ© l’évacuation, Ă  7h30, de nombreux rĂ©sidents locaux se sont rassemblĂ©s Ă  l’extĂ©rieur pour exprimer leur opposition Ă  l’opĂ©ration et leur solidaritĂ© avec l’occupation. Plus tard dans la journĂ©e, une manifestation de plus de 300 personnes a eu lieu Ă  Marousi, dĂ©truisant de nombreuses banques et peignant des graffitis pour Kouvelos dans tout le quartier.

Le week-end suivant l’évacuation, une manifestation spontanĂ©e de plus de 300 anarchistes a convergĂ© vers Marousi pour rĂ©intĂ©grer Kouvelos. Ils ont affirmĂ© la rĂ©silience de nos mouvements, ont accrochĂ© une banderole et ont rĂ©cupĂ©rĂ© le squat pendant un certain temps, au cours duquel ils ont examinĂ© les dĂ©gĂąts causĂ©s par l’EKAM (police grecque du SWAT), ont documentĂ© les enquĂȘtes menĂ©es par la police (comme les Ă©chantillons d’ADN marquĂ©s) et ont notĂ© ce qui sera nĂ©cessaire pour rĂ©occuper complĂštement le squat dans un avenir proche.

A la sortie du squat, la manifestation a pris les rues, attaquant quelques franchises d’entreprises locales et la station de mĂ©tro de Marousi, oĂč les tourniquets en verre ont Ă©tĂ© brisĂ©s. Alors que les participants n’avaient pas l’intention de se battre contre la police, la police anti-Ă©meute a attaquĂ© la marche, et les manifestants se sont dĂ©fendus contre les gaz lacrymogĂšnes asphyxiants et les assauts de la police anti-Ă©meute. Pendant la manifestation, certaines personnes ont identifiĂ© un policier en civil qui prenait des photos et filmait les manifestants. Un manifestant l’a abordĂ© et lui a donnĂ© des coups de poing.

En rĂ©ponse, les mĂ©dias officiels ont usĂ© de leur pouvoir de tromperie. En raison de l’ñge avancĂ© de l’agent infiltrĂ©, les mĂ©dias ont affirmĂ© que les anarchistes avaient attaquĂ© un vieil homme portant une prothĂšse auditive sans raison. Rapidement, il est devenu Ă©vident que l’appareil auditif Ă©tait en fait un dispositif pour communiquer avec d’autres agents et que le soi-disant vieil homme Ă©tait un agent de police en service actif. Cependant, la presse a transformĂ© ce mensonge en une information en prime time, se concentrant uniquement sur les images, jouant l’attaque sur le policier encore et encore et nĂ©gligeant dĂ©libĂ©rĂ©ment de rappeler aux tĂ©lĂ©spectateurs le point de dĂ©part de la manifestation.

Pourtant, une action comme celle-ci, qui se dĂ©roule avec tant de force dans un quartier comme Marousi, souligne la tĂ©nacitĂ© de nos mouvements. Ceux qui rĂ©sistent au nom de Kouvelos insistent sur le fait que le squat sera rĂ©occupĂ©, affirmant que leurs dĂ©sirs rĂ©volutionnaires l’emporteront sur toute campagne de rĂ©pression.

Pas de gentrification pour Noël

Avant NoĂ«l, l’État a Ă©galement ciblĂ© la place Exarchia avec des efforts surrĂ©alistes pour “normaliser” le secteur. La police a fait une descente et a encerclĂ© la place pour nettoyer le trottoir au jet d’eau et installer un sapin de NoĂ«l. L’arbre a Ă©tĂ© brĂ»lĂ© deux fois le premier jour. La police a fait la mĂȘme chose le jour suivant ; l’arbre a Ă©tĂ© brĂ»lĂ© de nouveau. Ces efforts hautement symboliques pour “nettoyer” la zone indiquent la façon dont l’Etat espĂšre utiliser Exarchia pour envoyer un message Ă  tous ses habitants. De plus, le maire d’AthĂšnes discute de l’organisation d’évĂ©nements d’État sur la place. Si cela se produit, les festivitĂ©s n’auront lieu qu’entourĂ©es par la police qui les protĂšge ; le vĂ©ritable but est de provoquer les dĂ©fenseurs d’Exarchia et d’envoyer un message Ă  ceux qui ne vont jamais lĂ -bas que l’État l’a repris.

L’incendie de l’arbre de NoĂ«l rappelle le cĂ©lĂšbre Ă©vĂ©nement de l’insurrection de 2008 oĂč des manifestants ont brĂ»lĂ© l’arbre de NoĂ«l emblĂ©matique devant le parlement grec pour exprimer leur volontĂ© de continuer Ă  se battre alors mĂȘme que de nombreux Grecs retournaient dans leurs villages pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e.

Faire progresser la technologie en matiÚre de répression

L’État grec poursuit Ă©galement ses efforts pour moderniser ses mĂ©thodes de surveillance. Bien qu’ils aient toujours Ă©tĂ© transparents sur leur capacitĂ© Ă  surveiller les conversations tĂ©lĂ©phoniques et SMS classiques, ils cherchent Ă  progresser dans le monde numĂ©rique, en mentionnant ouvertement leurs efforts pour obtenir des conseils du Royaume-Uni afin d’enquĂȘter sur les utilisateurs de Viber et Whatsapp. Cet effort de collaboration avec des agences d’espionnage technique Ă©trangĂšres fait suite Ă  l’incorporation officielle de la technologie des drones dans les services de police grecs.



L’arbre de NoĂ«l que la police a installĂ© de force sur la place Exarchia comme mesure pour promouvoir l’embourgeoisement.

D’autres attaques contre les rĂ©fugiĂ©s

Pendant que tout cela se dĂ©roule, Nouvelle DĂ©mocratie se dĂ©pĂȘche de tenir sa promesse de dĂ©placer 20 000 rĂ©fugiĂ©s vers la GrĂšce continentale. L’objectif est de dĂ©placer les rĂ©fugiĂ©s au large d’üles comme Lesvos et de les Ă©loigner de l’attention du public. Plus de 50.000 rĂ©fugiĂ©s sont toujours dans des camps sur diverses Ăźles de la mer EgĂ©e, en face de la Turquie, dans des conditions si Ă©pouvantables que les ONG et les groupes de dĂ©fense des droits de l’homme ont publiquement appelĂ© l’Etat Ă  leur secours. Les fascistes locaux attaquent frĂ©quemment ces camps. Le nombre de personnes dans ces camps augmente lentement Ă  nouveau Ă  mesure que de plus en plus d’immigrants arrivent en GrĂšce. Cependant, le gouvernement a adoptĂ© en novembre de nouvelles lois pour limiter et dissuader les demandes d’asile ; elles visent Ă  dĂ©finir les rĂ©fugiĂ©s comme des migrants afin d’affaiblir les normes de protection qui leur sont dues. De nouvelles mesures supplĂ©mentaires visant Ă  ralentir la procĂ©dure d’asile dĂ©jĂ  longue sont entrĂ©es en vigueur afin de dissuader les rĂ©fugiĂ©s de suivre la procĂ©dure appropriĂ©e et de rĂ©duire ainsi le taux d’acceptation des demandes d’asile.

ParallĂšlement Ă  toutes ces mesures, de nouvelles rĂ©ductions entreront en vigueur en 2020 qui laisseront les rĂ©fugiĂ©s sans les programmes de soutien qui les ont aidĂ©s Ă  survivre ; ils devront se dĂ©brouiller seuls pendant le traitement de leur demande. Les programmes de soutien existants n’ont jamais Ă©tĂ© suffisants au dĂ©part ; dans de nombreux cas, un rĂ©fugiĂ© en attente d’asile devait survivre avec 150 euros par mois, tout en Ă©tant empĂȘchĂ© de chercher un emploi lĂ©gal. Maintenant, ils devront faire face Ă  des dĂ©fis encore plus importants.

Toutes ces mesures visent Ă  dissuader les rĂ©fugiĂ©s et les immigrants de venir en GrĂšce et Ă  torturer ceux qui vivent dĂ©jĂ  ici, ayant fait l’audacieux voyage Ă  travers la mer ÉgĂ©e. Si des personnes sont poussĂ©es Ă  travailler illĂ©galement, ou forcĂ©es de voler pour manger, ou si elles voyagent Ă  l’étranger en espĂ©rant de meilleures opportunitĂ©s, tous ces motifs peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour rejeter leurs demandes et les expulser.

Ce mois-ci, une surpopulation odieuse et une dĂ©gradation institutionnelle ont dĂ©clenchĂ© un soulĂšvement encourageant sur l’üle de Samos, Ă  courte distance de la Turquie. Selon No Borders, un camp de rĂ©fugiĂ©s sur cette Ăźle, conçu Ă  l’origine pour 650 personnes, en accueille 8000. Cela signifie environ une toilette pour 300 personnes et une douche pour 500 personnes. Des camps comme celui-ci sont rĂ©partis sur d’autres Ăźles proches de la Turquie. Ce mois-ci, les rĂ©sidents du camp se sont rassemblĂ©s pour dĂ©clencher un soulĂšvement contre la police. Face aux gaz lacrymogĂšnes et Ă  la brutalitĂ© des forces anti-Ă©meutes locales, ils ont dĂ©montrĂ© leur humanitĂ© malgrĂ© une situation terrible et un hiver rigoureux. Cette manifestation fait suite Ă  un autre soulĂšvement en octobre, lorsqu’un incendie massif a nĂ©cessitĂ© l’expulsion du camp surpeuplĂ©. Ces deux soulĂšvements ont entraĂźnĂ© la fermeture d’écoles et d’autres grandes institutions de l’üle. Les Ă©meutes et la rĂ©sistance dans ces camps se poursuivent ; elles expliquent en partie pourquoi le nouveau gouvernement prĂ©fĂšre les dĂ©placer hors de vue plutĂŽt que d’ĂȘtre obligĂ© de rĂ©pondre aux demandes des migrants.

Un tour du camp de Samos par Euronews

Couverture officielle du soulÚvement de décembre à Samos

En conclusion

En cette pĂ©riode de fĂȘtes, nous souhaitons rappeler la grĂšve de la faim du prisonnier politique Kostas Sakkas, un anarchiste grec accusĂ© d’appartenir Ă  un groupe terroriste et de possession d’armes aggravĂ©e aprĂšs son arrestation dans un entrepĂŽt. Il est accusĂ© d’avoir participĂ© Ă  la conspiration des cellules de feu, bien que lui et le CCF le nient. Tout au long de son incarcĂ©ration, il a menĂ© de frĂ©quentes grĂšves de la faim. Ses grĂšves de la faim sont devenues si frĂ©quentes et si efficaces sous l’administration prĂ©cĂ©dente qu’ils ont envisagĂ© de le libĂ©rer en vertu du mĂȘme projet de loi qui a conduit Ă  la libĂ©ration du prisonnier anarchiste Nikos Romanos. Nouvelle DĂ©mocratie a rejetĂ© sa lutte, arguant que “cette loi ne devrait jamais s’appliquer aux terroristes anarchistes” tout en utilisant cette mĂȘme loi pour libĂ©rer le meurtrier d’Alexis Grigoropoulos dĂšs leur arrivĂ©e au pouvoir.

Nombre des grĂšves de la faim de Sakkas ont eu pour but de gagner la possibilitĂ© de travailler ou d’accĂ©der Ă  l’éducation. Sa derniĂšre grĂšve de la faim avait pour but de contraindre le gouvernement Ă  le transfĂ©rer de la prison de Nigrita, dans le nord de la GrĂšce, Ă  la prison de Korydallos, Ă  AthĂšnes, afin qu’il puisse se rapprocher de sa famille. AprĂšs avoir subi un choc hypoglycĂ©mique et fait face Ă  d’autres problĂšmes de santĂ© mettant sa vie en danger, il a obtenu gain de cause et sera transfĂ©rĂ© Ă  la prison de Korydallos. Son courage devrait ĂȘtre une source d’inspiration pour nous tous.

Puissent les noms des camarades tombĂ©s au combat, comme Alexis Grigoropoulos, et de ceux qui se battent derriĂšre les barreaux, comme Kostas Sakkas, rĂ©sonner dans le monde entier en cette pĂ©riode froide de l’annĂ©e. Puissent nos luttes dĂ©montrer que notre passion pour la libertĂ© est plus forte que celle de n’importe quelle prison, inspirant d’autres personnes Ă  relier leurs luttes aux nĂŽtres.



Le fameux incendie de l’arbre de NoĂ«l devant le parlement grec en 2008



L’arbre de NoĂ«l que l’État a tentĂ© d’installer sur la place Exarchia en 2019




Source: Mars-infos.org