Décembre 11, 2021
Par Rapports De Force
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La direction et les syndicats de l’entreprise Bosch ont signé un accord pour la période 2022-2028, ce jeudi 9 décembre. Il prévoit une baisse de l’effectif de près de 650 personnes et la fin de certaines productions pour véhicules diesel. Les syndicats ont fait le choix de suivre l’avis des salariés qui se sont exprimés largement en faveur de l’accord à l’occasion d’un référendum.

Ce jeudi, l’accord qui acte la suppression de près de 650 postes à l’usine Bosch d’Onet-le-Château, près de Rodez en Aveyron, a été signé avec l’accord des salariés par la direction et les syndicats. Depuis le début des négociations, en mars dernier, seule une journée de grève et de manifestation a perturbé le quotidien du site qui produit des injecteurs, des buses et des bougies pour les véhicules diesel. Le jeudi 2 décembre, 86 % des salariés qui ont participé à un référendum à l’initiative des trois syndicats sur site (CFE-CGC, CGT et SUD) ont voté en faveur de l’accord mis au point avec la direction de Bosch (72 % des salariés ont participé au scrutin).

À Rodez, la CGT, tout en critiquant vertement le projet industriel de l’accord, n’a pas donné de consigne de vote. SUD et la CFE-CGC ont, elles, appelé à voter « OUI » au référendum. « Cela reste le OUI du moins pire », avance Pascal Raffanel, délégué syndical CFE-CGC. « Quelle aurait été l’alternative si on ne signait pas ? On craignait que tout ce qu’on avait acquis lors des négociations devienne caduque et que l’Allemagne [nation mère de Bosch] fasse une autre proposition qui soit défavorable aux salariés. » Et le pire aurait été pour la majorité des salariés, la fin pure et simple de l’usine. Une crainte savamment instillée dans l’esprit des salariés par la direction.

« On nous a dit que la première alternative étudiée était la fermeture du site », confie le délégué syndical CFE-CGC. « Lors de chaque négociation, le président de Bosch France Benelux, Heiko Carrié, rappelait que ce qui était sur la table c’était la fermeture », renchérit Jean-Pierre Cabrol, délégué syndical SUD. « Il l’a même dit devant les salariés », glisse Pascal Raffanel.

Aucun licenciement contraint, mais des licenciements sous contrainte

C’est avec « cette épée de Damoclès » au-dessus de la tête que se sont tenues les négociations. « Nous avions une ligne rouge » tient à rappeler Pascal Raffanel : « aucun licenciement contraint. » Cela a été obtenu jusqu’en 2028. Mais au prix du salaire des hommes et des femmes qui travaillent pour l’usine. « C’est une astuce incroyable de la direction », déclare le délégué syndical SUD, encore stupéfait de la combine. « Dès 2022, 2 % des négociations annuelles obligatoires [NDLR fixant les augmentations salariales] de chaque salarié vont être reversés à un fonds de réserve qui, sur la période, devrait représenter 7 millions d’euros », explique le délégué syndical CFE-CGC.

Ce fonds de réserve va permettre de payer les salaires des postes que la direction considère « en trop », par rapport à ses objectifs. Elle souhaite conserver uniquement 513 salariés au 1er janvier 2029. Le site en compte aujourd’hui 1150. Les départs volontaires et les pré-retraites doivent permettre d’atteindre progressivement l’effectif voulu par Bosch. Fin 2025, si l’effectif dépasse les 550 salariés, le fonds de réserve va être sollicité pour financer les emplois « en trop ». Il permettra de payer, par exemple, les salaires de 30 personnes à partir du 1er janvier 2026, si l’usine compte alors 580 personnes.

Cet accord annonce des augmentations de salaire microscopiques sur l’ensemble de la période, mais une large partie des salariés en ont tout de même fait la promotion au cours des dernières semaines. Dans cette usine, où la moyenne d’âge frôle les 50 ans, « il faut comprendre que plus de 300 personnes avaient un ticket gagnant au loto », expose Fabrice*, un technicien présent à Bosch depuis plus de 20 ans. « Ceux qui sont nés dans les années 70 peuvent partir avec des pré-retraites confortables. » Ce salarié explique que des syndicalistes ont pu recevoir des pressions de la part de certains collègues qui craignaient « de ne pas avoir leur pré-retraite ».

« La CFE-CGC a tenté de faire une estimation de ce que pourrait verser Bosch pour les départs volontaires et les pré-retraites. Nous arrivons à environ 200 millions d’euros », glisse Pascal Raffanel.

Un espoir du côté de Fresh 2

Pour ceux qui restent, Bosch s’est engagé à financer le développement de Fresh 2. « C’est un système de pile à combustible à hydrogène pour créer du froid pour les camions frigorifiques », présente Jean-Pierre Cabrol, délégué syndical SUD. Selon l’accord, cette activité doit créer environ 200 emplois. « Mais ce ne sont que des hypothèses », tance le secrétaire général CGT Bosch. « Aujourd’hui, ce marché est inexistant », ajoute encore le syndicaliste pour qui l’accord ne présente pas suffisamment de garanties au niveau industriel. « On demandait à ce qu’il y ait déjà des clients ou des contrats, mais pour l’instant il n’y a rien », explique Fabrice, un salarié, qui a suivi activement les négociations. « De plus, le rapport d’expertise nous enseigne que la prévision de la direction est trop optimiste », ajoute encore le secrétaire général CGT, Stéphane Puech. « Nous avons négocié un accord allant jusqu’en 2028, et non 2027 comme cela était initialement prévu, pour donner le temps à cette activité de se lancer », temporise Jean-Pierre Cabrol.

Mais même si les syndicats sont parvenus à grappiller une année cela risque encore d’être juste. « Les experts annoncent plutôt un développement de l’activité pour 2030 », rapportent plusieurs salariés. Au contraire pour la direction, le projet est bien lancé. « Le plan de développement a été pensé en amont », assure-t-on du côté du groupe. Et d’ajouter, « d’autres productions comme les barres de torsion viendront. La diversification est un travail de longue haleine. »

Des paroles qui se veulent rassurantes. Mais dans l’usine, la confiance est rompue. « En 2018 déjà nous avions signé un accord de transition, se souvient Stéphane Puech de la CGT. Contre du chômage partiel et la perte d’un point d’intéressement notamment. Bosch s’était engagé à investir 30 millions pour la diversification. Il n’y a eu qu’un million. L’entreprise devait également créer 300 emplois. » L’usine est plutôt passée de 1600 à 1200 salariés au début de l’année 2021. Fabrice, rappelle, lui, que « la direction n’a pas tenu ses engagements au cours des négociations ». En mars dernier, Bosch garantissait l’emploi jusqu’en 2027. « Finalement, c’est passé à 2025. Pour tenir jusqu’en 2028 nous devons financer nos salaires, peste Fabrice avant de conclure : on sait que les accords ne sont pas toujours respectés. Et le groupe peut s’en tirer devant les tribunaux, en payant. »

1000 emplois supprimés sur l’Aveyron

 

Pascal Mazet, conseiller régional communiste, partage l’inquiétude des salariés. « J’ai bien peur qu’ils aient des lendemains difficiles. » L’élu, qui suit de près le dossier de la fonderie SAM, observe que les équipementiers automobiles font des choix comptables. « Si demain, les salariés de SAM acceptaient d’être payés 250 euros, comme en Tunisie, Renault aurait fait le choix de rester à Decazeville. »

À Rodez, les salariés regardent plutôt du côté de la Turquie, où Bosch possède également des usines. « L’expert nous a confirmé au niveau du CSE (comité social et économique) que le choix de Bosch, pour notre site, n’était pas seulement lié à la baisse de la vente des produits diesel, mais aussi à une stratégie du groupe, prévient Jean-Pierre Cabrol, le délégué syndical SUD. Il réoriente sa production vers les pays à bas coût. Cela lui permet de baisser ses prix et de se positionner sur des marchés qui lui étaient jusque-là inaccessibles. »

Au niveau local, si on additionne SAM et Bosch, « ce sont 1000 emplois supprimés pour l’Aveyron », prévient le conseiller régional communiste. « C’est un véritable drame, car on sait qu’un emploi industriel, c’est quatre emplois induits », renchérit le secrétaire départemental de la CGT, David Gistau. Simon*, l’un des plus jeunes employés de l’usine confie ne rien attendre de Bosch au-delà de 2028. « Si le site finit par fermer, je bougerai. J’irai chercher du travail ailleurs. Je sais que je trouverai. »

Le bassin d’activités ruthénois est plutôt dynamique. « On est en passe de manquer de terrain pour des projets industriels, confirme Jean-Phillipe Keroslian, maire d’Onet-le-Château. Nous recherchons davantage du personnel que des offres d’emplois. » Mais, prévient le maire castonétois : « On aura des postes bien moins rémunérés. Avec Bosch, on avait des emplois qualifiés et bien payés. Avec leurs suppressions, c’est de la richesse en moins pour l’Aveyron. » Ce nouveau plan de départ à Bosch confirme un changement d’époque. « Il y a 10 ans, on était encore 2400 », se souvient Stéphane Puech. « Bosch c’était un salaire bien au-dessus des autres dans la région, un 13e mois et une prime d’intéressement, énumère Fabrice. On a tous compris que nos enfants n’auraient pas cette chance-là. »

*Les prénoms ont été modifiés




Source: Rapportsdeforce.fr