Septembre 27, 2021
Par Lundi matin
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Comme n’importe quel pitch, cette phrase dit tout du livre et en mĂȘme temps rien. Ce bref rĂ©sumĂ© rĂ©vĂšle pourtant l’unique source possible de suspense : Ils vont mettre le feu Ă  Eurodisney. Non sans humour, c’est toute la psychose du « spoil Â» qui est dĂ©sarmĂ©e. Preuve qu’au final, une bonne fiction ne craint pas le « divulgĂąchage Â» qui, avant d’ĂȘtre une psychose de masse est une angoisse de commerçant : qu’on ne « gĂąche Â» pas l’élĂ©ment d’intrigue moisi sur lequel tient parfois l’économie d’un mauvais produit culturel. C’est pourquoi ce livre, ne reposant pas sur un ou quelques ressorts narratifs mĂ©caniques mais sur une intensitĂ© qualitative, ne craint pas que soit divulguer certains Ă©lĂ©ments de son histoire ni sur son marque page, ni, je l’espĂšre, dans un article de critique. Tout en faisant office de prĂ©sentation du livre, nous entendons bien entrer dans le cƓur du rĂ©cit, que les consommateurs Ă  suspens s’en dĂ©tournent ou se ravisent – je vous promet que la richesse imaginative de l’autrice est telle qu’aucun texte critique ne parviendra Ă  l’étouffer – gare au spoiler !


La commune comme territoire psychogéographique

Melmoth furieux se passe dans les rues d’un territoire rĂ©el, le quartier de Belleville, entre la Place des FĂȘtes et MĂ©nilmontant sur une surface qui pourrait correspondre Ă  l’ancienne commune d’avant l’annexion de 1860. Ce quartier choisi comme cadre narratif est une rĂ©alitĂ© sociale (lieu de mixitĂ© forte), gĂ©ographique (puisqu’elle est une colline) autant qu’historique (derniĂšres dĂ©fenses de la commune de Paris en 1871). C’est une rĂ©alitĂ© multispĂ©cifique, un tissu social, associatif, politique, un Ă©cosystĂšme de rapports non-marchands que l’on peut appeler « commune Â», en faisant rĂ©fĂ©rence autant Ă  la commune historique rĂ©volutionnaire (reprĂ©sentante d’une alternative politique radicale) qu’au territoire de rĂ©sistance rĂ©ellement existant et contemporain : « la commune n’est pas qu’une idĂ©e, ou mĂȘme une dĂ©marche politique, c’est une vie. Â» (p.145)

Plus qu’un dĂ©cor, cet environnement comprenant Ă  la fois des lieux et des liens, est le terrain quasi- anthropologique d’oĂč s’invente l’histoire. L’autrice part de ce rĂ©el spĂ©cifique – l’existence de liens politiques intenses – pour le transcender, en faire sortir ce qu’il comporte de plus puissant.

La narration est dĂ©voilĂ©e Ă  travers les dĂ©placements de Fi, le personnage principal, selon un cadastre imaginaire qui se superpose au cadastre rĂ©el du quartier. Le livre Ă  donc bien quelque chose Ă  voir, dans son processus de crĂ©ation, avec la « dĂ©rive psychogĂ©ographique Â» au sens situationniste – Ă  la fois mode de dĂ©placement typiquement urbain et recherche de sens nouveau, dĂ©placement non-utilitaire, attention aux lieux et aux signes – et avec la maraude – selon le terme employĂ© pour parler de certaines activitĂ©s militantes Ă  Belleville, comme la distribution de repas solidaires ou la surveillance des keufs.

A l’origine du livre il y a donc des errances – celle de Fi diĂ©gĂ©tiquement et celle de l’autrice dans son travail poĂŻĂ©tique – qui permettent d’écrire un nouvel imaginaire communard. La fiction s’ancre dans une rĂ©alitĂ© politique (elle-mĂȘme rattachĂ© Ă  un territoire particulier) qu’elle « dĂ©gĂ©nĂšre Â» pour construire une rĂ©alitĂ© futur : « la commune libre de Belleville Â».

L’autrice invente le futur Ă  partir du prĂ©sent et de l’ici, si elle cherche Ă  dĂ©crire un futur dĂ©sirable, « libre Â», un « possible-impossible Â» au sens de Henri Lefebvre son geste est l’inverse du geste utopique : la situation politique futur imaginĂ©e n’est pas sans lieu, elle est au contraire installĂ©e dans un territoire rĂ©el, vĂ©cu comme tel, et en perpĂ©tuelle Ă©volution : Belleville.

La commune comme refuge

Le monde « futur Â» dĂ©crit dans Melmoth furieux est liĂ© au monde du prĂ©sent, simplement sĂ©parĂ© de lui par l’anticipation des devenirs. S’il y est question d’un endroit rĂ©sistant, organisĂ©, protĂ©gĂ© par des barricades, le livre dĂ©crit Ă©galement son envers : la dystopie marchande. Dans l’univers du livre, le rĂšgne de l’économie existe au delĂ  des limites de « la commune libre Â», l’entoure mĂȘme ; des troupes stationnent au bas des barricades et enferment leurs proies dans des cages. Le monde dĂ©testable du pouvoir continue et menace mĂȘme Belleville de sa supĂ©rioritĂ©.

Là aussi, le travail de fiction consiste à imaginer les formes que prennent la domination mais contrairement à d’autres Ɠuvres de science-fiction, la description du pouvoir ne prend que peu de place dans l’ensemble de l’ouvrage et n’existe que pour faire perdurer une menace fasciste dans un monde futur, on n’y trouve aucunes traces de fascination pour elle.

Le livre parle d’un Paris dystopique abandonnĂ© Ă  la gouvernementalitĂ© nĂ©o-libĂ©rale autoritaire dont les barricades de Belleville protĂšge fĂ©brilement. Ce que Melmoth furieux ne raconte pas c’est l’histoire immĂ©diate du quartier : sous la menace d’une mĂ©tropolisation des existences, de nombreux habitant.e.s viennent chercher secours Ă  Belleville, qui par ces liens et sa mixitĂ© sociale apparaĂźt comme un refuge au contrĂŽle et Ă  la valorisation capitaliste. Ainsi, ce construit un mouvement de gentrification du quartier mettant en pĂ©ril ce que les fuyards Ă©taient venus y chercher.

Par contre dans le livre, « la commune Â» joue un rĂŽle transcendantale qui ouvre une autre voie dans ce fatalisme : attirant les populations en exode, la commune (comme force collective), les transforme. Les nouveaux venus se mĂȘlent aux habitants (comme Fi), par une attention et une prĂ©sence au territoire et participent Ă  la construction d’une « commune libre Â», tiennent des barricades, rĂ©inventent la vie.

La genĂšse du livre se nourrit de toutes ces errances : le mouvement d’exode des dĂ©serteurs de la mĂ©tropole fait Ă©cho Ă  l’errance du personnage principal – qui va de « l’orĂ©e du bois Â» (son quartier d’origine) vers Belleville puis des marges de cette commune vers son cƓur – qui elle-mĂȘme se superpose au parcours de l’autrice qui, voyageant de villes en villes, Ă©crivant de MontrĂ©al Ă  Zanzibar, vient habiter Ă  Belleville. « C’est comme m’enraciner, d’un coup. LĂ . Besoin de stabilitĂ©. Â» (p.187) La question de l’ancrage – connaĂźtre le territoire, l’arpenter, s’y cacher, y vivre, y tisser des liens – est un Ă©lĂ©ment central du livre, en plus de la volontĂ© de mettre en commun sa rĂ©volte elle est la quĂȘte ultime du personnage principal : « J’ai la sensation de trouver une place dans cette vie quotidienne, rĂ©currence que je n’avais pas pu saisir avant Â» (p.133)

La subjectivitĂ© contemporaine se caractĂ©rise par l’angoisse d’ĂȘtre sans-lieu, hors-sol. Dans la phase de domination rĂ©elle du capitalisme, au sens de Cesarano, chacun.e est sans liens, sans attaches, sans lieux et sans communautĂ©s dans la sociĂ©tĂ© atomisĂ©e.

Le personnage, comme l’autrice quelque part, fait partie de cette population qui arrive Ă  Belleville Ă  la recherche d’un refuge, d’un lieu oĂč vivre, d’une zone Ă  dĂ©fendre. Tout au long du livre Fi cherche un lieu et l’autrice, au long de son Ɠuvre, cherche une commune. Fi, lourdĂ© par sa meuf dans les premiĂšres pages, cherche un lieu oĂč vivre, oĂč partager sa colĂšre, sa rĂ©volte, oĂč s’organiser, oĂč construire un avenir. Selon l’évolution de son Ɠuvre, l’autrice cherche une alternative radicale Ă  dĂ©fendre, s’inspirant des Ă©lans libertaires de la commune de MontrĂ©al dans Toxoplasma et de Belleville dans Melmoth furieux.

La commune, matrice imaginaire

Fi commence timidement Ă  s’installer dans le quartier et son parcours, qui est encore dĂ©rive, la mĂšne au centre de la commune, jusqu’aux souterrains de la Place des FĂȘtes, dans les dessous de la conspiration. Dans Toxoplasma Sabrina Calvo construit un rĂ©cit en marge de la commune, en suivant Nikki qui vit en pĂ©riphĂ©rie des Ă©vĂ©nements politiques tandis ce que Fi se tient au cƓur du mouvement communal. Fi (et si on extrapole, l’autrice) suivent un chemin de politisation, de radicalisation qui va des marges vers le cƓur de la rĂ©volte. Et cette trajectoire passe par la crĂ©ation de liens, par la connaissance du milieu, par l’attachement. Dans Melmoth furieux, lĂ  oĂč Nikki restait mĂ©fiante, Fi se lie de plus en plus avec d’autres dĂ©fenseurs et dĂ©fenseuses et parallĂšlement s’enfonce de plus en plus dans le territoire, cela correspond surement au fait que le travail de l’autrice s’est amplifiĂ© par une connaissance du territoire et des habitant.e.s.

La commune dans le livre, dans l’oeuvre, et dans le rĂ©el est un Ă©vĂ©nement qui fonde l’imaginaire, qui ouvre les possibles et permet l’écriture d’un tel livre. La commune, comme expĂ©rience historique ou comme expĂ©rience contemporaine permet de donner un lieu Ă  l’imagination de nos futurs dĂ©sirables. Le livre s’inscrit dans ce que Henri Lefebvre appelle un « romantisme rĂ©volutionnaire Â» ou autrement dit une « investigation des possibles Â», quelque chose qui manque cruellement dans la production artistique contemporaine.

LibĂ©rĂ©e de son carcan stalinien, l’imaginaire de la commune redevient une force subversive, une matrice depuis laquelle inventer un monde nouveau – Ă  la fois dans le rĂ©el et le travail politique oĂč l’on part de ce qui existe pour inventer un autre monde rĂ©alisable : comment faire une commune libre Ă  Belleville ? – ou dans l’imaginaire et le travail poĂŻĂ©tique qui consiste Ă  inventer une autre rĂ©alitĂ© : comment dĂ©crire cette commune libre ? On en revient Ă  RanciĂšre qui a bien montrer que toute rĂ©volution sociale est une rĂ©volution esthĂ©tique, ce que fait un art « politique Â» ce n’est pas seulement qu’il « dĂ©nonce Â» mais plutĂŽt qu’il ouvre du dissensus dans le rĂ©gime de rĂ©alitĂ© dominant, contre l’ordre policier du sensible (oĂč chaque chose est bien Ă  sa place). C’est ce que fait ce livre, il dĂ©chire les perceptions policiĂšre du rĂ©el, il les transforme.

La situation dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e : l’Empire

La dystopie futur – dĂ©jĂ  lĂ  – s’appelle « la MĂ©trique Â» dans le livre et peut ĂȘtre comprise comme une mĂ©taphore du capitalisme nĂ©o-libĂ©rale « autoritaire Â» que nous connaissons bien. En effet, on trouve ce pouvoir caractĂ©risĂ© par une ultime alliance entre les grandes entreprises privĂ©es et l’Etat, liĂ© par un culte vouĂ© au chiffre, Ă  la mesure, Ă  des systĂšmes d’informations cybernĂ©tiques. La mĂ©trique reprĂ©sente le monde de l’économie et sa production perpĂ©tuelle de valeur quantitative Ă  laquelle s’oppose « la commune libre Â», crĂ©atrice de sens nouveau et de valeur qualitative. Sans entrer dans les dĂ©tails de l’exploitation Ă©conomique, ce qui peut ĂȘtre dommageable, la MĂ©trique apparait dans le livre surtout par ses dispositifs de contrĂŽle et d’enfermement, par ses forces paramilitaires rĂ©pressives qui assiĂšgent la commune.

Ce systĂšme politique est ce qu’on peut appeler « l’Empire Â», le « retroussement de l’Etat libĂ©rale Â», ultime possibilitĂ© de ce systĂšme acculĂ© qui n’existe que dans la crise permanente, qui appuie son pouvoir sur des dispositifs (les cages) dans une paix armĂ©e oĂč les forces de l’ordre n’existent que pour conjurer l’évĂ©nement, pour Ă©touffer toute situation. L’Empire, malgrĂ© sa grande cruautĂ©, se prĂ©sente comme le dernier rempart contre le chaos et la barbarie. Au-delĂ  des barricades du nord-est parisien, la barbarie ; de l’autre cĂŽtĂ©, la MĂ©trique qui reprĂ©sente la civilisation en bout de course.

Ce systĂšme economico-politique s’allie avec une force mĂ©taphorique, venant de l’impĂ©rialisme amĂ©ricain, Disneyland. La MĂ©trique est alliĂ© Ă  Melmoth, directeur du centre Eurodisney de Marne-la-vallĂ©e et agent au service d’un nouveau type de pouvoir horizontal, impersonnel, qui fonctionne mieux que les anciennes sociĂ©tĂ©s libĂ©rales et disciplinaires : l’Empire encore. Depuis le parc, Melmoth organise avec la complicitĂ© de la MĂ©trique, l’exploitation d’enfants dans des sous-sols et leur aliĂ©nation par la capture de leurs amis imaginaires. Par ce biais, le livre dĂ©crit assez simplement deux concepts fondamentaux de la critique de l’économie de Marx.

Surtout, par l’intermĂ©diaire de cette rĂ©pugnate alliance, le livre dĂ©crit un aspect moins connu de la domination capitaliste : le spectacle, au sens de Guy Debord, c’est-Ă -dire la perpective d’une aliĂ©nation qui s’étend Ă  l’ensemble de la vie quotidienne, aliĂ©nation totale des rĂȘves et des passions ; conquĂȘte de l’intime et de l’imagination par la sociĂ©tĂ© marchande.

Le spectacle est « ce qui échappe à l’activité des [humains], à la reconsidération et à la correction de leur Ɠuvre. Â» Ce qui Ă©chappe aux humains dans le livre, c’est d’abord leur imagination : sont concernĂ©s d’abord celles et ceux dont l’ami imaginaire est capturĂ© – c’est le cas pour Mehdi, le frĂšre de Fi – mais avec elles et eux, c’est l’imagination de tous et toutes qui est menacĂ© par l’exploitation de l’imaginaire en tant que telle puisque par la suite l’imaginaire ainsi aliĂ©nĂ© sert Ă  la crĂ©ation de produits culturels qui sont aussi des armes. L’inquiĂ©tude vient de la « classe crĂ©ative Â» dont le travail, aliĂ©nĂ© par le capitalisme de l’intime, sert Ă  alimenter l’aliĂ©nation de tous t toutes.

Cette alliance entre la MĂ©trique et le Melmoth fonde un nouveau type de pouvoir spectaculaire que l’on pourrait appeler l’Empire apparaĂźt moins comme un ennemi qui se dresse en face de la commune libre que comme un milieu dans lequel chacun est pris en rĂ©seau, dans des flux interminables. C’est pourquoi, l’Empire, qu’il soit dans l’imagination ou dans le territoire n’est jamais vraiment limitĂ© par les barricades de la commune, le pouvoir ne cesse pas de s’exercer Ă  Belleville, les miliciens passent les frontiĂšres et viennent jusque dans le cƓur de la rĂ©sistance s’en prendre Ă  François Villon ; mais surtout, Fi est en permanence assiĂ©gĂ©e par des angoisses qui sont la marque du pouvoir dans nos vies. L’Empire apparaĂźt comme liquide, partout prĂ©sent comme contre-rĂ©volution prĂ©ventive Ă  tout ce qui pourrait constituer des trous dans le tissu biopolitique continu. « Je ne sais pas si j’arriverai Ă  sortir. Odeur de fripes et d’ordures, de frites et de polymĂšre. J’envisage d’aller m’affaler et de me remplir de jeux vidĂ©os jusqu’au matin, mais non. Je reste focus sur ce qui m’émeut. Â» (p.34)

La situation dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e : La rĂ©sistance

Dans ce monde aussi dystopique et d’actualitĂ© soit-il, le livre se concentre sur la possibilitĂ© de la rĂ©sistance et sans ĂȘtre un manuel d’action directe il pose nĂ©anmoins les bases d’une possibilitĂ© de la rĂ©sistance en rappelant cette idĂ©e salvatrice qu’à chaque transformation du pouvoir s’actualise la possibilitĂ© de son dĂ©passement ; et le livre propose ou soutien certaines perspectives stratĂ©giques implicites. « Les armes imaginaires de l’ennemi n’auront plus d’emprise car nous serons devenus nos peaux. Â» (p.284)

Le champ de bataille Ă©tant sur le plan de l’intime, la rĂ©sistance part de l’individu, de sa vĂ©ritĂ© profonde, du nĂ©ant inaliĂ©nable au fond de l’ĂȘtre. C’est dans les troubles existentielles de Fi que va se nouer la rĂ©volution, depuis sa rĂ©volte profonde aprĂšs la mort de son frĂšre, immolĂ© pour dĂ©noncer en vain les activitĂ©s de Melmoth. L’histoire dĂ©bute quand Fi s’attache Ă  ce qu’elle éprouve comme vrai : vivre Ă  Belleville. Qu’elle Part de là : « une rencontre, une découverte [un] événement [qui] produit de la vérité en altérant [son] rapport au monde Â» : l’obsession de vouloir brĂ»ler Eurodisney. La commune apparaĂźt alors comme le moyen matĂ©riel d’assembler et d’organiser sa rĂ©volte solitaire, de trouver des camarades et des armes pour faire aboutir son projet, de trouver un communautĂ© de lutte avec qui partager sa vie.

Fi s’inscrit dans son environnement, prend des repĂšres dans les diffĂ©rents collectifs, dĂ©veloppe des formes-de-vies, ouvre un squat (dĂ©s la page 66), rassemble des gens autour d’elle, prend parti en formant une communautĂ© puis en rejoignant un groupe, PdF. Cette prise de parti est un moment de vĂ©ritĂ© et une définition de l’être ensemble qui constitue la politique. Ce moment de prise de parti peut ĂȘtre difficile car il engage et est un moment de frottement entre les mondes : lorsque Fi va pour rencontrer PdF, elle se heurte Ă  du mĂ©pris de la part de ces ami.e.s, de certains militant.e.s. Lorsqu’elle vient voir Gaston pour la premiĂšre fois, elle est inquiĂšte de ce qu’ils vont penser d’elle : « Un grungeux devant me checke des pieds Ă  la tĂȘte. Oui j’ai l’air d’une fashionista Ă  fond de Margiela et je t’emmerde Â» (p.119). Et le livre raconte cette rencontre tumultueuse entre Fi et un groupe politique.

La rĂ©sistance ce caractĂ©rise donc par l’implication dans une vie quotidienne, locale, vĂ©cu dans une attention aux situations et aux autres et par la constitution de mondes qui sont comme des trous dans le tissu social marchand. Puis, par l’agencement et le travail de liaison entre ces groupes. Une montée insurrectionnelle n’est peut-être rien d’autre qu’une multiplication de communes, leurs liaisons et leur articulation : et c’est exactement Ă  ce travail auquel participe Fi en s’installant dans Belleville ; trouver un chemin pour sa rĂ©volte, qui soit en mĂȘme temps un moyen de vivre en commun ici et maintenant tout en luttant contre la MĂ©trique et Melmoth, en ayant comme objectif de dĂ©truire Eurodisney.

Ce travail individuel de liaison des luttes n’est rendu possible que par ce que l’autrice appelle un « soin radicale Â», un communisme de l’attention qui tout en construisant un autre monde, invente d’autres rapports aux autres et des possibilitĂ©s de transformation de soi et des autres dans la tradition politique du fĂ©minisme oĂč tout du privĂ© est politique.

Enfin, le travail de tissage politique du personnage ne se distingue pas, et mĂȘme se confond, avec sa pratique artistique et/ou artisanale de la couture : « J’y glisse parfois des tissages composites – j’aime la juxtaposition des matiĂšres [
] nous sommes nos propres drapeaux. Â» (p.144) Quand Fi rejoint PdF, elle s’insĂšre dans la fillasse, une coopĂ©rative de couture. La couture, comme l’agencement des luttes, est un travail de tissage et de liaison, de fil et de liens. C’est qu’un aspect important du livre consiste Ă  entremĂȘler l’art et la politique, Ă  dĂ©montrer avec Marx que c’est la praxis, « l’ensemble des pratiques par lesquels [l’humain] se transforme lui-mĂȘme et transforme la nature Â» qui font aboutir le mouvement rĂ©volutionnaire. « Des forteresses Ă  faire tomber. Un nouvel horizon. [
] Est ce que c’est si diffĂ©rent de ma couture ? [
] Au fond la seule issue, c’est le corps – traces composites reliĂ©es d’étincelles [
] Nos gestes ont pris la place de nos claviers. Nous sommes nos propres matrices Â». (p.196)

L’enfance, un champ de bataille

Ici aussi l’origine de la dialectique entre capture et rĂ©sistance se trouve dans les inquiĂ©tudes de la classe crĂ©ative. Contrairement Ă  la couturiĂšre libĂ©rĂ©e et militante de la commune, les artistes dans le monde de la MĂ©trique sont pris dans une continuelle exploitation de leur vie par le capitalisme de l’intime. Pour survivre, ils doivent en permanence faire fructifier leur capital culturel et relationnel au centre des mĂ©tropoles intelligentes, ils vivent une expĂ©rience intime de l’aliĂ©nation oĂč il faut se vendre soi-mĂȘme et ĂȘtre toujours en concurrence dans la sĂ©lection. « Ici les sourires sont une monnaie d’échange, un moyen de survie. Â» (p.212) Cette discipline de la rĂ©silience consiste entre autre Ă  renoncer Ă  l’enfance, aux rĂȘves, au jeu, Ă  la camaraderie, Ă  ce qui pourtant fonde l’authenticitĂ© de la crĂ©ation artistique.

C’est en partie pour cette raison, que Melmoth exploite les amis imaginaires qui viennent de l’enfance, Ă  travers eux c’est la crĂ©ativitĂ© et la spontanĂ©itĂ© que Melmoth recherche pour son industrie du rĂȘve ; c’est ce qui est arrivĂ© Ă  François Villon dans les geĂŽles du parc. En miroir, c’est grĂące Ă  Villon, c’est-Ă -dire grĂące Ă  un ĂȘtre composĂ© d’imaginaire pure, et Ă  sa matiĂšre mĂȘme – ce sont des fils que Fi tire de lui – que la personnage principale va produire le tissu nĂ©cessaire Ă  la construction d’armures et de vĂȘtements pour les dĂ©fenseurs et dĂ©fenseuses de la commune. Mais c’est aussi grĂące Ă  l’amour que Fi porte au poĂšte que la magie opĂšre. Donc, ce qu’il y a de si prĂ©cieux dans l’enfance et qu’il faudrait protĂ©ger de l’aliĂ©nation pour en faire des armes redoutables contre l’Empire, ce sont la crĂ©ativitĂ© et la spontanĂ©itĂ© d’une part et de l’autre, l’amour, perçue comme matrice du « soin radicale Â».

D’un autre cĂŽtĂ©, l’enfance est Ă©galement un Ă©tat de minoritĂ©, de dĂ©responsabilisation qui caractĂ©rise la subjectivitĂ© mĂ©tropolitaine et capitaliste. Sous l’Empire, qui s’assure que tout fonctionne, nous sommes en permanence considĂ©rer comme des enfants. Sous le contrĂŽle permanent, pris dans des dispositifs ludiques, les consommateurs contemporains restent dans un Ă©tat de minoritĂ© qui justifie la continuitĂ© de la gouvernementalitĂ©.

C’est pour cela que le livre est peuplĂ© d’enfants, de « pueri Â» (des ĂȘtres puĂ©rils ?), d’enfants-monstres qui hantent le centre ville parisien, enfants-rats errants, geeks asociaux, d’adolescentes boudeuses ; quand la copine de Fi la quitte au dĂ©but du roman, elle lui dit cette phrase terrible : « c’est ça va jouer avec tes copains de maternelle Â». Elle laisse entendre que les potes de Fi sont bloquĂ©s dans une enfance tardive qu’elle ne prend pas au sĂ©rieux : ce sont Ă  la fois des gamins parce qu’ils ne sont pas ouvertement du cĂŽtĂ© du pouvoir, assis aux postes de responsabilitĂ©s, et pour cela ne mĂ©ritent pas le statut d’adulte – d’autant plus qu’ils continuent de rĂȘver – pour les plus tĂ©mĂ©raires – qu’un autre monde est possible. D’un autre cĂŽtĂ© ce sont des gamins parce qu’ils son rendus complĂštement dĂ©pendants et tenus dans un Ă©tat de minoritĂ© par un pouvoir que cette situation arrange, pour gouverner, il faut des ĂȘtre gouvernables : que l’on peut appeler des blooms.

Le bloom est cet ĂȘtre qui vie sans forme propre, il porte un dĂ©sert existentiel et est spectateur de tout y compris de lui-mĂȘme. Le bloom est dĂ©racinĂ©, nulle part chez lui, c’est un ĂȘtre asocial et obsĂ©dĂ© par sa survie. La bloomification est le rĂ©sultat conjoint des effets de la consommation Ă©tendu Ă  l’existence entiĂšre d’une part et l’inconstance du travail prĂ©carisĂ© d’autre part. La bloomification est une expĂ©rience de prolĂ©tarisation et de marginalitĂ© de masse, c’est Ă©galement la possibilitĂ© d’une rĂ©volte totale capable de renverser le systĂšme marchand : si la sĂ©grĂ©gation se transmute en sĂ©cession dans une commune fuite vers des pĂ©riphĂ©ries oĂč organiser des communautĂ©s autonomes.

Le livre est peuplĂ© de blooms, c’est-Ă -dire des ĂȘtres habitĂ©s par ce paradoxe de l’enfance, Ă  la fois passionnĂ©ment soumis par leur Ă©tat de dĂ©pendance au pouvoir et en mĂȘme temps ingouvernables par leur Ă©trangetĂ© au monde des adultes. Les amis de Fi sont des blooms ouvertement blooms et l’autrice Ă  peut ĂȘtre choisi qu’ils soient des enfants, comme les puĂ©ri qui vont en bandes criminelles d’enfants monstrueux, pour pouvoir reconnaitre leur bloomification et partir d’elle. Il y a une ambiguitĂ© dans le fait que certains personnages soient adultes, ou en parti adultes, qui rĂ©side peut ĂȘtre simplement dans des niveaux diffĂ©rents et changeant de bloomification.

L’enfance bloomesque est le terrain de l’affrontement entre l’Empire et l’ethos de la commune libre de Belleville ; dans l’enfance en errance rĂ©side autant la possibilitĂ© de capture par le Melmoth que la possibilitĂ© de construire un grouillement de mondes capable de dĂ©truire la MĂ©trique.

TransidentitĂ© et transhumanité

MalgrĂ© la prĂ©sence menaçante des milices, un autre monde s’esquisse derriĂšres les barricades de la commune libre de Belleville et cet autre monde « ultra-stylĂ© Â» apparaĂźt comme une explosion de diffĂ©rences, de couleurs, de joie, de nouvelles relations interpersonnelles. « Que l’insurrection c’est aussi style, notre expression jetĂ©e Ă  la face du luxe et des imitations, notre besoin de diffĂ©renciation perpĂ©tuel, actualisĂ© dans le taux de rafraĂźchissement rapide de nos identitĂ©s. Â» (p. 201)

Le monde de la commune libre est assurĂ©ment queer et radical, dans le sens de Marx, c’est-Ă -dire « qui va Ă  la racine Â» et « la racine de [l’humain], c’est [l’humain] lui-mĂȘme. Â» Les rĂ©volutions naissantes Ă  Belleville vont dans milles sens diffĂ©rents, au-delĂ  de la nĂ©cessitĂ© de se dĂ©fendre et de vaincre, il n’y a pas une direction unique, les habitant.e.s rĂ©inventent l’ensemble de la vie Ă  commencer par la façon de s’habiller, de se dĂ©guiser, de se travestir. Les personnages s’affirment dans leurs diffĂ©rences, que ce soit leurs orientations sexuelles ou leurs origines ethniques et de nouvelles relations sont inventĂ©es qui transgressent en permanence les dĂ©limitations sociales du pouvoir : le frĂšre de Fi n’était pas acceptĂ© dans son monde Ă  cause de sa transexualitĂ©, Fi entretien des relations sexuelles avec des femmes mais aussi avec un ĂȘtre de tissu ; au 33 on vit ensemble dans une communautĂ© trans-gĂ©nĂ©rationnelle, un canard vit parmi elles et eux, des enfants se transforment en rats, puis en camĂ©ras, en rats-cyborgs.

Le mouvement Trans est partout transgressif, mais ce mouvement Ă©chappe Ă  l’identification et dĂ©couvre une transhumanitĂ© informe et incomprĂ©hensible pour le pouvoir, parfois pour le lecteur. L’Empire rĂšgne sur la rĂ©publique phĂ©nomĂ©nale des diffĂ©rences, la diffĂ©rence n’est pas pour lui un problĂšme en soi tant qu’elle se pose sur le plan de l’équivalence gĂ©nĂ©rale, qu’elle s’insert dans la valorisation capitaliste, qu’elle comporte cette neutralitĂ© Ă©thique compatible avec la gouvernementalitĂ©. Dans ce cas, la diffĂ©rence sert mĂȘme Ă  la gestion impĂ©riale des identitĂ©s. L’Empire se caractérise par la gestion des identitĂ©s modulables, jetables, transitoires. L’Empire c’est le libre jeu des simulacres.

Dans le livre, plus le pouvoir s’émiette et plus apparaĂźt une trans-humanitĂ© qui devient de plus en plus illisible, foule bigarrĂ©, guerriĂšre, communautĂ©s hybrides, queers, marronnes, pris dans des devenir-trans qui inventent un imaginaire dĂ©sirable s’opposant politiquement Ă  la gestion Ă©tatique des identitĂ©s : Une humanitĂ© grouillante, bizarre, transversale, des enfants, des fous qui s’agrĂšgent, font bloc. Vers la fin du roman, il y a de belles descriptions de cette multitude anonyme, informe, qui avec les pueris arrive Ă  la commune de Belleville et qui devient une force rĂ©volutionnaire qui fait presque peur tant elle semble ingouvernable, ingĂ©rable, impure.

Cette force fait face Ă  l’alliance ultime impĂ©riale de Melmoth et de la MĂ©trique, elle est prĂȘte Ă  fondre sur le chĂąteau des contes de fĂ©es pour le brĂ»ler. Fi est entiĂšrement prise dans ce mouvement, sa rĂ©volte est mise en commun grĂące Ă  sa dissolution dans le territoire et ne peut plus ĂȘtre limitĂ© ni par l’imaginaire rabougris du « rĂ©alisme Â», ni par la menace de l’ennemi, ni par les limites de la commune elle-mĂȘme.

La croisade métaphysique

La colonne des pueri qui arrive jusqu’à Belleville fait rĂ©fĂ©rence Ă  un Ă©vĂšnement historique, la « croisade des enfants Â» qui eu lieu en 1212, une croisade populaire qui fut initiĂ©e sans l’appui des puissants et mĂȘme contre eux. Cette rĂ©fĂ©rence Ă  une croisade certes hĂ©rĂ©tique mais tout de mĂȘme millĂ©nariste a de quoi Ă©tonnĂ©. Faire rĂ©fĂ©rence Ă  la croisade c’est bousculer les rĂ©fĂ©rences militantes, c’est d’un cĂŽtĂ© assumer un mysticisme et de l’autre convoquer une rĂ©volte populaire et massive dans un champ historique marginalisĂ© par le camp rĂ©volutionnaire. Si dans le livre la commune est le lieu et le matĂ©rialisme dans lequel s’inscrit la rĂ©volte, la croisade des pueri reprĂ©sente sa mĂ©taphysique.

La modernitĂ© marchande a produit un vide, mais ce vide correspond Ă  l’expĂ©rience mĂ©taphysique originaire. C’est dans le nĂ©ant des marchandises accumulĂ©es qu’apparait le caractĂšre mĂ©taphysique aux yeux de tous. Le nihilisme du pouvoir s’est Ă©tendu Ă  la vie quotidienne, dans l’intimitĂ© des choses et des ĂȘtres. La croisade des enfants errants porteuse d’une mĂ©taphysique critique est la rage Ă  un tel degrĂ© d’accumulation qu’elle devient regard, le nihilisme vaincu par lui-mĂȘme.

La mĂ©taphysique n’est pas l’envers de la physique mais son dĂ©passement, « le prĂ©fixe mĂ©ta-, qui signifie aussi bien « avec Â» qu’ « au-delĂ  Â», la mĂ©taphysique dĂ©signe donc ce simple fait que le mode de dĂ©voilement et l’objet dĂ©voilĂ© demeurent en un sens originel « la mĂȘme chose Â». Aussi n’est-elle, dans son ensemble, rien d’autre que l’expĂ©rience en tant qu’expĂ©rience et n’est possible qu’à partir d’une phĂ©nomĂ©nologie de la vie quotidienne. Â»

Dans Melmoth furieux, la croisade est l’espoir mĂ©taphysique d’un autre monde qui n’existe pas encore et la croyance de sa possibilitĂ© mĂȘme. Une croyance qui permet de passer outre la fin de l’histoire, au-delĂ  du rĂ©alisme capitaliste ou socialiste, du post-modernisme. Pour autant, grĂące Ă  Luna, une vieille anarchiste du quartier, on reste les pied sur la terre : les spectres n’existent pas, il n’y a pas de Miracle ni de Paradis, la croisade des enfants c’est aussi la croisade « des enfants de dieu Â», les pauvres mis sur la route de la rĂ©volte.

Ce que le livre pique Ă  la croisade, c’est une transcendance, la croisade est une prophĂ©tie, la colonne des pueri entre dans la commune assiĂ©gĂ© pour lui permettre de se dĂ©passer elle-mĂȘme. Les deux Ă©lĂ©ments historiques s’entrechoquent et s’amplifient en ce rencontrant. Les myrmidons communaux se battent aux cotĂ©s des enfants monstres, les vĂȘtement magiques de la reine mĂ©rovingienne, la croyance dans la force des vĂȘtements crĂ©er par les couturiĂšres de Belleville, ou dans les vĂȘtements spectraux datant de la commune fonde le courage des combattant.e.s, est ce vrai ? magie ou simple croyance ? peut-importe : un autre rapport Ă  la raison que celui de la sociĂ©tĂ© marchande nihiliste voit le jour et permet des dĂ©passement en cascade : « comment pouvons nous survivre Ă  l’histoire ? Â» (p. 256)

DĂ©passements en cascade

Le mouvement messianique des enfants guerriers qui entrent dans Belleville au moment prĂ©cis oĂč les barricades allaient tomber, emmĂšne les combattant.e.s de la commune en dehors de leurs murs vers Marne-la-vallĂ©e, vers le centre du pouvoir. Dans ce mouvement insurrectionnel, l’imaginaire figĂ© et triste de la dĂ©faite est dĂ©passĂ©, dans le livre on se permet de taper sur les flics ; le nihilisme post-moderne de la fin de l’histoire est dĂ©passĂ©, on se permet l’ouverture d’un idĂ©al rĂ©volutionnaire, d’un horizon de lutte : aller bruler le centre du pouvoir pour le dĂ©truire ; la position dĂ©fensive, se faire enfermer dans un ghetto comme perspective est dĂ©passĂ©, les combattant.e.s, surprenent le pouvoir en devenant une machine de guerre qui va porter la lutte au-delĂ  d’elle mĂȘme tout en conservant les moyens de vivre et de lutter dans un mĂȘme mouvement (on peut juste regretter l’absence de problĂ©matique plus techniques quant au travail et Ă  l’autonomie alimentaire 
) ; la commune historique elle-mĂȘme, dont la garde nationale ne va jamais Ă  Versailles et se fait Ă©craser est dĂ©passĂ©e, ici pas de semaine sanglante, une marche magnifique sur le centre du pouvoir, un feu de joie, une bataille hĂ©roĂŻque.

Dilemne

J’ai fait le choix de ne pas citer les auteurs au fur et Ă  mesure et d’assumer ma digestion subjective des concepts mais j’indique ici les livres de rĂ©fĂ©rence qui m’ont permis d’écrire ce texte critique :

Giorgio CESARANO et Gianni COLLU, Apocalypse et RĂ©volution  ; Grégoire CHAMAYOU, La société ingouvernable  ; Guy DEBORD, La sociĂ©tĂ© du Spectacle / Introduction Ă  une critique de la gĂ©ographie urbaine / aux poubelles de l’histoire ! ; Gilles DELEUZE et Félix GUATTARI, Mille plateaux  ; Mark FICHER, Le réalisme capitaliste ; Henri LEFEBVRE, Vers un romantisme révolutionnaire Karl MARX, Manuscrits de 1844 TIQQUN, Introduction Ă  la guerre civile / ThĂ©orie du bloom  ; COMITÉ INVISIBLE, L’insurrection qui vient / A nos amis Kristine ROSS, L’imaginaire de la Commune

Signé X




Source: Lundi.am