Avril 8, 2021
Par Paris Luttes
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Le nom de Maxime Vuillaume a pendant longtemps été laissé de côté dans la mémoire militante. Il faut dire que contrairement à un Vallès ou à un Varlin, ce dernier n’a pas été élu au conseil de la Commune ; il n’est pas non plus mort en martyr et, à l’inverse par exemple d’une Louise Michel, il n’a jamais non plus vraiment relevé le drapeau de la révolution sociale au cours des décennies qui ont suivi l’événement.

Il n’empêche que Vuillaume demeure un acteur majeur de l’agitation révolutionnaire qui entoure la chute du Second Empire et le début de la Troisième République. Proche des milieux blanquistes, membre de la Garde nationale durant les journées insurrectionnelles qui précèdent la Commune, il se consacre surtout durant cette dernière à la publication et à l’écriture d’articles politiques pour Le Père Duchêne, un des journaux les plus diffusés dans la capitale entre mars et mai 1871. Lorsque les troupes versaillaises entrent dans Paris, il participe aux combats puis réussit miraculeusement à échapper à la sanglante répression.

Si son souvenir a été négligé par la gauche et les milieux révolutionnaires, Maxime Vuillaume est néanmoins bien connu des historiens et historiennes de la Commune pour le très important témoignage écrit qu’il a laissé sur le sujet : ses Cahiers rouges. Considérée à juste titre par les spécialistes comme un des récits les plus précis et les plus documentés sur l’événement, cette œuvre considérable a commencé ces dernières années à toucher un public un peu plus large, notamment grâce au travail de Maxime Jourdan et à plusieurs rééditions du texte intégral. L’écrivaine et mathématicienne Michèle Audin s’attache également à exhumer d’autres de ses écrits évoquant la Commune, que l’on peut retrouver sur son excellent blog.

Cependant, de nombreux aspects de la vie et de l’œuvre de Maxime Vuillaume demeurent largement méconnus, notamment en ce qui concerne ses productions dans le domaine de la vulgarisation scientifique.

Passé par l’École des mines, Vuillaume était ingénieur de formation et disposait donc d’une solide culture scientifique, qu’il comptait bien faire partager. C’est ainsi qu’au cours des années 1870 et 1880, alors exilé en Suisse, il publie sous le pseudonyme Maxime Hélène plusieurs articles dans la revue de vulgarisation La Nature, portant principalement sur des questions de technologies minières. Il écrit également sur ces thématiques deux ouvrages qui paraissent chez Hachette dans la collection à succès « La Bibliothèque des Merveilles [1] », ainsi qu’un autre en 1890 sur la technique et l’histoire du bronze [2]. Ces publications traduisent une volonté de transmettre au plus grand nombre des connaissances sur les applications industrielles des avancées scientifiques. Vuillaume s’inscrit de cette manière dans le grand mouvement de la science populaire qui s’affirme tout au long du XIXe siècle : la science ne doit plus être réservée à quelques spécialistes, désormais le grand public s’y intéresse largement et des amateurs revendiquent même une certaine légitimité à contribuer aux découvertes. Les milieux socialistes et anarchistes sont parties prenantes de ce grand mouvement, guidés par la conviction que l’éducation du peuple — y compris dans le domaine des sciences — est une des clés du changement de société auquel ils aspirent.

C’est dans ce contexte que Maxime Vuillaume, alors revenu à Paris, fonde et devient en 1888 rédacteur en chef (toujours sous pseudonyme) de sa propre revue : La Terre : revue scientifique populaire illustrée. Une grande diversité de sujets scientifiques et techniques y est abordée, les différents contributeurs sont valorisés non pour leur érudition dans telle ou telle discipline, mais pour le fait qu’ils soient les « écrivains les plus compétents », et cela au service du programme affiché de la revue : « Vulgariser l’étude des sciences en la rendant accessible à tous, autant par la clarté et la simplicité de l’exposition que par la modicité du prix d’abonnement au journal. [3] ». Probablement pour des raisons financières, seule une douzaine de numéros seront publiés et La Terre cesse de paraître après quelques mois d’existence.



Vuillaume devient ensuite chroniqueur à partir de 1889 au journal Le Radical et écrit désormais sur des sujets d’actualité divers, où le souvenir de la Commune est souvent évoqué. Il poursuit également dans ce cadre son œuvre de vulgarisation en proposant régulièrement des articles sur des thématiques scientifiques. On y retrouve la même exigence de clarté et d’accessibilité, avec toujours cette idée que la forme donnée aux explications doit d’abord être suffisamment efficace pour pouvoir retenir l’attention du profane. Parfois, ces articles sont eux aussi l’occasion de rappeler des anecdotes sur la Commune. Ainsi, dans un papier s’intéressant à la question de l’existence d’habitants sur la planète Mars et aux éventuels moyens de communiquer avec eux [4], Vuillaume en profite pour rappeler qu’à la fin du Second Empire était disposée sur la place Vendôme une lunette astronomique, appartenant à un astronome de « plein vent » [5]. Ce dernier montrait le ciel aux visiteurs (Vuillaume lui-même était un habitué) en échange de quelques pièces de monnaie. Il relate alors que sans l’intervention in extremis d’un anonyme (peut-être l’astronome lui-même ?), le trépied de cette lunette resté sur place aurait pu être écrasé par la chute de la colonne, lorsque celle-ci fut détruite par les communards.

Maxime Vuillaume continuera à écrire quasiment jusqu’à la fin de sa vie en 1925, mais ses productions en matière de vulgarisation scientifique se font plus rares à partir du début des années 1900. La Commune, elle, demeure très présente et constitue surtout l’élément central de ses fameux Cahiers rouges, qui seront publiés entre 1908 et 1914 dans les Cahiers de la quinzaine de Charles Péguy. Bien que Vuillaume ait pris ses distances avec l’action révolutionnaire dès les années qui suivirent la Commune, il ne cessera de s’efforcer de faire vivre le souvenir de cet événement. Son œuvre littéraire sur le sujet peut de cette façon s’apparenter à une forme de prolongement de ses engagements de jeunesse, tout comme ses écrits dans le domaine de la science populaire. Par le biais de ce type de publications, il cherchait ainsi sûrement, à sa manière, à continuer de s’adresser au peuple au côté duquel il avait combattu.

Florian Mathieu


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Source: Paris-luttes.info