C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition de notre camarade Maurice Rajsfus, décédé samedi 13 juin. Sa simplicité, sa gentillesse, sa pugnacité dans son combat contre les violences d’État et contre l’extrême droite, resteront à jamais gravés dans nos mémoires.

En juillet 1942, Maurice Rajsfus est arrêté par la police française lors de la rafle du Vel d’Hiv’ à l’âge de 14 ans, en même temps que ses parents, immigrés juifs polonais, déportés et assassinés à Auschwitz. Près de vingt ans plus tard, Maurice, engagé contre le départ du contingent en Algérie, sera le témoin indirect des violences mortelles menées par la police française contre les Algériens. Il sera plus tard l’un des rares à parler de la charge policière le 14 juillet 1953 contre un cortège de manifestants algériens, qui tua 7 manifestants (6 algériens et un français) et fit une centaine de manifestants dont plus de quarante par balles ((Maurice consacrera un livre à ce sujet, intitulé et fut un témoin indirect  du 17 octobre 1961. C’est de cette double expérience qu’il a pu faire ce constat qui a déterminé l’engagement de toute sa vie : « Selon les périodes, les policiers n’aiment pas les Juifs ou les Arabes. Alors qu’on me permette de ne pas aimer la police ! »

Maurice Rasjfus a ainsi été de toutes les luttes antiracistes et anticoloniales, et il fut un vieux compagnon de route des différents mouvements antifascistes des années 1990 et 2000.

À Ras l’Front, il sera longtemps le président « caché » (c’est-à-dire celui qui se retrouve devant les tribunaux !). Au sein de la mouvance Scalp – No Pasaran – REFLEXes, il était de tous les combats, et a tenu une chronique mensuelle pendant plusieurs années dans le mensuel No Pasaran, intitulée « Feu à Volonté », dans laquelle il ne mâchait pas ses mots, fustigeant toutes les injustices.

Il fut aussi le créateur et principal animateur de l’Observatoire des Libertés Publiques (OLP), malheureusement en sommeil après plus de 20 ans d’informations sur les bavures et la répression policières. Son bulletin, “Que fait la police ?”, d’abord en version papier, a vu sa diffusion s’élargir grâce à sa mise en ligne sur internet avec l’aide des camarades de Samizdat, en particulier notre camarade Pedro, qui s’occupait de la mise en ligne  jusqu’au dernier numéro, en avril 2014.

Maurice laisse derrière lui, en plus d’un nombre impressionnant d’ouvrages consacrés à la lutte contre toutes les répressions, d’impressionnantes archives : en 2014, pour une interview sur le 17 octobre 1961, nous avions été le voir dans son petit appartement de Cachan, dans le Val-de-Marne, où il nous avait montré, avec un enthousiasme communicatif, les milliers de fiches qu’il avait constituées au fil des années pour entretenir la mémoire des victimes des violences policières.

Maurice Rajsfus chez lui, au milieu de ses archives, en 2014.

À la même époque, nous avions rencontré Adolfo Kaminsky, avec qui nous avions organisé au cinéma la Clef à Paris une projection et un débat autour de son engagement à la fois dans la résistance et au service des luttes de libération nationale : à cette occasion, nous avions invité Maurice Rajsfus, et ce fut l’occasion pour les deux hommes qui s’étaient connus dans le combat anticolonial lors de la guerre d’Algérie de se retrouver, près de soixante ans plus tard.

Aussi, Maurice était non seulement un ami, un camarade de conviction, mais aussi une part de la mémoire de nos luttes : qu’il ne soit jamais oublié.

La Horde


Article publié le 15 Juin 2020 sur Lahorde.samizdat.net