Voici le communiqué des organisations sociales au lendemain des faits :

L’Institut national pénitentiaire et carcéral, INPEC, et la Police exercent un usage excessif de la force contre la population privée de liberté

22 Mars 2020

Les 62 organisations sociales signataires exigent des actions de la part du gouvernement national afin de garantir la protection de l’intégrité et de la vie des personnes privées de liberté se trouvant dans les centres pénitenciers et les prisons. Le 21 mars 2020, à partir de 21h30, les personnes exigeant des mesures sanitaires efficaces afin d’éviter la contagion du virus du syndrome respiratoire aigu grave, Sars-Cov 2 (COVID-19), ont été victimes de tirs et d’agressions.

**LES FAITS

1. Dans les prisons colombiennes, de brusques violations des Droits Humains ont lieu, le niveau de surpopulation est supérieur à 200% et les prisons ne disposent pas des protocoles d’hygiène minimums requis suite à la propagation du virus Sars-Cov 2 (COVID-19).

2. Les visites aux personnes privées de liberté ont été suspendues il y a 10 jours, cependant, le personnel qui entre et sort de l’INPEC ne dispose d’aucune mesure sanitaire permettant de contenir l’entrée du virus, la nourriture est préparée par du personnel extérieur et sans aucune rigueur sanitaire.

3. L’INPEC n’a pas permis l’entrée de savon liquide ou d’antibactérien, mais il a permis, dans un acte de corruption, l’entrée de certaines personnes.

4. Les soins de santé pour les personnes privées de liberté sont dispensés par deux médecins pour 5 000 personnes, et ces dernières ne reçoivent pas les médicaments essentiels à leur santé.

5. Le 18 mars 2020, le mouvement national carcéral (Movimiento Nacional Carcelario) a formulé les exigences suivantes :

A. Déclarer l’urgence pénitentiaire au niveau national.

B. Permettre d’autres types de peines privatives de liberté, hors murs, pour les femmes enceintes et allaitantes, les personnes syndiquées et les personnes âgées, afin de décongestionner les prisons et d’éviter les risques sanitaires pour cette population vulnérable.

C. Déclarer le casernement du personnel de garde de l’INPEC, sur lequel il n’y a aucun contrôle des espaces dans lesquels ils transitent à l’extérieur des prisons ; tout comme opter pour les mesures de prévention et d’hygiène nécessaires pour entrer dans les centres.

D. Garantir l’accompagnement des organismes de santé de l’État, dirigés par le ministère de la Santé.

E. Garantir l’approvisionnement des épiceries des prisons en produits alimentaires non périssables, complétant l’alimentation déficiente fournie dans les prisons.

6. Le 18 mars 2020, le mouvement national carcéral a convoqué « la famille, les ami-e-s et tous les centres pénitentiaires du pays à se joindre à un cacerolazo national, afin d’exiger la déclaration d’urgence pénitentiaire, le samedi 21 mars 2020 à 21h. »

7. Suite au cacerolazo qui a eu lieu dans 14 centres pénitentiaires et prisons du pays, comme :

Complexe pénitentiaire et carcéral métropolitain de Bogotá « COMEB » – picota

Établissement pénitentiaire de haute et moyenne sécurité et prison de haute sécurité de Cómbita

Complexe pénitentiaire et carcéral de Jamundí

Complexe pénitentiaire et carcéral de Ibagué Picaleña « COIBA »

Complexe pénitentiaire de moyenne sécurité de Bogotá « La modelo »

Réclusion pour femmes « El Buen Pastor”

Il y a connaissance de fortes attaques de l’INPEC en réponse aux protestations et aux demandes des personnes privées de leur liberté.

8. Après que des personnes privées de liberté aient été touchées par des projectiles, la situation est devenue chaotique dans certains établissements tels que le complexe pénitentiaire de moyenne sécurité de Bogotá « La modelo » et le complexe pénitentiaire et carcéral métropolitain de Bogotá « COMEB » – picota. Les personnes privées de liberté qui s’y trouvent rapportent qu’il y a eu des tirs sur tous les prisonniers sans discrimination, qu’ils aient participé ou non à la manifestation.

9. Sur les réseaux sociaux circulent d’innombrables vidéos de personnes blessées, gravement blessées et apparemment mortes, prises le 21 mars dans les prisons de Colombie.

10. Le CRI -Commandement de réaction immédiate, le CORES – Commandement opératoire des rémissions spéciales, l’INPEC – Institut national pénitentiaire et carcéral, la police nationale et l’armée nationale ont été présentes dans les établissements pénitentiaires et carcéraux durant la manifestation.

JPEG - 60 ko

**PÉTITIONS

1. Sont assurés l’arrêt immédiat de l’utilisation des armes à feu contre la population carcérale et la garantie qu’aucune représailles ne sera exercé.

2. L’état d’urgence pénitentiaire est déclaré au niveau national, comme le demande le mouvement carcéral. La santé, l’intégrité et la vie de la population privée de liberté sont protégées.

3. Des mesures sanitaires appropriées sont prises immédiatement afin de prévenir la propagation du COVID-19 à la population privée de liberté.

4. Les événements qui se sont produits lors du cacerolazo du 21 mars 2020 sont clarifiés et les responsables de l’usage excessif et aveugle de la force sont identifiés.

5. Les noms des détenus blessés sont clairement indiqués et des soins de santé appropriés sont garantis. De même, il est annoncé publiquement s’il y a eu des décès et quelles en ont été les circonstances.

6. Une commission de vérification, présentant les garanties appropriées de mobilité et de biosécurité, et à laquelle participent le ministère public, les membres des familles et les organisations de la société civile, est immédiatement mise en place pour établir ce qui s’est passé le 21 mars.

7. La préservation des lieux des faits á des fins judiciaires soit garantie immédiatement.

Rappelons que la vie et l’intégrité de la population privée de liberté relèvent de la responsabilité de l’État, tout comme la responsabilité de la protection des droits humains, conformément aux principes constitutionnels et aux dispositions des traités et conventions internationaux signés par l’État colombien, qui est chargé de veiller au respect des dispositions de la Charte politique et d’assumer ses engagements en matière de droits humains devant la communauté internationale. Pour cette raison, son plus grand devoir légal est de prévenir les violations de ces droits et de prendre les mesures nécessaires pour enquêter, identifier, juger et punir les responsables pour leurs actions ou omissions, et de prendre des mesures correctives de nature administrative ou politique empêchant que ces crimes continuent d’être perpétrés.

Avec copie au : Président de la République, Vice-président de la République, Ministère de la Défense, Ministère de l’Intérieur, Ministère de la Justice, Institut national pénitentiaire et carcéral, Procureur général de la nation, Fiscalía générale de la nation, Programme présidentiel pour les droits humains et le droit international humanitaire, Unité des droits humains et du droit international humanitaire du Bureau du Procureur général de la nation.


Article publié le 24 Mar 2020 sur Renverse.co