Le gouvernement turc continue les massacres contre la population kurde du Bakûr. Après plus de deux mois d’opérations militaro-policières dans la ville de Cizîr, le carnage a atteint son paroxysme. Le 7 février dernier, 60 personnes blessées ont été massacrées par l’armée turque alors qu’elles étaient en attente de secours dans un sous-sol d’un immeuble. Trois jours plus tard, c’est 20 autres civils qui ont péri brûlés vifs. Plusieurs autres villes du Kurdistan nord, dont Nisêbîn et Amed (principalement dans le quartier de Sur) subissent des blocus en plus des attaques incessantes de l’armée et de ses bombardements. Il y a des pénuries d’eau, de nourriture et de matériel médical. Les personnes blessées sont privées de soins. Le nombre de civils morts dépasse les 250. Pendant ce temps, la machine de propagande du gouvernement turc s’est mise en marche afin de camoufler le massacre. TRT, la télévision turque d’État, annonça en breaking news : «  l’opération victorieuse dans le sous-sol, présenté comme QG du PKK à Cizre, où 60 terroristes viennent d’être tués ». Les médias relayent les informations erronées du gouvernement qui fait passer les civils comme des « terroristes du PKK ». Rappelons que les guérilleros du Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan; PKK) ne sont pas présents dans les villes. Ce sont les YDG-H et les YPS/YPS-jin qui mènent la lutte armée dans les villes. Mais le PKK, jugé terroriste par la Turquie, les États-Unis et l’Union européenne, sert toujours d’excuse à Erdogan pour commettre les pires atrocités. 
Opération réussie selon le gouvernement
Ce jeudi 11 février, le ministre turc de l’Intérieur, Efkan Ala, a annoncé que l’opération militaire visant la ville de Cizîr était bel et bien terminée. Il a déclaré devant les médias : « Les opérations contre l’organisation terroriste (Parti des travailleurs du Kurdistan, PKK) ont pris fin ce jour avec grand succès ». Toutefois, le couvre-feu est maintenu. Une très grande partie des 120 000 habitant-e-s de Cizîr ont été forcé-e-s à l’exode afin de fuir les bombes et les balles de l’armée turque. Cette ville, proche de la frontière Syrie/Irak, a été complètement coupée du monde extérieur. Aucun journaliste et observateur indépendant n’a pu entrer à cause du blocus imposé par le gouvernement turc. Amnesty International a envoyé une ambulance pour venir en aide aux blessé-e-s, mais le résultat fut le même. Impossible de pénétrer dans la ville.

La solidarité, elle aussi réprimée
Devant cette situation inacceptable, plusieurs actions et manifestations de solidarité ont eu lieu un peu partout sur le globe. À maintes reprises, la conclusion fut la même : la répression. Le 10 février dernier, une manifestation en solidarité avec Cizîr fut réprimée à Gever. La police et l’armée turques ont ouvert le feu à balles réelles contre les manifestant-e-s. Des blindés ont attaqué la foule tout en détruisant délibérément une dizaine de véhicules dans la ville. À Istanbul et Izmir, comme dans plusieurs villes de Turquie, des manifestations ont eu lieu à l’appel du Bloc de la paix et d’organisations syndicales. La police a violemment réprimé les manifestant-e-s et procédé à des arrestations. 
À Montréal
À Tokyo: 
Action à l’Université des Nations Unies à Tokyo.

À Paris: 

Marche en solidarité avec les Kurdes.
Manifestant-e-s emmené-e-s en garde à vue lors de l’action à Paris.
À Nantes:
À Qamislo, au Rojava.

Le 9 février dernier, à Amed, capitale du Kurdistan nord, de très nombreux commerces ont refusé d’ouvrir en signe de protestation contre le massacre de Cizîr.


« Vous êtes avec moi ou avec les terroristes. »
Sur la situation syrienne, le gouvernement turc, avec Erdogan en tête, continue sa propagande et tente de mettre des bâtons dans les roues des forces kurdes. Agacé par la rencontre entre un délégué officiel américain et des membres des Unités de protection du peuple (Yekîneyên Parastina Gel, YPG), le Président turc a déclaré que Washington devait décider entre la Turquie ou les terroristes kurdes : « Est-ce moi qui est votre partenaire ou les terroristes à Kobanê? ». Pour le gouvernement turc, le Parti de l’union démocratique (Partiya Yekîtiya Demokrat, PYD) et l’une de ses branches armées, les YPG, sont des organisations terroristes. Toutefois, il est important de rappeler que les forces de défense kurdes sont le fer de lance de la résistance contre l’État islamique et que la Turquie a plus d’une fois aidé ISIS en laissant passer des djihadistes sur son territoire, en leur achetant du pétrole et en attaquant les Kurdes du Rojava. La plus grande peur d’Erdogan est d’assister à la création d’un territoire kurde autonome à sa frontière sud puisqu’il craint que cela pourrait donner encore plus de désir d’émancipation aux millions de Kurdes vivant en Turquie et demandant leur autonomie depuis plusieurs décennies. Le fasciste Erdogan a même été jusqu’à déclarer, à l’endroit des États-Unis, que « Depuis que vous refusez de les reconnaître (le PYD et les YPG comme une organisation terroriste, ndlr), la région s’est transformée en une mare de sang ». Les mensonges et le salissage sont l’apanage du gouvernement turc. Et c’est surtout lui, en réalité, qui a beaucoup de sang sur les mains. Tout comme le régime de Bachar al-Assad.

Pendant ce temps, sur le terrain
Les forces de défense kurdes, aidées par leurs alliés, ont libéré la base aérienne de Minningh dans la province d’Alep (nord de la Syrie). L’opération, en partance du canton d’Efrin, a permis de libérer plusieurs villages avant d’atteindre la ville de Minningh. Les combattants islamistes ont ainsi perdu leur seule aérodrome militaire dans la province d’Alep. 
Selon l’Agence de presse ANHA, au cours des 7 derniers jours près de 30 000 réfugiés fuyant l’offensive des forces gouvernementales syriennes contre les rebelles dans la région d’Alep ont été accueillis dans le canton d’Efrin (Rojava) par les forces kurdes.
*Plusieurs photos ont été prises dans un article d’Alternative Libertaire. Lien vers l’original, ici.