Plus d’une centaine de personnes, Autochtones et Allochtones ensemble, ont manifesté hier à Mashteuiatsh,
avec un fort soutien de la communauté. Ce rassemblement se voulait en
appui à la lutte des Wet’suwet’en, qui se battent contre le passage d’un
gazoduc (Coastal GasLink) sur leur territoire, mais également en
opposition au projet de GNL Québec de faire passer un gazoduc sur les
territoires ancestraux de plusieurs peuples Autochtones dont les Innus,
les Atikamekws et les Anishnabeg. Selon les organisatrices et
l’organisateur de la manifestation, ces luttes ont en commun la défense
de la Terre Mère. En entrevue avec Le Quotidien, Paul Basilish, un aîné
de la communauté, a affirmé : « Entre autochtones, on doit se tenir
ensemble. On ne doit pas sacrifier notre territoire pour créer des jobs
pour une génération. Je veux laisser un territoire en bonne santé à mes
petits-enfants [1] ». Une dizaine de personnes ont simultanément
manifesté à l’Anse-Saint-Jean, répondant à un appel du Collectif
Bas-Saguenay pour s’opposer au projet de GNL Québec.

Le
projet d’une usine de liquéfaction du gaz naturel à La Baie, d’un
immense gazoduc traversant une grande partie du Québec et de transport
du gaz par bateaux sur le Fjord du Saguenay, comme les autres grands
projets, continue de soulever une vive opposition, malgré l’intense
lobbying de ses promoteurs et de leurs allié-e-s. Alors que l’opposition
est actuellement accusée de « polariser » le débat avec de maigres
moyens de communication et quelques actions de sensibilisation, qui
demeurent pour l’instant symboliques et non perturbatrices, les
promoteurs bénéficient de l’action audacieuse et très partisane des
élites régionales qui tentent de faire avancer le projet et de balayer
l’opposition dans un déni de représentativité (une forme de bâillon
light). Il est plus que jamais nécessaire de le nommer : la quête de «
l’opinion publique » offre un piège clair et net pour les opposants et
opposantes aux grands projets. L’exemple de la lutte des Wet’suwet’en
est là pour nous éclairer davantage. Notre seule chance de se faire
entendre et de faire échouer ceux-ci est de redoubler d’audace dans des
actions qui auront un impact direct sur les parties prenantes au dossier
ou qui dresseront les projecteurs sur leurs choix ignomieux. Ces
actions, sous le prisme déformant des médias de masse et de leurs
commères éditorialistes, pourront certes choquer quelques belles mères
et mononcles, baignant depuis trop longtemps dans les litanies de la
droite ambiante. Elles forceront néanmoins les promoteurs, élu-e-s,
actionnaires et compagnies à remettre en question leurs plans, leurs
investissements et les possibilités d’entreprendre ces grands projets
dans nos milieux de vie. L’action directe peut en définitive nous
redonner un contrôle (sans intermédiaire) sur nos vies.

 

[1] Guillaume Roy. Manifestation en appui au peuple Wet’suwet’en à Mashteuiatsh. Le Quotidien, 22 février 2020, [En ligne], https://www.lequotidien.com/actualites/manifestation-en-appui-au-peuple-wetsuweten-a-mashteuiatsh-661d7831dd87c6dc120f2f2672bd21c3


Article publié le 23 Fév 2020 sur Ucl-saguenay.blogspot.com