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Le Maroc connait son pire durcissement autoritaire depuis plus de trente ans. Répression de manifestant·es, arrestations de journalistes, interdiction de journaux, la monarchie marocaine continue ses vieilles recettes et son despotisme en plein jour.

Le Fonds monétaire international a doté les décideurs marocains depuis longtemps de lunettes dernier cri pour voir la réalité libérale en haute définition mais avec une seule dimension. Arrangeante, aveuglante, celle du profit de quelques-uns.

La privatisation de l’enseignement marocain est emblématique de cette libéralisation que le pouvoir français doit envier.
Que les tenants du Makhzen, système de népotisme au centre duquel se trouve la monarchie, se prélassent dans la corruption, que les «  siffonneurs  » au pouvoir qui pillent les caisses collectives soient bien protégés par un système politique fait d’allégeances, ce n’est pas le problème. Le problème c’est que les salaires des fonctionnaires sont trop lourds pour les caisses de l’État.

Un plan de départs anticipés dans la fonction publique mis en œuvre dès 2002 a été jugé insuffisant. La solution  ? Depuis 2016, le ministère de l’Enseignement n’embauche plus les enseignant·es après la réussite aux concours. Il délègue cela aux académies régionales, dont les salarié·es … n’ont pas le statut de fonctionnaire  

À décision radicale, plan d’action brouillon. Pour pallier l’absence de cadre légal gérant ces nouvelles et nouveaux salarié.es, une décision conjointe avec le ministère des Finances est publiée… en français, donc non imprimée dans le Journal officiel dont la langue officielle est l’arabe. Ce qui prive les signataires du contrat et futur·es enseignant·es de toute référence légale décrivant leur statut. Ce n’est qu’en septembre 2018 que ce vide est comblé. Mais les promotions de 2016 et 2017, refusant de signer le nouveau régime, restent sans cadre de référence.

La réalité est sans appel  : des classes avec plus de 70 élèves de l’enseignement public, des enseignant·es de sciences faisant en plus des cours de langues et une contractualisation abusive faisant craindre un futur peu reluisant pour toute une jeunesse. 

Manifestation des enseignant.es contre la contractualisation forcée
Attac Maroc

«  Enseignant·es sous contractualisation forcée  », ainsi se sont définis les enseignant·es qui mènent depuis 2016 des luttes massives, jalonnées de grèves et de manifestations devant le ministère de l’Enseignement, la dernière ayant eu lieu en mars dernier.

Privatisation des terres

Au Maroc, 4 millions d’hectares [1] appartiennent collectivement aux tribus. La gestion, l’entretien et l’exploitation de ces terres comme bien commun relève d’une collectivisation ancestrale.

Quand la prédation du Makhzen veut élargir ses ressources, l’expropriation de ces terres n’est jamais loin. Si c’est un procédé ancien [2], il a pris des dimensionsravageuses. Le plan Maroc vert [3] a été le moyen légal pour lancer cette accélération, la répression et la violence des expulsions en a été le bras armé. Quand les terres accaparées laissent place à des terrains de golf, résidences de luxe et des plages privées, il n’est plus permis de douter de la criminalité de cette prédation. 

Si le colonialisme français s’est terminé officiellement en 1956 au Maroc, il a laissé derrière lui un excellent élève : le palais, garantissant les liens avec la France et faisant appliquer les politiques du colon à sa propre population : «  la loi qui est utilisée pour exproprier les gens des terres collectives est une loi qui date de 1919. L’une des premières lois que la France a instaurée pour récupérer les terrains au Maroc  », a relevé le journaliste dissident Omar Radi.

Les journalistes qui souhaitent faire entendre la voix des mouvements sociaux au Maroc subissent intimidations et répression. La liste des journalistes emprisonné·es s’allonge en plus de celle des prisonnier·es d’opinion, dont celles et ceux du Rif [4] et de Jerada [5] qui purgent des peines de plus de vingt ans pour beaucoup d’entre eux.

Emprisonnée pour «  avortement illégal  »

Hajar Raissouni, une journaliste ayant couvert le mouvement du Rif a été emprisonnée et condamnée pour avortement illégal et relation sexuelle en dehors du mariage.

En 2019, la journaliste Hajar Raissouni a été condamnée à un an de prisonsous un prétexte :« avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage » !
Amnesty International

Mohammed Boutaam, qui enquête sur la corruption et la mafia immobilière s’est fait arrêter le 4 mai, puis libéré sans poursuite le 10 mai sous la pression des réseaux de soutien.

Maati Mounjib, intellectuel reconnu, vivait sans crainte jusqu’à ce que ses déclarations condamnant l’influence des forces de sécurité, fasse tomber le couperet du Makhzen qui le condamne pour fraude et atteinte à la sureté de l’État. Lui faisant dire à sa libération, sans abandon des poursuites  : « aujourd’hui, le Maroc vit sa période la plus autoritaire depuis trente ans. On est revenu quasiment à la situation des années 1980. » [6] Ce Franco-Marocain n’a pas été soutenu par Paris. 

Souleiman Raissouni, journaliste au quotidien arabophone Akhbar Alyaoum et oncle de Hajar Raissouni, est emprisonné depuis mai 2020. Il a mené une grève de la faim de plus de cinquante-sept jours.
Omar Radi, journaliste d’investigation qui a enquêté sur les expropriations des terres collectives est en prison depuis juillet 2020. Il a mené une grève de la faim de vingt-deux jours.

Omar Radi, Soulaiman Raissouni comme le fondateur d’Akhbar Lyaoum Taoufik Bouachrine, ont eu, ou ont le viol parmi leurs chefs d’inculpation. Sur ce sujet, comme le dit très bien Abou Bakr Jamaï, la question n’est pas  : « de dire aujourd’hui qu’ils sont innocents. C’est de dire que la probabilité qu’ils aient droit à une procédure judiciaire juste est extrêmement ténue » [7]

Acharnements et emprisonnements contre les journalistes, privatisations tous azimuts, répression des mouvements sociaux, maltraitance des migrant·es etc. Le pouvoir marocain se trouve au final en avance sur celui francais. Ici avec la loi dite «  sécurité globale  », les pressions sur les journalistes et le déni des droits des citoyen·nes  ; la loi dite «  contre les séparatismes  » qui musèle le monde associatif et discrimine les musulman·es  ; les interdictions de manifestations  ; la casse du service public  ; des militaires aux envies putschistes, le pouvoir français suit visiblement les pas du Makhzen marocain. Celui-ci sera ravi de partager son savoir-faire ancestral en termes de despotisme et de prédation.

Marouane Taharouri (UCL Naoned)




Source: Unioncommunistelibertaire.org