Marixol a été livrée à ses bourreaux espagnols… Marixol pour quelques Basques de la montagne, c’est Maixol. Comme pour son fils, Mickel son compagnon ainsi que pour Thyde et Jean-Marc qui signent le coup de gueule ci-dessous (bernard CRML)

Ho hé, les grandes gueules !

Maixol Iparragirre Guenechea avait 20 ans en 1981. Elle avait un fiancé qui était membre d’ETA. Il fut tué en mars de cette même année lors d’un affrontement avec la police. Pour avoir hébergé son chéri, Maixol fut arrêtée par la police espagnole, et relâchée quelques jours plus tard après avoir été torturée à mort. Nous vous épargnerons les détails. Comme Lucky Luke, la police espagnole tire d’abord et pose les questions, ensuite. La suite, sa fuite en France, son adhésion à ETA, la clandestinité… étaient prévisibles.
Maixol a été arrêtée en octobre 2004 à Salies de Béarn (Sud-ouest de la France) avec son compagnon, Mikel Albisu Iriarte, et leur fils, âgé de 8 ans. Nous fûmes arrêtés par la police anti-terroriste dans la foulée, pour avoir, pendant trois ans, scolarisé le fiston (à l’école libertaire Bonaventure) et l’avoir hébergé (chez nous). L’école catholique de Salies, où il était scolarisé au moment de l’arrestation de ses parents, ne fut pas inquiétée. Cherchez l’erreur !
Après 8 ans d’instruction, Maixol et Mickel ont été condamnés à 20 ans (pour avoir dirigé une entreprise à vocation terroriste) avec une peine de sûreté des deux tiers. Rappelons que l’Europe considère qu’au-delà de 5 ans d’instruction, les présumés innocents doivent être relâchés. Mais cette décision de l’Europe n’est assortie d’aucune sanction autre que financière. Donc, la France paye et se contre fout des décisions de l’Europe. Là encore, cherchez l’erreur ! Cerise sur le gâteau, malgré huit ans d’instruction menée de concert par la justice française et espagnole, aucune action sanglante ne leur avait été imputée directement. Ces deux « justices » ne passant pas pour laxistes, qui oserait remettre en doute leur pugnacité ?

À l’issue de sa peine de sûreté, 15 ans, Mickel a été envoyé en Espagne pour… Deux policiers l’ont accueilli à l’aéroport et l’ont laissé libre. Nous l’avons rencontré fin août, au col de Roncevaux, ça ne s’invente pas.

À l’issue de sa peine de sûreté, 15 ans, Maixol a été envoyée en Espagne pour… Des policiers l’attendaient à l’aéroport et ne l’ont pas laissée libre. Direction la prison bidule de Madrid. Elle est à l’isolement depuis le 11/09/2019. Présentation à un juge bidule de… En clair, Maixol va être rejugée par l’Espagne. En encore plus clair, la grande France des droits de l’homme, cinquième puissance mondiale, accepte qu’un petit pays, l’Espagne, revienne sur une décision de la grande justice française. Le deal, mercantile, est clair, c’est ça ou pour vous acheter ceci ou cela, il faudra voir. Beurk ! L’issue est vraisemblable. Maixol va prendre lourd sur la base de rien sauf des aveux arrachés récemment sous la torture. Comment çà, l’Espagne pratiquerait la torture, encore aujourd’hui ? Comme la France pendant la guerre d’Algérie ? Et vous n’étiez pas au courant ? Le général de La Bollardière, un gauchiste de cette vieille noblesse ayant encore des valeurs, lui, oui. C’est pour cela qu’il a démissionné tandis que, vous… ?

Vous, jadis, à l’instar de quelques grandes plumes d’un journalisme digne de ce nom, vous avez fait votre boulot. Celui d’informer et de s’indigner.
Les temps changent. Surtout le temps. Sauf celui de Trump et consort, et celui d’un capitalisme totalitaire et suicidaire. Et puis, après tout, c’est qui cette Maixol ? Une femme, une basque, qui se bat pour que son pays puisse être libre, parler sa langue, produire une culture socialiste internationaliste, vivre en paix… Après tout, c’est qui notre camarade et ami Jakès (un basque français, pardon, du nord) qui en est à 30 ans de prison à l’île de Ré pour avoir, en Espagne, sans preuves aucune que – là encore des aveux arrachés sous la torture – fait œuvre d’anti fascisme ? C’est qui Georges Ibrahim Abdallah, ce camarade et ami palestinien qui en est à 35 ans de prison pour des attentats dont on a la preuve qu’ils ont été commis par d’autres mais qui a le tort d’être communiste et membre du FPLP, Front populaire de libération de la Palestine ? C’est qui Xistor et combien d’autres encore ? Que des POLITIQUES. Pas des voleurs de poules. Cela fait beaucoup de questions. Sans vouloir vous offenser, nous autres, résistants de la première heure (pas de la 25ème), petits militants, petits journalistes, petits… n’avons jamais cessé de dire et de vous dire…

Nous vous épargnerons l’historique d’ETA, le coup d’État du fasciste Franco qui, en 1936, s’est insurgé contre le verdict des urnes en faveur de la république du front populaire espagnol, nous vous épargnerons une mauvaise conscience à propos de l’aide militaire d’Hitler (Guernica, la légion Condor, remember), et du Duce. Nous vous épargnerons cette honte du refus de la France à fournir des armes (payées par la république espagnole) au nom de la non intervention dans le conflit espagnol. Nous vous épargnerons cette infâmie qui NOUS a vu sabler le champagne lors de l’envoi en enfer de Carrero Blanco, le premier ministre de Franco. Nous vous épargnerons le procès de Burgos, les GAL, 87 morts (en France) au compteur orchestrées par la police espagnole (sous gouvernement socialiste), les enlèvements, les tortures, les mises en morceaux dans des tombes de hasard, les mises en morceaux dans des lits de chaux vives, les « retrouvailles » d’un disparu, un an plus tard, dans une morgue de Toulouse …, deux flics espagnols s’étant enfuis en toute hâte un an plus tôt en laissant leurs pétards dans une chambre d’hôtel, on les connaît, mais ils courent toujours. Sérieusement, vous ignoriez tout cela !

Nous vous épargnerons, également, l’évidence des faits. ETA a abandonné la lutte armée il y a une dizaine d’années. Aucun attentat commis depuis lors. ETA a remis ses armes publiquement en 2017. ETA s’est auto dissoute en 2018. Mickel et Maixol sont de ces dirigeants d’ETA qui ont œuvré pour un processus de paix qu’ils ont mis en acte de manière unilatérale, sans condition aucune. Alors, pourquoi ? Pourquoi la France qui a libéré très vite les fascistes de l’OAS, qui, sous un gouvernement socialiste (encore !) a accepté que ces militaires fascistes bénéficient d’une reconstitution de carrière avant la retraite, refuse la paix qu’ETA, seule, a mise en œuvre ? Rapprocher les prisonniers du pays basque, libérer les malades, libérer les longues peines en leur offrant une liberté conditionnelle…  honorerait la France. Et les médias qui se battraient pour que cela soit.

Ohé les grandes gueules ! Les moyennes gueules et les petites gueules de médias de plus en plus déconsidérés ! Peut-être que ce serait bien que, en toute liberté de critique, tout camp confondu, vous ajoutiez à votre devoir d’information celui d’un engagement non partisan en faveur de la PAIX. Remember Émile Zola et son « J’accuse » ! Merci de ne pas le décevoir !

Le sans date de tous les espoirs.

Jean-Marc Raynaud et Thyde Rosell


Article publié le 16 Sep 2019 sur Monde-libertaire.fr