Mars 15, 2022
Par Cerveaux Non Disponibles
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Retour sur le fĂ©minicide politique d’une figure noire de l’opposition brĂ©silienne.

Il y a 4 ans, le 14 Mars 2018, Marielle Francisco da Silva, dite Marielle Franco, meurt abattue par 4 balles dans la tĂȘte, ainsi que son chauffeur Anderson Gomes au volant de sa voiture


Marielle Franco, était sociologue, militante des droits humains, membre du PSOL (parti socialisme et liberté), présidente du comité des femmes, conseillÚre municipale de la ville de Rio. Elle était impliquée sur tous les fronts : antiracisme, contre la négrophobie, féminisme, droits des LGBTQI+, contre les violences policiÚres et perpétuées par les milices, opposée aux inégalités sociales, aux conditions de vie dans les favelas (ghettos brésiliens) et la corruption. Elle avait proposé 16 projets de loi et était arrivée 5Úme aux élections municipales pour sa premiÚre candidature.

Noire et lesbienne, s’identifiant comme bisexuelle et se dĂ©finissant comme « femme noire de la favela Â», elle a Ă©tĂ© ciblĂ©e par une violence extrĂȘme Ă©manant de tous les clans conservateurs du centre-droit Ă  l’extrĂȘme droite, y compris aprĂšs son meurtre.

Le pouvoir blanc, raciste, libĂ©ral et misogyne ne la supportait pas et voyait en elle une ennemie redoutable. Le courage et la force de Marielle leur faisait peur, elle Ă©tait la figure d’un renouveau militant prĂȘt Ă  tout pour amĂ©liorer les choses sur tous les fronts. Elle gĂȘnait en dĂ©nonçant tous les abus de pouvoir et scandales de corruption : police, foncier


Son assassinat avait suscitĂ© une vague d’indignation et de colĂšre Ă  travers tout le BrĂ©sil, qui encore maintenant, rĂ©sonne auprĂšs d’une partie importante de la population.

Elle n’avait cessĂ© de dĂ©noncer les exactions particuliĂšrement graves des policiers, de l’armĂ©e et des milices dans les favelas. Ces groupes, composĂ©s d’agents de sĂ©curitĂ©, de policiers et militaires en service, exclus ou retraitĂ©s.

Ils ont assassinĂ©s des milliers de personnes dans les favelas et se livrent Ă  des rackets des habitants ainsi qu’à des assassinats. Pour la seule annĂ©e 2019, le rapport de Coalition SolidaritĂ© BrĂ©sil, fait Ă©tat de de 6000 personnes tuĂ©es par la police, dont prĂšs de 80 % sont des personnes noires (source Bastamag).

C’est une vĂ©ritable mafia protĂ©gĂ©e par le prĂ©sident qui contrĂŽlerait aujourd’hui un tiers de la capitale brĂ©silienne : eau, gaz, Ă©lectricitĂ©, accĂšs Ă  la TV et internet, racket des vendeurs ambulants et des commerces


Les milices sont les hĂ©ritiĂšres dans l’idĂ©ologie et la pratique, des escadrons de la mort, en place durant la dictature brĂ©silienne et un peu partout en AmĂ©rique du Sud global (Colombie, Salvador, Uruguay, Honduras
).

Le 19 Mars 2019, un an aprĂšs ce meurtre, les meurtriers finissent par ĂȘtre identifiĂ©s et arrĂȘtĂ©s : Ronie Lessa, un policier militaire Ă  la retraite (le tireur), et d’Elcio Vieira de Queiroz (le chauffeur), Ă©galement ancien policier.

Toutefois, pour le moment, personne n’a pu prouver qui sont les commanditaires, il aura fallu attendre plus de trois ans pour que les clĂ©s USB, contenant plus d’un millier d’archives soient remises par un commissariat au ministĂšre. Selon le procureur en charge de la lutte contre le crime organisĂ©, «l’assassinat a Ă©tĂ© mĂ©ticuleusement planifiĂ© pendant les trois mois ayant prĂ©cĂ©dĂ© le crime» (Source LibĂ©ration).

De nombreuses pistes mĂšnent sans surprise au clan de l’actuel prĂ©sident ouvertement fasciste, JaĂŻr Bolsonaro. Des accusations laissent Ă  penser que lui, son fils et son clan pourraient ĂȘtre directement impliquĂ©s.

On dĂ©couvrira que le tireur Ă©tait voisin du prĂ©sident brĂ©silien et que sa fille Ă©tait en couple avec un des fils du prĂ©sident, quant au chauffeur on l’aperçoit faire un selfie avec.

CoĂŻncidences ? Reste que le fils de JaĂŻr Bolsonaro a toujours plaidĂ© en faveur de la lĂ©galisation des milices. Plus “troublant” : l’assassinat de Adriano MagalhĂŁes da NĂłbrega, ancien policier commanditaire d’une milice qui aurait menĂ© directement au clan du prĂ©sident brĂ©silien avec qui il Ă©tait en lien, plus particuliĂšrement son fils Flavio qui avait embauchĂ© sa mĂšre. Tous sont nommĂ©s dans un autre scandale impliquant le prĂ©sident, sa famille et un flic ripou : affaire Queiroz.

Il a aussi Ă©tĂ© prouvĂ© que les balles utilisĂ©es provenaient du mĂȘme lot vendu en 2006 Ă  la police de Brasilia, que celles d’un autre assassinat ciblĂ© de 17 personnes en 2015 par des miliciens : « les cartouches utilisĂ©es pour assassiner l’élue et son chauffeur proviennent d’un lot de munitions qui appartenait initialement Ă  la police fĂ©dĂ©rale et qui a Ă©tĂ© dĂ©tournĂ© Ă  des fins criminelles Â» (Source Amnesty International)

Les combats de Marielle sont ceux qui animent les activistes du monde entier.

Sa force et sa détermination doivent continuer à nous inspirer et son nom doit continuer à résonner 4 ans aprÚs ce crime odieux en espérant que toute la justice soit faite.

Nous rappelons aussi qu’à Paris, rue d’Alsace dans le 10Ăšme arrondissement, un jardin public porte son nom Ă  la suite d’une volontĂ© et d’un travail Ă©mis par des activistes en lien avec sa famille.




Source: Cerveauxnondisponibles.net