Mai 3, 2022
Par Le Monde Libertaire
163 visites

La vie matérielle de Marguerite Duras

Avec Catherine ARTIGALA
Mise en scĂšne William MESGUICH
Adaptation de Michel Monnereau
Création lumiÚre : William Mesguich
Création sonore : Matthieu Rolin
Costume : Sonia Bosc

Avez-vous lu DURAS ? Le spectacle La vie matĂ©rielle conçu par Michel MONNEREAU qui a fait un travail remarquable d’adaptation du recueil Ă©ponyme des entretiens de Marguerite Duras avec le journaliste JĂ©rĂŽme BEAUJOUR, paru en 1987, projette d’emblĂ©e les spectateurs dans une sorte de montagne Duras non point inaccessible mais intrigante, qui plante le dĂ©cor, celui d’une solitude ivre.

C’est une femme assurĂ©e de son prestige qui s’exprime, elle a intĂ©riorisĂ© sa notoriĂ©tĂ©, sorte de pied de nez Ă  une petite fille qu’on imagine timide, Ă©bahie devant sa mĂšre « ogresse » guerriĂšre impĂ©nitente qui s’est battue contre vents et marĂ©es pour survire avec ses 3 enfants (cf. (Un Barrage contre le Pacifique) cette mĂšre qu’elle dit folle).

Elle est un personnage. Il n’y a pas de limites pour un personnage sauf, allez savoir, lorsque la bougie vacille sous l’influence de l‘alcool. Se serait-elle reconnue si elle s’était rencontrĂ©e par hasard ? Dans ces entretiens elle donne toujours l’impression de se projeter dans quelque chose qui la dĂ©passe. Et c’est ce sentiment de dĂ©passement qui confine Ă  l’émerveillement qui la rend terriblement touchante.

Est-il encore possible de se rappeler la parfaite petite fille inconnue, Ă©trangĂšre parmi les indigĂšnes serviteurs de sa mĂšre lorsqu’on s’appelle Duras. Parce qu’elle s’appelle Duras, des inconnus la recherchent, s’approchent d’elle et elle reconnait parmi eux Yann ANDREA.

Peut-on juger un personnage ? Nenni. Duras personnage, actrice se donne Ă  ceux qui lui tendent la perche. Elle se donne Ă  elle-mĂȘme aussi avec une sorte d’espiĂšglerie. C’est un jeu ; on la croirait Ă  la marelle en train de lancer des cailloux ou des galets pour jeter un sort aux cases de souvenirs. Elle a le geste sĂ»r ce qui lui permet ensuite de cĂ©der Ă  l’exaltation.
Bizarrement, il semble qu’il ne soit pas nĂ©cessaire d’avoir lu Duras ou vu un de ses films pour l’entendre dans ce spectacle. Duras interprĂ©tĂ©e par Catherine ARTIGALA fait penser Ă  une hĂ©roĂŻne de tragĂ©die, elle est une ogresse comme sa mĂšre qui s’assume comme telle. N’a-t-elle point accouchĂ© au rĂ©el, au thĂ©Ăątre, au cinĂ©ma de tant de personnages dont elle a soulignĂ© la dĂ©tresse, la folie. Quant Ă  l’Amour toujours avec un grand A, c’est le point culminant d’une rĂȘverie, celle de la musique d’India song.

Oui alors, il faut peut-ĂȘtre avoir lu Duras pour la comprendre.

William MESGUICH
est certainement imprégné par cet univers accueille Marguerite Duras avec une mise en scÚne discrÚte et chaleureuse.

Catherine ARTIGALA ressemble physiquement Ă  Duras sexagĂ©naire mais c’est surtout sa prĂ©sence qui impressionne. Elle incarne justement une Ă©crivaine pour laquelle « Le dire » importe plus que la vĂ©racitĂ© des faits. Comme si sans passion, il n’y a pas d’évocation possible. La parole travestit la rĂ©alitĂ©. Duras est bien plus romanciĂšre que journaliste. Elle ne tricote pas, elle orchestre.

BĂȘte de scĂšne, magnifique croqueuse de mots, croqueuse de vie, Catherine ARTIGALA livre les souvenirs de Duras, bec et ongles tendus pour en dĂ©coudre avec le rideau sale de la rĂ©alitĂ©, pour chasser les nuages, retrouver devant elle et chez l’autre le bonheur d’exister.

Le 4 Mai 2022
Evelyne TrĂąn

Au THÉÂTRE DU GYMNASE MARIE BELL, 38 Bd de Bonne Nouvelle 75010 PARIS
Du 21 Avril au 22 Mai 2022 – jeudi Ă  19h30 et le samedi- dimanche 17h00 –




Source: Monde-libertaire.fr