Information libre et actualisations sur ce qu’il se passe, lundi 21 octobre à l’heure de commencer la grève générale au Chili.

Président Piñera : « Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne, prêt à utiliser la violence et la délinquance sans aucune limite, y compris quand cela signifie la perte de vies humaines, prêt à brûler nos hôpitaux, nos stations de métro, nos supermarchés, avec pour unique objectif de produire le plus grand dommage possible à tous les Chiliens : ils sont en guerre contre tous les Chiliens de bonne volonté, qui voulons vivre en démocratie, en liberté et en paix. »

« Nous sommes en guerre ». C’est ainsi que le président Sebastián Piñera décrit la situation du Chili, dimanche passé autour de minuit. Lors d’une conférence de presse retransmise au niveau national, rappelant ainsi les temps obscurs de la dictature de Pinochet, et utilisant les mêmes mots.

Ces derniers jours, des militaires et des civils armés se sont déployés dans tout le territoire, tout comme les couvre-feux pour restreindre les droits de réunion et de libre circulation des citoyennes et citoyens. Selon les chiffres officiels, on compterait 10 (17) personnes dont les morts sont confirmées par le gouvernement.Toutes auraient été selon les paroles « officielles », « calcinées lors d’incendies ayant eu lieu après des pillages », argument qui génère des doutes au sein de la population, vu que des militaires ont été filmés en train de tirer sur des personnes sans que l’on sache ce qu’elles sont devenues. En outre, on compte d’autres cas d’assassinats de la part des forces armées. Dans la ville de Coquimbo, un équatorien participant aux manifestations a été tué d’une balle dans la tête.

L’institut national des droits humains, l’institution chargée de veiller au respect de ces droits humains fondamentaux et dont le travail est d’observer et de dénoncer les excès sur le territoire, à la fin de la journée de dimanche partageait les chiffres suivants :

283 personnes détenues, 44 blessées, (dont 9 graves) 9 personnes dénudées lors de procédures policières, et l’annonce du dépôt de plaintes pour violences policières. Ces chiffres ont été donnés par le directeur de l’organisation Sergio Micco, dans un rapport sur les journées de protestations qui ont commencé jeudi dernier dans la capitale et qui se sont étendues dans les régions.

Des 283 personnes détenues, 151 sont des hommes, 61 des femmes et 71 des enfants, garçons ou filles, et/ou des adolescents et adolescentes. Selon les témoignages recueillis par les professionnels de l’institut, les personnes détenues dénoncent un usage démesuré de la force au moment de l’arrestation, des brimades envers les enfants, des mauvais traitements, des coups au visage et dans les muscles, des sévices sexuels… Les manifestations s’étendent au pays depuis le 18 octobre et l’augmentation du prix des transports publics fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Le Chili est un pays avec une énorme fossé qui sépare les riches des pauvres. Le coût de la vie est similaire à celui de l’Europe, mais le salaire minimum n’atteint pas les 400 euros. Il s’ajoute par ailleurs à cela le fait que le système des retraites fut privatisé sous la dictature du général Pinochet, et qu’actuellement, un professeur par exemple, ayant travaillé toute sa vie, peut aspirer à une retraite de moins de 300 euros par mois.

Comme si cela ne suffisait pas, l’éducation et la santé sont elles aussi gérées par des privés, de même que l’accès à l’eau. Ainsi, les cours d’eau se vendent au plus offrant. « Le Chili est une oasis » affirmait le président Sebastían Piñera, quelques jours avant le début des révoltes. Il lui faudrait expliquer que cette oasis n’existe que pour les entreprises et les multinationales qui s’enrichissent au prix d’une énorme masse d’exploitées et d’exploités. Au niveau mondial et selon les données de la OIT (Organisation internationale du travail) et de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique), le Chili fait partie des dix pays où les heures de travail sont les plus importantes par jour. Et jusqu’à il y a quelques semaines, l’un des débats les plus durs au parlement était celui de la diminution du temps de travail à 40h par semaine. Proposition à laquelle s’est catégoriquement opposé le patronat, argumentant un frein à la croissance de l’économie du pays.

Ces chiffres se confrontent aussi à la réalité, car aucune sécurité n’est assurée aux personnes qui questionnent cette réalité chilienne.

Au sud du territoire, le peuple Mapuche résiste à l’impact environnemental et territorial généré par les barrages, les industries forestières et les extractions minières. Raison pour laquelle en 2016, l’activiste Macarena Valdés fut pendue devant ses enfants, accrochée à une poutre par des assassins contractés par la transnationale RP GLOBAL..

Ce cas est connu en tant que premier féminicide commercial, et jusqu’à aujourd’hui, il n’existe aucune poursuite judiciaire. Les assassinats s’accumulent et se poursuivent les uns après les autres. Par exemple l’assassinat, mondialement relayé, de Camilo Catrillanca en 2018 par la police, qui nia toute responsabilité jusqu’à ce que des vidéos démontrent que ce fut un assassinat de sang froid, durant lequel des policiers cachés lui tirèrent dans la tête alors que Catrillanca conduisait un tracteur.

Tout cela en présence d’un mineur qui voyageait avec lui dans le camion, pouvant témoigner de l’assassinat.

Juan Pablo Jimenez, leader syndical de l’entreprise AZETA, fut retrouvé le 21 février 2013 dans son bureau avec une balle dans la tête qui, selon la police, viendrait d’une balle perdue provenant d’une distance d’1 kilomètre et 35 mètres avant qu’elle ne se loge dans la tête du dirigeant syndical. Cette thèse fut complètement écartée avec les années mais la situation n’a jamais été éclairée pour autant.

Des protestations dans la zone centrale du pays ont également été systématiquement et lâchement matées par les gouvernements chiliens. C’est le cas de Petorca et les menaces de mort adressées à Rodrigo Mundaca, dirigent de Modatima, une organisation qui a pour objectif de transformer l’eau en un bien public non privé. La dernière menace de mort a été reçue après avoir reçu un prix dans la ville de Nuremberg pour avoir visibilisé cette problématique mondialement.

Actuellement, Mundaca se trouve dans un abri sûr. Le dirigeant des pêcheuses et pêcheurs artisanaux n’a pas eu la même chance. Ils et elles protestaient contre la pollution de la baie de Quinteros, surnommée « Zone de sacrifice environnemental », retrouvé pendu à la la grille de l’une des principales rues de la ville de Valparaíso après les manifestations dans cette ville. La conclusion de la police a propos de la mort d’Alejandro Castro a de nouveau été le suicide, bien que toutes les preuves démontrent le contraire. Il existe de nombreux autres cas.

Au Chili, on te tue parce que tu proteste. Le but de ces quelques mots est de pousser à porter une réelle attention et à se solidariser avec le peuple chilien, les enfants, les femmes et les plus anciens qui prennent aussi part à ces groupes massifs de gens qui osent remettre en cause le couvre-feu imposé, en se retrouvant sur les places, dans les rues de leur quartier, pour faire entendre leurs casseroles.

Là où existe de la misère, il y aura des rébellions, et il semble à présent que l’expérimentation néolibérale chilienne ait atteint un point d’ébullition. Tandis que le gouvernement parle de pillages organisés par des « antisociaux », les récits populaires et quotidiens disent tout à fait le contraire.

« Salut mon pote, je t’envoie ce message parce qu’aujourd’hui, il y a eu une révolte dans mon quartier, on a foutu le feu à la rue et on est entrés dans le Líder (supermarché) pour foutre le bordel. Et tu sais ce que j’ai volé ? Je l’ai pas volé, je l’ai sorti. Du détergent, weon. Parce que j’allais acheter des fringues à deux balles dans la rue, et j’en ai marre de ne pas avoir de fric. J’ai volé un max de détergent, et j’ai une énergie en moi, une rage, mais aussi de la joie, weon, et je voulais t’envoyer ce message. Je pense à toi. Aide-nous à rendre ça viral de là où tu es. »

Ci-dessous, une liste de médias libres qui ne modifient pas leurs informations et qui tentent de renverser le blocus médiatique imposé par les médias officiels. Informez-vous aussi auprès des chaînes organisées par les médias libres sur tout le territoire.

Radio Universidad de Chile, Radio Valentín Letelier, Radio Humedales, Radio Placeres, La Radioneta, Radio Manque, Radio Villafrancia, Radio 19 de abril, Prensa Opal, Piensa Prensa, Radio Kurruf, Radio Latue.

Tu peux facilement les trouver sur internet. La presse officielle ment et occulte ce qu’il se passe au Chili. N’en sois pas complice.


Article publié le 23 Oct 2019 sur Mars-infos.org