Janvier 18, 2021
Par Rebellyon
157 visites


La préfecture dit vouloir respecter notre droit à manifester.

On n’est pas pressé de voir le jour où elle assumera officiellement de ne plus le faire.

➡ Comme dans plus de 80 villes partout en France, le collectif NON à la loi « sécurité globale » organisait une nouvelle manifestation à Lyon, ce samedi 16 janvier.

➡ Pour nous opposer à la dérive autoritaire d’un pouvoir qui attaque nos libertés fondamentales avec ses projets de lois et décrets de surveillance généralisée et pour réclamer justice pour les victimes des crimes sécuritaires, nous appelions à nouveau chacune et chacun à descendre dans la rue.

Pres de 5000 lyonnais ont encore répondu à l’appel.

➡ Pour permettre au plus grand nombre de participer, nos évènements sont toujours déclarés. Ceci pour prendre en compte une triste réalité ; les gens ont peur de venir manifester ! Et tenter au mieux de rassurer.

Et ce ne sont pas les bris de quelques vitrines bancaires ou panneaux publicitaires qui effraient, aucun tag n’étant jamais revenu matraquer personne, mais bien la gestion des manifestations par les autorités et leurs méthodes de « maintien de l’ordre ».

➡ Lors des échanges préalables avec la préfecture, un parcours initial était annoncé.

Départ de l’IGPN à Villeurbanne, étape devant le Tribunal de Grande Instance et arrivée au palais de justice des 24 colonnes. Nous entendions ainsi illustrer symboliquement nos raisons de manifester et des prises de paroles des collectifs présents étaient prévues.

La préfecture a refusé le passage devant le TGI et l’arrivée devant le palais de justice, a modifié le parcours sur une bonne moitié du trajet, pour imposer une fois de plus de terminer sur la place Bellecour.

Trois jours avant l’évènement, c’est le départ de l’IGPN qui est repoussé, d’où le rendez-vous décalé de 200m.

Les autorités transforment ainsi de bout en bout notre projet et déclarent même sans rire dans un mail, « concilier ainsi votre liberté de manifester, ainsi que la préservation des libertés individuelles et la sécurité des citoyens. »

Ainsi soit-il !

➡ Hier après-midi, les opposants se retrouvent à l’heure du rendez-vous.

Dans une ambiance détendue, arrivent les amis d’ATTAC, de la LDH, de Fakir et du CNNR, les comités de liaison contre les violences policières et de justice pour Medhi, Joail, Lakdhar et Pierre.

Toujours présents aussi, les copains d’Alternatiba, d’ANV, d’YFC Lyon sont venus. Et l’intersyndicale des journalistes CFDTCGTFOSNJ, Solidaires et le Club de la Presse de Lyon.

Plusieurs élus aux écharpes tricolores étaient aussi présents, sans oublier les Gilets Jaunes de Lyon et environs, toujours là .

Quelques sound-systems nous rejoignent pour marquer le soutien aux organisateurs de la fête du nouvel an à Rennes, encore une fois éhontément utilisée par le ministère de l’intérieur pour servir sa communication sécuritaire.

Ce monde, comme celui des quartiers populaires, subit la répression depuis de nombreuses années. Nous avons une pensée pour Steve Maïa Canico, noyé après une charge policière à Nantes lors de la fête de la musique 2019.

Les prises de paroles commencent à 14h30 selon l’horaire prévu, puis le cortège s’élance à 15h, en musique et dans l’effervescence joyeuse de revendications légitimes. La Brigade Activiste des Clowns BAC 69, libère les sourires, parodie des scènes de violences policières et d’obstructions de la liberté de filmer les FDO. Mais c’était oublier un peu vite une chaîne de décision de la sécurité publique, qui souhaite surtout que chacun reste chez soi et se tienne bien sage.

Très rapidement la police prend prétexte de quelques projectiles et dégradations entrainant les premiers heurts et nuages lacrymogènes. La marche reprend son cours. Pas pour longtemps. Forces très proches du cortège et nouveaux heurts suffisent pour déclencher à nouveau d’intenses gazages, semant la panique et la colère parmi les participants, qui ne comprennent pas d’être repoussés en masse et pris pour cibles.

➡ Finalement, à peine 1h30 après son départ et au quart du parcours, les organisateurs sont informés par téléphone que la manifestation est terminée et va être dispersée par les « forces de l’ordre ».

Nouveaux gazages massifs et les participants, sommés de faire demi-tour, seront repoussés sur plus de 500 mètres vers Charpennes, presque à la case départ.

Les street-medics ont à ce moment-là assisté de nombreuses personnes souffrant d’exposition trop forte aux gaz. Nausées, toux et cris de rage de subir gratuitement les brûlures lacrymogènes sont souvent entendus.

Dans la confusion, la colère et parfois la panique, la manifestation se disloque et les derniers participants sont chassés des Charpennes par des agents très agressifs.

L’explication fournie par les autorités ou les commissaires sur place seront simplement de trop nombreuses violences envers les policiers. Cependant, nous avons constaté une manifestation bien plus calme que les samedis précédents et aucun policier n’est signalé blessé.

Côté manifestants, nous attendons le bilan des street medics…voici le compte rendu d’une seule équipe de street médics : Il resense 13 bléssé·e·s [1]

Nous avons pu observer de nombreux blessés, dont des photographes et journalistes indépendants encore visés lors des charges policières.

⚫️ Ainsi s’est terminée cette marche des libertés et des justices

En tant que collectif organisateur, nous tenons à exprimer quelques considérations suite à ces évènements.

➡ Tout d’abord, les libertés et la justice sont en net recul et c’est de plus en plus manifeste.

➡ Ensuite et nous sommes dans le coeur de nos préoccupations, nous dénonçons une évolution vers plus de suspicion et de brutalité sur les questions de sécurité.

Percevoir des manifestants comme une foule hostile à repousser, est une approche dangereuse pour tous, quand nous ne sommes pas clairement attaqués.

Nous rappelons l’équipement et l’armement déjà conséquents des forces de l’ordre, leurs usages maintes fois problématiques, face à des personnes très majoritairement calmes, pacifiques et équipées de leur seule détermination à encore revendiquer dans la rue.

Depuis de trop nombreux mois, un changement de doctrine du maintien de l’ordre est à l’oeuvre, qui nous précipite vers un retour de l’arbitraire.

➡ Egalement, nous doutons fortement de la volonté de la préfecture à préserver notre liberté de manifester et avons même le sentiment que la journée a été sabotée.

Les quelques dégradations légères observées sont courantes et ne justifient pas l’interruption d’une manifestation déclarée. La dernière entrave similaire observée à Lyon, remonte à mai 2019 sur une manifestation nationale des gilets jaunes, elle aussi stoppée aux mêmes motifs futiles et brutalement dispersée.

➡ Nous nous interrogeons sur un rapport possible entre cette interruption et la visite du premier ministre Jean Castex, ainsi que sur l’incapacité des forces de l’ordre à interpeller la poignée de manifestants qu’elles pourraient avoir dans le viseur préférant stopper et gazer plusieurs milliers de personnes. L’occasion était belle pour bloquer la manifestation loin du centre ville et finalement, nous avons le sentiment que les autorités n’ont pas osé interdire explicitement l’évènement, préférant malmener les participants pour obtenir un prétexte à une interruption.

L’immense majorité des participants ayant subit les agressions gazeuses et coups de matraques lors des charges intempestives ne sont coupables d’aucun délit et au contraires victimes de mises en danger répétées et ces pratiques courantes deviennent insupportables.

➡ Pour terminer sur une autre question préoccupante, nous vous invitons à constater la dégradation de l’information dans notre pays en comparant les approches des 3 articles en lien ci-dessous.

D’une part, le journalisme de préfecture avec Le Progrès et Lyon Mag. Ceux-là légitiment le discours officiel et rendent invisibles les objets des contestations en se focalisant sur des « débordements », qu’ils ne prennent d’ailleurs jamais la peine d’analyser.

D’autre part, Rue89 qui produit un article équilibré et honnête sur l’après-midi. Nous les en remercions.

👉Liens vers les articles :

- Le Progrès :

https://www.leprogres.fr/…/manifestation-securite-globale-1…

- LyonMag :

https://www.lyonmag.com/…/lyon-1300-personnes-pour-la-march…

- Rue89 Lyon :

https://www.rue89lyon.fr/…/a-lyon-la-marche-des-libertes-s…/

👉Enfin, sans être de fidèles paroissiens pour nombre d’entre nous, nous citerons cette réflexion de Dom Helder Camara, évêque catholique brésilien, archevêque d’Olinda et Recife de 1964 à 1985 :

« Il y a trois sortes de violence.

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »




Source: Rebellyon.info