Janvier 17, 2022
Par Basse Chaine
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Contre la spĂ©culation et l’accaparement, soyons nombreux

et nombreuses pour remettre la terre en commun !

https://lessoulevementsdelaterre.or…

Contre la spĂ©culation et l’accaparement, reprenons la terre !

À mesure que s’accĂ©lĂšre la dĂ©gradation des conditions de vie sur la planĂšte et la pression sur les ressources, les terres cultivables sont devenues un enjeu stratĂ©gique que le capitalisme s’accapare. Partout dans le monde, paysannes et paysans sont petit Ă  petit dĂ©possĂ©dĂ©-e-s de leur outil de subsistance et de travail.

Nous, paysan-ne-s installĂ©-e-s ou en devenir, citoyen-ne-s en rĂ©sistance pour un monde meilleur, refusons cette situation. Nous portons une vision de la terre libĂ©rĂ©e des intĂ©rĂȘts financiers, dont les usages seraient pensĂ©s collectivement, dans une perspective de souverainetĂ© alimentaire.

Fin janvier, nous dĂ©buterons une occupation de terre dans le Jura. Nous n’acceptons pas que des hectares restent Ă  l’abandon suite Ă  un montage juridique opportuniste laissant entrevoir une juteuse opĂ©ration spĂ©culative.

Notre action s’inscrit dans la durĂ©e. Cet hiver, nous arracherons la terre aux spĂ©culateurs et la prĂ©parerons pour des plantations ce printemps. Nous en revendiquons collectivement le droit.

Des paysan-ne-s en devenir sont prĂȘt-e-s Ă  s’investir sur le long terme et dĂšs le 29 janvier, nous rĂ©flĂ©chirons ensemble aux diffĂ©rentes maniĂšres de les soutenir : matĂ©riellement, financiĂšrement, mais aussi juridiquement et dans la lutte pour asseoir le droit d’usage de ces futur-e-s paysan-ne-s. Se rĂ©approprier collectivement ces terres, c’est dĂ©cider collectivement de leur devenir, sans attendre les dĂ©cisions institutionnelles lointaines ou une nĂ©cessaire mais hypothĂ©tique rĂ©forme agraire.



Infos pratiques :

Logement – Il y a des possibilitĂ©s de loger sur place le vendredi soir ou le samedi soir si vous venez de loin, en Ă©crivant un mail Ă  [email protected]

Co-voiturage – il est possible de s’organiser pour trouver des trajets ou en proposer pour s’y rendre ici : https://www.mobicoop.fr/covoiturages-evenements/1080/29-janvier–Jura—-reprises-de-terres-et-marche-contre-l-accaparement

AssemblĂ©e – A 17h aura lieu une assemblĂ©e pour penser ensemble les suites de la reprise de terres.

Tenue et outils – On vous invite fortement Ă  venir avec des tenues pour le froid, une paire de gants, des outils de dĂ©frichages et sĂ©cateurs



Rendez vous 9h sur le parking en bord de route du rond point de SelliÚres direction Poligny. Vous serez redirigé à partir de là vers des parkings et nous vous indiquerons le point de rendez vous.

Repas de midi tiré du sac, mais de la soupe, des boissons chaudes, du pain et du fromage seront proposés en complément.



L’accaparement foncier en question

L’accaparement : une oppression des peuples

L’accaparement des terres a toujours existĂ©. Le capitalisme y puise ses racines : au travers de la colonisation, des enclosures [1], de la primautĂ© de la propriĂ©tĂ© privĂ©e sur la mise en commun des terres. Au niveau mondial, l’accaparement de terre est massif, par le fait d’États, de multinationales, de fonds spĂ©culatifs ou des rĂ©seaux mafieux. Ceci au profit d’un systĂšme agroindustriel mondialisĂ© absurde qui inondent ici les Ă©levages intensifs de tonnes de soja, ou d’huile de palme pour faire rouler nos bagnoles.

L’accaparement a des consĂ©quences dĂ©sastreuses pour les populations : privĂ©es de ressources de subsistance, elles assistent Ă  la destruction de leurs lieux de vie, des paysages, de la biodiversitĂ©, de leurs cultures. On estime que l’accaparement est l’une des causes majeures de migrations au niveau mondial.

Et en France ?

En France, l’accaparement des terres est un fait. Des outils de protection des paysan-ne-s et de rĂ©gulation du marchĂ© foncier existent pourtant. Dans le sillage du Conseil National de la RĂ©sistance, le bail rural est instituĂ© : le travail paysan est “dĂ©prĂ©carisĂ©”. C’est un bail de long terme, les loyers sont encadrĂ©s publiquement, et le propriĂ©taire, Ă  de rares exceptions, ne peut reprendre la terre avant le terme de l’activitĂ© professionnelle. Dans les annĂ©es 1960, pour accompagner la modernisation agricole, deux outils sont mis en place :

  • le contrĂŽle des usager-Ăšre-s : on s’intĂ©resse Ă  qui cultive la terre et sur quelle surface : au travers d’un rĂ©gime d’autorisations d’exploiter, ce contrĂŽle doit permettre de limiter le cumul d’hectares ;
  • le contrĂŽle de la propriĂ©tĂ© : on s’intĂ©resse Ă  qui vend et achĂšte la terre, c’est la mise en place des SAFER [2] qui contrĂŽlent le marchĂ© des terres agricoles ;

Pourtant, ces deux outils majeurs n’empĂȘchent pas la saignĂ©e paysanne : nous perdons encore prĂšs de 16 000 paysan-ne-s chaque annĂ©e ! Cela rĂ©sulte des politiques agricoles qui poussent les fermes Ă  l’agrandissement. La justification est pernicieuse : la course Ă  la rentabilitĂ© conduit Ă  payer les productions agricoles toujours moins chĂšres, il faut alors toujours plus d’hectares pour vivre ! Dans les campagnes se joue dans le plus grand silence un plan de licenciement massif. Survivront uniquement celles et ceux qui sauront s’adapter Ă  une logique sans fin d’agrandissement et d’investissement, qui concourt largement Ă  rendre les “fermes” intransmissibles, non reprenables dans une logique d’agriculture paysanne.

Ces outils ne vont pas assez loin de notre point de vue : ils s’inscrivent pourtant bien Ă  contre-courant de la propriĂ©tĂ© absolue. La question fonciĂšre n’échappe pas Ă  la doctrine libĂ©rale et les outils actuels sont remis en question rĂ©guliĂšrement.

Certains n’ont pas attendu le dĂ©tricotage des outils publics de rĂ©gulation, devenus dĂ©suets au regard des pratiques plus rĂ©centes de « montage sociĂ©taire Â» en agriculture : ce ne sont plus des hectares de terres qui sont achetĂ©s mais des parts sociales, tout comme sur les places financiĂšres. Les outils de rĂ©gulation sont impuissants Ă  contrer ces phĂ©nomĂšnes d’accaparement. Les terres ne sont plus exploitĂ©es par des paysan-ne-s mais par des parts sociales. Si cette pratique existe dans les grandes plaines cĂ©rĂ©aliĂšres et certains vignobles, aujourd’hui, tous les secteurs agricoles sont touchĂ©s.

Disons-le clairement : le montage sociĂ©taire reprĂ©sente une grave menace sur le foncier. Accumuler sans avoir Ă  rendre de compte et vendre au plus offrant permet une spĂ©culation sans limite et aboutit Ă  la concentration des terres entre les mains de quelques personnes.

Dans le Jura, une situation fonciÚre préoccupante

Jusqu’à prĂ©sent, la maĂźtrise du prix des terres tenait le choc, mais le temps des opportunismes voraces fait surface particuliĂšrement dans le vignoble : spĂ©culation, montages sociĂ©taires, agrandissements excessifs vont bon train. La filiĂšre ComtĂ© quant Ă  elle peine Ă  dĂ©gager une vĂ©ritable politique de maĂźtrise de la taille des fermes, et malgrĂ© les volontĂ©s de lutter contre l’intensification de la filiĂšre, les fermes s’agrandissent Ă©hontĂ©ment. Les terres d’AOC (vin ou fromage) sont trĂšs convoitĂ©es – ce qui empĂȘche la nĂ©cessaire diversification du territoire – tandis que la limitation de la production par hectare met une pression Ă  la conquĂȘte de nouvelles terres.

RĂ©cemment, des ventes aux enchĂšres de parcelles ont vu les prix s’envoler ; la vente du domaine Ganevat [3] Ă  un oligarque russe, via un montage sociĂ©taire, a atteint des sommets dĂ©lirants, contribuant Ă  mettre le foncier viticole encore plus sous pression.

Nous ne pouvons plus laisser les accapareurs de tous poils agir en toute impunitĂ© ! Communs pour nourrir l’humanitĂ©, outil de travail des paysan-ne-s, les terres ne doivent pas devenir le nouvel eldorado des spĂ©culateurs !




Source: Basse-chaine.info