DĂ©cembre 6, 2020
Par Paris Luttes
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Le 2 octobre dernier, en affichant la volontĂ© de rendre « l’instruction obligatoire dans une Ă©cole Â», l’État a levĂ© le voile en rĂ©vĂ©lant enfin publiquement le mensonge dans lequel nous baignons tous depuis nos plus jeunes annĂ©es. La bouche de l’État a donc permis de rĂ©tablir trĂšs officiellement la vĂ©ritĂ© : non, l’école n’est pas, et n’a jamais Ă©tĂ©, lĂ©galement obligatoire dans la RĂ©publique française.

Ce dogme d’une Ă©cole obligatoire, l’école elle-mĂȘme nous l’aura fait annoner intĂ©rieurement chaque matin pour justifier sa main mise quotidienne sur l’essentiel de notre jeunesse. Main mise, oui, car qui peut dire avoir choisi d’aller Ă  l’école ? Heureux qui a eu la chance de pouvoir faire un tel choix. Parce que choisir de dire « oui Â» implique aussi bien d’avoir eu la possibilitĂ© de dire « non Â».

L’effet de cette rĂ©vĂ©lation, cependant, pourrait n’ĂȘtre que de bien courte durĂ©e. Car l’État prĂ©tend effectivement s’orienter vers une dĂ©cision « sans doute l’une des plus radicale depuis les lois Ferry de 1882 Â» [1] : instaurer la scolarisation obligatoire des mineurs. De fait, si un tel seuil devait ĂȘtre franchi dans la progression totalitaire de l’État, la vie de centaines de personnes d’ñges et de conditions trĂšs diverses serait directement et profondĂ©ment bouleversĂ©e.

Ce n’est pas que la situation actuelle soit idyllique, loin s’en faut. Car si pour les parents, ne pas inscrire un enfant dans une Ă©cole est bien lĂ©gal [2], ce n’est qu’à peine tolĂ©rĂ©. Et nous sommes quelques uns Ă  vivre dĂ©jĂ  de longue date avec, Ă  proximitĂ©, un sac contenant passeports, argent et quelques affaires de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Au cas oĂč. Parce que la pression est constante sur celles et ceux qui ne veulent pas d’une vie scolaire de quelque obĂ©dience qu’elle soit. Surveillance administrative, sociale, voire policiĂšre ou judiciaire, culpabilisation, pressions et menaces institutionnelles font partie de notre lot des annĂ©es durant pour avoir seulement fait ce choix, avec une Ă©volution lĂ©gislative toujours plus contraignante.

Mais il reste, jusque lĂ , malgrĂ© tout, ce petit quelque chose qu’on appelle une libertĂ© fondamentale, reconnue en plus comme un droit constitutionnel, et encore, inscrite dans la dĂ©claration des droits de l’homme. Rien que ça. Alors, vaille que vaille, de contrĂŽle en convocation, on tient bon et la vie continue, autrement plus intĂ©ressante. De fait, Ă  de trĂšs rares exceptions prĂšs, on ne vient pas chercher les gamins. Pas encore. Qu’on se rassure, nous ne prendrons pas ce risque. Simplement, ce qui vient d’ĂȘtre annoncĂ© prĂ©figure notre condamnation Ă  l’exil.

Nous sommes de tous ceux qui accordent Ă  la parole sensible sa pleine valeur, en tant qu’elle est le lieu de l’altĂ©ritĂ© et de la rencontre renouvelĂ©e. Aussi problĂ©matiques que puissent ĂȘtre le pouvoir des parents sur les enfants et des majeurs sur les mineurs, nous tentons de vivre dans la rĂ©alitĂ© d’une Ă©coute et du respect du dĂ©sir de chacun, convaincus que l’affection exclut la coercition. Alors, ces relations faites de confiance et d’attention que nous portons au fil des jours, comment pourrait-on seulement imaginer leurs faire subir la violence de la trahison Ă  laquelle prĂ©tendrait nous contraindre un tel changement lĂ©gislatif ?

Nous n’avons pas choisi d’accueillir parmi nous des ĂȘtres nouvellement nĂ©s, ceux avec qui nous partageons de saisons en saisons l’émerveillement d’exister, Ă  qui nous faisons en sorte d’offrir toutes les possibilitĂ©s de se dĂ©ployer dans le monde, nous n’avons pas accompagnĂ© au long des annĂ©es ces ĂȘtres qui nous sont chers, tout ça pour devoir briser un jour la trajectoire de leur Ă©panouissement ; qui plus est, au nom des phantasmes autoritaristes de quelque agent recruteur en marche vers le nĂ©ant.

Il ne saurait ĂȘtre question pour un pays de dĂ©cider d’enrĂŽler par la contrainte l’ensemble de sa jeunesse dans un service scolaire obligatoire – recrutĂ©e Ă  3 ans !! – sans se rĂ©vĂ©ler ouvertement comme ayant abouti Ă  ce qu’il tend chaque jour un peu plus Ă  devenir. Parce que nous ne parlons pas de principes Ă©thĂ©rĂ©s ici, nous parlons de leur rĂ©alisation la plus concrĂšte. Que croit-on qu’il adviendra des petits, comme de ceux qui ne le sont plus, qui ne se prĂ©senteront pas le jour dit ? Et Ă  celles et ceux qui les auront soutenus en refusant d’obtempĂ©rer au motif parfaitement injustifiable de les aimer ? Nous ne saurions vivre dans l’attente du jour oĂč ils viendront nous chercher. Fuir ou se cacher seraient nos seules issues. Qu’est-ce qu’un pays qui imposerait cela ?

La scolarisation ne peut pas devenir obligatoire. Nous rĂ©affirmons le droit inaliĂ©nable pour chacune et chacun – donc sans autorisation ni justification aucune – de pouvoir tout simplement vivre en paix.




Source: Paris-luttes.info