Juillet 19, 2022
Par Paris Luttes
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RĂ©gularisation des postiers et de tou.te.s les sans-papiers

Depuis plus de 8 mois des travailleurs de l’agence d’intĂ©rim RSI de Gennevilliers (92), de la plateforme colis DPD du Coudray-Montceaux (91) et de l’agence Chronopost d’Alfortville (94), ces deux derniĂšres entreprises Ă©tant des filiales de La Poste, sont en grĂšve pour leur rĂ©gularisation. Pour continuer Ă  mettre la pression sur la Poste (concernĂ©e par 2 des 3 piquets) et plus largement sur les employeurs et le gouvernement ainsi que pour soutenir financiĂšrement la grĂšve, Solidaires et Sud PTT lancent une campagne pour l’étĂ©.

2 novembre, 15 novembre et 2 dĂ©cembre. Ce sont, respectivement, les dates de dĂ©but de grĂšve des travailleurs de l’agence d’intĂ©rim RSI de Gennevilliers (92), de la plateforme colis DPD du Coudray-Montceaux (91) et de l’agence Chronopost d’Alfortville (94), ces deux derniĂšres entreprises Ă©tant des filiales de La Poste. Ces trois grĂšves ne forment en rĂ©alitĂ© qu’une lutte, les trois piquets participent ensemble Ă  toutes les initiatives (rassemblements, manifestations
). Leur unitĂ©, leur dĂ©termination et leur courage face Ă  l’adversitĂ© forcent le respect. Ils bravent des conditions climatiques allant du gel aux tempĂ©ratures caniculaires, en passant par la pluie. Mais leurs adversaires principaux ne sont pas le soleil, le vent ou la pluie, mais l’État et le patronat.

L’État, rouage du systùme d’exploitation des travailleurs/euses sans-papiers


En durcissant toujours plus les conditions de rĂ©gularisation, en multipliant les contrĂŽles policiers, en maintenant des centaines de milliers de personnes en situation de prĂ©caritĂ© et de fragilitĂ©, l’État les livre, en toute conscience, Ă  l’exploitation la plus brutale. Or ces travailleuses et ces travailleurs fuient, au pĂ©ril de leur vie, la misĂšre et les guerres qui sont le fruit d’un systĂšme nĂ©o-colonial dont l’État français est un des piliers. La politique ultra-rĂ©pressive en matiĂšre de sĂ©jour des Ă©tranger·e·s en France a des consĂ©quences sur les conditions de travail et de salaires.

Concernant DPD et Chronopost, l’État se fait le complice actif de la surexploitation des travailleurs mise en place au sein du groupe La Poste, deuxiĂšme employeur de France. Il s’agit bien d’un vĂ©ritable systĂšme, basĂ© sur la sous-traitance en cascade, du donneur d’ordre aux agences d’intĂ©rim, en passant par des sous-traitants. La principale entreprise sous-traitante utilisĂ©e par La Poste est Derichebourg, une entreprise prĂ©sente dans une multitude d’activitĂ©s industrielles et de services et qui dĂ©gage plus de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. C’est cette entreprise qui emploie des travailleurs sans-papiers pour le compte de La Poste, au Coudray-Montceaux comme Ă  Alfortville. Ou plutĂŽt employait car, sous pression de la mobilisation, La Poste a rĂ©siliĂ© les contrats avec Derichebourg
 mais uniquement dans les deux sites concernĂ©s par la grĂšve, alors que nous savons fort bien que des cas similaires existent un peu partout ailleurs.

La prĂ©fecture de l’Essonne, depuis le dĂ©but de la mobilisation a prĂ©fĂ©rĂ© discuter avec ces patrons voyous, leur dĂ©lĂ©guant mĂȘme une partie de ses prĂ©rogatives (l’établissement de dossiers), plutĂŽt que d’échanger avec les grĂ©vistes victimes de leurs combines. Dans le Val-de-Marne, la porte est close Ă  double tour depuis des mois. Il n’est pas Ă©tonnant que cette complicitĂ© Ă©tatique bĂ©nĂ©ficie Ă©galement au donneur d’ordre qu’est le groupe La Poste.

Le vrai visage du groupe La Poste

La Poste bĂ©nĂ©ficie (encore) d’une image d’entreprise de service public proche de la population, avec l’image d’Épinal du facteur ou de la factrice rendant de multiples services, notamment en milieu rural. Certes, l’image s’est Ă©cornĂ©e ces derniĂšres annĂ©es avec les suppressions d’emplois et de bureaux de poste qui s’enchaĂźnent, dĂ©gradant Ă  la fois le service public et les conditions de travail des agent·e·s. Les suicides et tentatives de suicide de postier·e·s depuis dix ans tĂ©moignent, de la maniĂšre la plus brutale qui soit, de cette dĂ©gradation.

Mais, plus on descend dans la chaĂźne de sous-traitance, plus le tableau se noircit. Philippe Wahl, le PDG de La Poste, ne s’en cache pas. Il dĂ©clarait ainsi, en fĂ©vrier 2021 devant la Commission des finances de l’AssemblĂ©e nationale : « La cohabitation dans une structure de salariĂ©s du groupe et de sous-traitants est une façon de tenir la concurrence. Tel est le cas de Chronopost ou DPD. Si les conditions sociales des facteurs Ă©taient transposĂ©es sur tous les salariĂ©s de Chronopost, cette sociĂ©tĂ© disparaĂźtrait. Â». On pourrait aussi discuter du « modĂšle social Â» de La Poste maison-mĂšre, mais, sous couvert d’une lutte contre la concurrence (encouragĂ©e par les patrons successifs de La Poste), c’est l’existence de conditions sociales au rabais qui est assumĂ©e. Or, au bout de cette chaĂźne, il y a l’exploitation sans vergogne de travailleurs/euses sans-papiers obligé·e·s de bosser avec des horaires de dingues, incompatibles avec l’usage des transports en commun, dont les heures supplĂ©mentaires (voire mĂȘme une partie des heures tout court) ne sont pas payĂ©es et dont les missions sont interrompues dĂšs qu’ils rĂ©clament leurs droits. Et ça, en revanche, la direction La Poste, ne l’assume pas publiquement. Elle n’a de cesse de nier tout lien entre ces travailleurs et le groupe. L’honnĂȘtetĂ© patronale a des limites, le cynisme non.

Une lutte qui concerne tou·te·s les travailleurs/euses

DerniĂšrement, sur un chantier des Jeux Olympiques, un scandale sur l’exploitation des Sans-papiers a Ă©clatĂ© et a conduit Ă  leur rĂ©gularisation. Les grands groupes, Bouygues, Eiffage, Vinci ne sont jamais mis en cause. C’est toujours au bout d’une cascade de sous-traitance qu’on trouve les Sans-papiers
 et, si ce n’est pas en travail au noir, c’est en intĂ©rim. Les grĂ©vistes de RSI Ă  Gennevilliers sont ainsi tous intĂ©rimaires avec des contrats Ă  la semaine et travaillaient sur des chantiers dans des conditions indignes.

L’enjeu de la lutte des travailleurs des trois piquets est trĂšs important !

  • ll est important pour leur dignitĂ©, l’égalitĂ© des droits et pour que justice leur soit rendue.
  • Il est important pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs sans-papiers dans le pays, dans un contexte oĂč le poids grandissant de l’extrĂȘme-droite et son influence sur une large partie du spectre politique fragilisent encore plus leur situation.
  • Il est important pour l’ensemble du monde du travail, car quand les droits des plus prĂ©carisé·e·s progressent, ce sont les conditions de toutes et tous qui s’amĂ©liorent. Dans le cas inverse, tout le monde paie l’addition. Pour s’en convaincre, il suffit, en prenant l’exemple de La Poste, de noter par exemple que l’intĂ©rim explose littĂ©ralement (+ 132 % en deux ans !).

À La Poste et ailleurs, la solidaritĂ© doit s’exprimer le plus massivement possible, par tous les moyens nĂ©cessaires (militants, financiers, politiques
).

DĂ©fi de l’étĂ© : diffusons ce tract, collons des autocollants, soutenons cette lutte pour la rĂ©gularisation des Postiers et de tou·te·s les sans-papiers devant tous les bureaux de Poste !

Rendez-vous

  • Mardi 19 juillet Ă  13h Ă  CrĂ©teil devant la Poste, 3 Place Salvador Allende. Manifestation jusqu’à la prĂ©fecture du 94.
  • Jeudi 21 juillet Ă  13h Ă  Nanterre Ă  l’Arche de la DĂ©fense. Manifestation jusqu’à la prĂ©fecture du 92.



Source: Paris-luttes.info