Alors que les Identitaires avaient cru pouvoir défier impunément, avec leur banderole provocatrice, la foule venue manifester samedi 13 juin contre le racisme et les violences policières, ils ont finalement été ridiculisés par des manifestants particulièrement agiles et courageux…

Pour pallier leur incapacité à mobiliser dans la rue, les Identitaires, en particulier depuis la création de Génération identitaire[] ont une technique bien rôdée pour faire parler d’eux à moindre frais : déployer à une dizaine une banderole de grande taille sur un bâtiment, en se mettant en scène et en se filmant sous tous les angles pendant quelques dizaines de minutes, pour ensuite tenter de faire le buzz sur les réseaux sociaux. Ainsi, récemment, des banderoles ont été exhibées :
à Nancy en octobre 2019 face à un rassemblement d’Algériens protestant contre Bouteflika ;
– à proximité de la préfecture de Bobigny (93) en mars 2019 ;
– sur le bâtiment abritant l’association d’aide aux migrant·e·s SOS Méditerranée à Marseille en octobre 2018.

Quand les Identitaires essayent d’intervenir directement dans la rue, l’échec est généralement cuisant, comme à Lille en 2015 ou lors de la manif contre les violences faites aux femmes en 2020. Aussi, nos courageux fachos choisissent en général des cibles sans risque, si ce n’est celui de se faire embarquer par la police : ils savent n’avoir, eux, rien à craindre des violences policières, comme on le verra plus loin…

Cette fois, c’est face à des milliers de personnes réunies contre les violences policières et le racisme à Paris que les Identitaires ont déployé leur banderole provocatrice. En haut de l’immeuble qui fait l’angle de la rue du Temple et de la place de la République, une dizaine de militant·e·s de Génération identitaire ont mis en place une banderole dénonçant le prétendu « racisme antiblanc », un concept cher au mouvement identitaire qui, s’il n’en est pas l’inventeur, en fait largement la promotion. Et pour cause : ce racisme anti-blanc a le double avantage d’une part d’inverser de façon artificielle la réalité du véritable racisme dans notre société (qui s’exerce justement contre les “non-blancs”, antisémitisme mis à part), tout en niant les racines sociétales de ce même racisme.

De gauche à droite : Johan Teissier, Thaïs d’Escufon et Jérémie Piano.

Sur la dizaine de militant·e·s, quelques têtes connues, dont certain·e·s revendiquent l’action sur les réseaux sociaux : Thaïs d’Escufon, militante à Toulouse et égérie du mouvement (on voit régulièrement sa tête dans la propagande identitaire), Johan Teissier de Montpellier ou encore Jérémie Piano actif sur Aix et Marseille. On avait déjà vu leur tête lors de la pathétique manifestation islamophobe du 17 novembre 2019. Il s’agissait donc d’une action préparée à l’échelle nationale par le mouvement.

Très vite, des voisins du dessous, chaleureusement applaudis par la foule qui conspuait déjà la banderole rouge et blanche, réussissent à en arracher une partie, mais sans vraiment en masquer le message (seul le hashtag emprunté aux suprémacistes blancs américains et qui parodie Black Lives Matter a très vite disparu).

Dans la manif, on scande “tout le monde déteste les fascistes” ; et contrairement à ce que voudrait faire croire une certaine presse, aucun slogan antisémite n’a été repris par les manifestante·s. Sur une vidéo fort opportunément diffusée sur les réseaux sociaux au moment même où l’extrême droite paradait, on entend bien un individu crier “sales Juifs”, des propos inacceptables et racistes dirigés apparemment et contre toute logique contre les militants d’extrême droite. Si les quelques secondes de cette vidéo ne permettent pas de savoir qui les a prononcés ni même si ces propos ont ou non suscité une réaction par la suite, le fait que quelqu’un ait pensé pouvoir les tenir dans une manifestation antiraciste reste très problématique. On est bien loin, cependant, des dizaines de manifestants scandant “Juif, la France n’est pas à toi !” dans les rues de Paris lors de la manif d’extrême droite “Jour de Colère” en janvier 2014… Et que Valeurs actuelles, bizarrement, n’avait pas jugé bon d’évoquer à l’époque.

Cette première riposte antifasciste n’a pas empêché, loin s’en faut, nos racistes de parader et provoquer la foule, faisant la chenille, craquant quelques fumigènes, certain·e·s de leur impunité. Mais, après environ une demi-heure, à quelques dizaines des identitaires, une tête recouverte d’un t-shirt blanc surgit au niveau du toit, et commence à attirer l’attention des militant·e·s d’extrême droite en faisant du bruit : quelques fachos se rapprochent.

En jaune, l’identitaire berné par l’Acrobate, en rouge.

Mais ce que les militants d’extrême droite ne voient pas, c’est que pendant ce temps, juste en-dessous, un jeune homme surgit de nulle part se faufile, escalade une grille et longe la façade avec une agilité digne de celle de Mamoudou Gassama. Tranquillement, celui dont on apprendra plus tard qu’il est connu, sous le nom d’Acrobate, pour sa pratique des sports extrêmes, décroche la banderole face à trois identitaires visiblement médusés par le culot du jeune homme, et en fait une boule, sous les acclamations de la foule, avant d’aller directement au contact des Identitaires ridiculisés.

Tandis que quelques autres manifestants se retrouvent sur le toit et que quelques coups rapides sont échangés de part et d’autre, les militants d’extrême droite, pris entre deux feux, n’ont d’autre choix que la fuite, sous les huées de la foule des manifestant·e·s qui les attendent de pied ferme en bas. La police, dont on se demande ce qu’elle faisait depuis plus de trente minutes, finit par se montrer sur le toit, tandis qu’en bas, les Identitaires sont tranquillement exfiltrés par cette même police, provoquant la colère des manifestants qui bousculent une barrière anti-émeutes, entraînant en retour un tir nourri de grenades lacrymogènes qui dispersent provisoirement une partie des manifestant·e·s.

Pendant ce temps, les militant·e·s d’extrême droite, traités avec la plus grande mansuétude par les flics, se permettent, sans entrave, de faire des selfies dans le fourgon qui les emmène pour un rapide contrôle d’identité, avant de ressortir libres comme l’air et de se mettre tranquillement en terrasse.

Les identitaires face à la violence policière : on sent que le passage au commissariat a été difficile…

De cet épisode, on peut au moins retenir trois choses :
1) le mode opératoire des Identitaires a montré ses limites, et leur opération de communication s’est finalement en partie retournée contre eux ;
2) la police, en toute circonstance, sait montrer ses préférences en politique, et les militants d’extrême droite savent pouvoir compter sur la mansuétude des forces du désordre ;
3) tout·e antifasciste qui se respecte devrait être adepte du parkour ou de l’escalade, ou au minimum à vaincre son vertige !

La Horde


Article publié le 14 Juin 2020 sur Lahorde.samizdat.net