Au mépris des conventions et des lois relatives au droit d’asile, les pouvoirs publics maintiennent aveuglément le cap vers des politiques mensongères, inhumaines et irresponsables.


Depuis le 8 janvier, suite au décès d’une réfugiée sous une tente située à deux pas de l’armée du salut, des bénévoles s’organisent afin de mettre à l’abri des familles en demande d’asile. Malgré de nombreuses interpellations, la Mairie et la Préfecture restent sourdes et ressassent inlassablement la même litanie mensongère : Reims serait une « ville d’accueil », selon le maire, mais on a déjà donné , circulez y’a rien à voir, le préfet préfère se retrancher derrière des prétextes nébuleux, le dispositif d’accueil serait saturé, l’Etat ferait néanmoins ce qu’il peut.

L’appel d’air : ce vieil argument du père Le Pen est désormais repris en choeur, on refuse de regarder en face la misère du monde qu’on balaie d’un revers de la main gauche tout en caressant de la droite un électorat d’autant plus facile à manipuler du fait d’une politique ultra-libérale désastreuse et propice aux populismes.

Ainsi des sommes folles sont dilapidées pour des réalisations prestigieuses, on bichonne un Centre ville, sanctuaire touristique et consumériste, on se gargarise pour zozoter des discours élogieux en hommage aux humanistes d’un temps révolu, on s’étourdit devant les niaiseries de la foulée des sacres, on glorifie le kitsch chrétien d’une Jeanne d’Arc, et -parallèlement mais silencieusement-, on entasse les réfugiés chez les marchands de sommeil, on met en pratique des mesures indignes afin de dissuader les arrivées. On menace d’expulsion un collectif qui a osé une réquisition solidaire.

Par ailleurs les délais imposés aux demandeurs d’asile restent démesurément longs. Après s’être déclarée, en toute régularité il y a plus d’une semaine auprès du Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA), une famille n’a obtenu de rendez-vous que le 14 juin pour pouvoir simplement remplir sa demande officielle. Pendant ce laps de temps, on la réduit à néant. Elle appartient sans doute à cette catégorie créée par Macron et nommée « les gens qui ne sont rien ». Du simple fait de cette appartenance, on méprise l’humain, on le met en péril. Cette famille, à la rue depuis son arrivée à Reims, vient de passer une première nuit sous une tente. Hier soir, après l’installation d’un campement dérisoire, nous étions gratifiés de quelques paroles et sourires de reconnaissance, et pourtant c’est une honte tenace et profonde que nous ressentions.

Il serait temps que les autorités responsables voient plus loin que leurs prétentions carriéristes de petits politiciens et considèrent qu’il n’y a pas à tergiverser en matière de droits de l’homme. Il y a une seule façon humaine d’exister et d’agir. Si des élus veulent réapprendre le sens de la fraternité, ils peuvent s’inscrire auprès de nos services pour une formation accélérée.


Article publié le 07 Juin 2019 sur Reimsmediaslibres.info