Janvier 9, 2021
Par Le Poing
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La loi de sécurité globale, la loi contre le séparatisme, renforcent encore les pleins pouvoirs policiers. De quoi craindre toujours plus de violence, au lieu de la paix annoncée.

Malgré eux est un court-métrage de fiction, réalisé par Djigui Diarra, sorti de la Femis (la plus grande école de cinéma en France). Il a été tourné à Grigny en septembre 2017. C’est une commune de banlieue parisienne que le réalisateur connaît très bien. Le format court de son film, son caractère fictionnel, permettent de donner une force inouïe au récit resserré de l’engrenage infernal de la violence. Un bras de fer auquel participent activement les forces de police.

Ce film faisait l’objet d’une double projection, assortie d’un débat en présence du réalisateur, ce vendredi 8 janvier à La Paillade. Ces rendez-vous étaient organisés conjointement par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et l’association Droit au Logement (DAL). Ces deux entités sont par ailleurs engagés dans la mobilisation contre les nouvelles lois liberticides du gouvernement. Mais le lien entre ces lois et le vécu de la violence, n’est pas partout le même, selon les quartiers et les populations concernés. A La Paillade, les récents règlements de compte à la kalachnikov ont été traumatisants.

La première projection, ce vendredi, s’est faite dans les locaux de l’AJPPN (anciennement Association Des Jeunes Phobos Paillade Nord). Il n’y avait guère d’habitants du quartier. Mais le débat fut très riche quand même. Car plusieurs femmes gilets jaunes étaient présentes dans la salle. Parmi elles, Kaïna, qui a grandi en cité, et a été grièvement blessée d’une balle de LBD en décembre 2018.

Une gilet jaune a bien expliqué comment elle connaissait l’existence de la violence policière dans les quartiers. Mais elle n’en avait pas fait l’expérience directe. Pour elle ça n’a plus arrêté dans les manifs : « On s’est découverts terroristes, casseurs, délinquants, avec des motivations antisémites, homophobes, et j’en passe. Tout pour vous rabaisser, vous déclasser, et justifier n’importe quel mauvais traitement ». Cela fait écho avec la perception des habitants des cités. C’est à la base du mépris et de la défiance.

Mais cette dame poursuit : « Franchement, je pense qu’on a fait un chemin pour mieux vous comprendre, mais il faudrait que ça se passe aussi dans l’autre sens, il faudrait qu’on soit rejoint par ces habitants ». Djigui Darria, le cinéaste, estime que les prises de conscience sont longues à se faire ; mais qu’il faut avoir confiance : « D’autres mouvements viendront. De grands mouvements » assure-t-il. « C’est la seule façon de se faire entendre ».

La seconde projection avait lieu dans les locaux de Kaïna TV, en direct live pour leur émission. Cela impliquait un certain nombre de contraintes liées aux conditions concrètes du direct, contrariant la fluidité du débat. Le film Malgré eux relate un fait de société présent depuis fort longtemps dans les quartiers populaires. C’est cette thématique qui a été discutée, mais sans être creusée. Une fois l’analyse énoncée par la LDH sur les nouvelles dispositions de la loi de sécurité globale qui nous promet une société de surveillance totale et globale dans un continuum de sécurité entre la police nationale, la police municipale et les agences de sécurité privées dont les dispositions sont au service du numérique, que fait-on de l’histoire des quartiers ?

Un début de débat a été amorcé, seulement amorcé sur les quartiers délaissés depuis si longtemps à la fois par les politiques publiques mais aussi par tous les acteurs et actrices de la société civile. Autant ce court métrage souligne que la violence des contrôles nourrit et amorce une violence dans les quartiers autant on peut se demander si aujourd’hui c’est vraiment la loi de sécurité globale la vraie question des quartiers, l’enjeu prioritaire ? Le lien entre ces deux sujets a posé problème dans le débat sans pouvoir être traité.

Certains évoquent la convergence des luttes, ou l’intersectionnalité. Mais est-ce que cela répond à des réalités que d’autres relèvent ; par exemple, que la prison est un centre de formation à la délinquance des jeunes qui s’y trouvent incarcérés, ou bien l’absence d’un quelconque pouvoir des associations de quartiers dans l’élaboration des politique publiques….

Deux propositions concrètes ont émergé pour impliquer et redonner de la force aux habitants des quartiers : d’une part la mise en place d’une permanence hebdomadaire juridique tous les mercredis de 14h à 17h dans les locaux de l’AJPPN 151 rue Pierre Cardenal bât 9 sur : la police, la justice, la prison ; une réponse citoyenne d’accès aux droits et d’éducation populaire, en partenariat DAL-HLM / LDH et AJPPN. D’autre part, le lancement d’une réflexion concrète sur la nécessité d’impliquer les habitants des quartiers en leur donnant du pouvoir et un poids politique…

La prochaine manifestation du 16 janvier contre la loi de sécurité globale partira de La Paillade…




Source: Lepoing.net