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Mais qu’est-ce qui fait bouillir La Marmite ?! – Ici et maintenant

Mais qu’est-ce qui fait bouillir La Marmite ?!



Rédigé par ici et maintenant

18 octobre 2021

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Maxime Ă  la
guitare et au chant, R–Man à la guitare et EsGibt aux
machines et aux chƓurs. C’est un trio devant lequel tu
Îtes ton galérien ou ta bùche. Une machine
musicale infernale : La Marmite. DĂšs qu’il s’y
met, il sort son flingot libertaire. Et pas du genre Ă  se
déballonner. De
l’électro,
du riff alternatif, de la boĂźte Ă  rythme. Puis du texte.
Lorsque t’as fini l’écoute d’un album, ton
ciboulot se sent bien. T’as l’impression d’avoir
Ă©cout
Ă©
un Ă©pisode de « C’est pas sorcier » pour les
arsouilles anarchistes ! Avec EsGibt à la manƓuvre
et
Sandro du groupe Ici & Maintenant (FA) pour recueillir le
bouillon
.

Sandro :
Sur
l’album
Le
Sang Bouillant
,
on croise Jean-Baptiste Clément, Richepin, Rosa Holtz,
Brassens, Garcia Oliver et Durruti… On sent oĂč on fout
les pieds !

EsGibt :
Il est vrai qu’il y a sur cet album 4 reprises sur 13 morceaux :
Giroflée Girofla (avec le texte antimilitariste et antiguerre
Ă©crit en Allemagne par Rosa Holtz en 1935), La petite
Hirondelle (tel quel, en clin d’Ɠil contre la propriĂ©tĂ©
privée), Les Philistins (le texte de Jean Richepin mis en
chanson par Georges Brassens). Et enfin une réinterprétation
Ă©lectro-punkoĂŻde de la Semaine sanglante, Ă©crite
par Jean-Baptiste Clément aprÚs le massacre des
insurgés par les Versaillais sur les barricades de la Commune,
chanson que nous avons eu la grande Ă©motion de chanter un jour
avec Francesca Sollevile, venue jouer au Cheval déchaßné,
notre petite salle de concerts, accompagnée par sa pianiste
fidĂšle, Nathalie Fortin. C’est Francesca, avec Mouloudji et
Mestral, qui enregistra en 1971 l’album « La commune en
chantant Â», chansons d’un spectacle du mĂȘme nom
qu’ils portĂšrent Ă  l’Ă©poque de nombreuses fois
sur les planches. Nous avons un peu adapté le morceau pour
qu’il s’intĂšgre dans notre set, et nous avons changĂ© la
derniĂšre strophe de la Semaine sanglante en « A
quand la fin de la terreur, de la justice et du travail ? Â»,
au sens oĂč le travail et la justice font partie de la sociĂ©tĂ©
marchande, du capital,  dont il s’agit pour la rĂ©volution
sociale de se défaire à la racine.

A
ces 4 morceaux s’ajoute Golpe por Golpe (Coup pour coup) auquel tu
fais allusion car la voix qu’on y entend est celle d’un discours que
Garcia Oliver prononça en 1937 sur la tombe de Durruti
(extraite ici du film fort intĂ©ressant « Ortiz,
gĂ©nĂ©ral sans dieu ni maĂźtre Â» rĂ©alisĂ©
en 1996 de Ariel Camacho, Phil Casoar et Laurent Guyot). Comme nous
l’expliquons dans le livret du disque, Garcia Oliver parle lĂ 
avec justesse des groupes anarchistes Los Solidarios (1923) et
Nosotros (1931) dans lesquels il milita activement avec Durruti et
Ascaso, alors qu’au moment de prononcer ces mots, il est totalement
compromis en tant que l’un des 4 « ministres anarchistes Â»
dans le gouvernement républicain de Largo Caballero,
gouvernement opposé au mouvement révolutionnaire en
cours et soutenu par les dirigeants de la CNT, qui ont appelé
Ă  renoncer Ă  l’instauration du communisme libertaire au
profit (et c’est le cas de le dire) de la guerre antifasciste et du
productivisme industriel de guerre. Les recherches et publications du
collectif des « GimĂ©nologues Â» sont
assez passionnantes Ă  ce sujet.

Comme
l’ont affirmĂ© Los amigos de Durruti en 1937, 
« L’unitĂ©
antifasciste n’a Ă©tĂ© que la soumission Ă  la
bourgeoisie… Pour battre Franco, il fallait battre Companys et
Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait Ă©craser la
bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il
fallait détruire de fond en comble
l’État
capitaliste 
(…).
L’apolitisme anarchiste a Ă©chouĂ© Â»
.
Dans Golpe por Golpe, nous jouons donc en quelque sorte le Garcia
Oliver rĂ©volutionnaire contre lui-mĂȘme… On peut
rappeler par ailleurs que la France du Front Populaire ferma ses
frontiÚres aux réfugiés espagnols, avant de les
parquer en dernier recours dans des camps infĂąmes oĂč
beaucoup périront.

Cet
emprunt Ă  l’anarchisme rĂ©volutionnaire en Espagne de
mĂȘme que les reprises Ă©voquĂ©es plus haut sont une
façon pour nous de nous relier à un fil historique
rĂ©volutionnaire, et de critique sociale, qui s’est exprimĂ©e
par les armes, par le texte, par la parole, par la chanson aussi.

Sur
l’album suivant, Travail-Famine-Patrouille, on trouve une reprise du
« standard Â» de RenĂ© BinamĂ©,
« Vocations Â», de mĂȘme qu’une
rĂ©interprĂ©tation des « Robots Â»
de Kraftwerk en 
« Robots-Citoyens-Soldats Â» et
d’un vieux standard belge de l’Ă©lectro, « U-Men Â»,
adapté en langue wallonne, le dialecte de la partie
francophonisée de la Belgique. Le prochain album ne devrait
cette fois pas comprendre de reprise


S :
Sur de
l’Ă©lectro qui coudoie des sons venus tout droit du
rock alternatif. Deux grosses influences musicales?

EG :
Haaa on ne peut rien te cacher… Si l’on remonte un peu en arriĂšre,
certains des premiers morceaux de La Marmite avaient existé
sous d’autres formes dans des formations antĂ©rieures de notre
chanteur, Maxime. Depuis 2012, on a fait Ă©voluer la boĂźte
Ă  rythme assez « BĂ©ru Â» des
débuts vers un son et des séquences plus électros,
avec des basses-synthés, des samples, et les claviers que je
joue en concert, et toujours les guitares bien sĂ»r… Les
machines ne sont jamais que des outils, qui accompagnent d’ailleurs
assez bien une dĂ©marche musicalement « punk Â»
(d’oĂč l’essor de l’Ă©lectro-punk) : une Ă©nergie
assez brute peut ĂȘtre lancĂ©e (tout seul ou en groupe)
avec peu de matériel, énergie sur laquelle on pose le
reste. Le punk a frayé dÚs les années 80 avec
l’Ă©lectro, en version dure ou version pop, et La Marmite se
situe dans cette filiation hybride.

Nos
morceaux sont clairement impulsés dans une optique de jeu en
concert, avec l’Ă©nergie qui peut s’y dĂ©ployer, la
disto, les amplis (guitares et claviers). En mĂȘme temps, que ce
soit avec le cÎté chanson comme avec le cÎté
exploration sonore ou que ce soit avec le cÎté plus
accessible comme avec le cÎté plus rugueux, industriel,
on taquine (ou l’on pervertit, c’est selon) gentiment les standards
du genre. Ce n’est pas propre Ă  La Marmite, mais la maniĂšre
dont on le fait y donne son cachet particulier, je pense.

En
concert « Ă§a envoie Â» de maniĂšre
jubilatoire, sonore et textuelle, mais toujours en se mettant en
position de connivence, pas juste pour « atomiser Â»
le public. Si la connivence devait foirer, le concert foirerait, ou
serait simplement « exĂ©cutĂ© Â», au
double sens de « prestĂ© Â» et « tuĂ© Â».
On a de la rage contre cette société marchande qui
s’oppose radicalement Ă  notre humanitĂ©, aux besoins des
ĂȘtres vivants, mais les groupes « trĂšs fĂąchĂ©s
et trĂšs mĂ©chants Â» sur scĂšne et sur
disque, je trouve cela un peu fatigant. PlutĂŽt la connivence :
ce qui nous lie, contre ce qui nous détruit.

S :
En
juin 2018, sort le deuxiĂšme album: 
Travail
– Famine – Patrouille
.
C’est prĂ©monitoire comme truc ! En ces temps de
souriciĂšre sanitaire…

EG :
Ha, bonne question ! Évidemment, ce qui peut paraĂźtre
prĂ©monitoire est surtout dĂ» au fait que l’État
a Ă©tĂ© peu surprenant depuis l’apparition de ce
Covid-19. Au-delĂ  des incohĂ©rences de gestion, c’est
quand mĂȘme fondamentalement le « business as usual Â»
qui a été sauvé, de la production à la
finance en passant par la répression. Certains ont voulu y
voir un « retour de l’État Â» qui,
face à une pandémie, aurait repris la main au prix de
contraintes imposées à la machinerie économique.
L’État semble en effet parfois « faire face Â»
Ă  l’Ă©conomie, parce qu’il est censĂ© assurer sur
le long terme le cadre (et la paix sociale) dans lequel pourra
continuer Ă  se dĂ©ployer la voracitĂ© du profit ;
il n’en reste pas moins un appendice de l’Ă©conomie, au service
de celle-ci.

Face
à la pandémie, les courants souverainistes (de
droite comme de gauche, faut-il le rappeler),  parfois trĂšs
virulents contre les gouvernements, réclament en fait plus
d’État « au service de la Nation Â»,
et voient dans l’internationalisation des gestions de crise
(notamment sanitaire) une dépossession de la souveraineté
nationale au service des multinationales, etc. Aussi loin qu’aille la
dĂ©nonciation des intĂ©rĂȘts financiers colossaux en
jeu, c’est du vent si l’on laisse intouchable le mode de production
capitaliste lui-mĂȘme, et l’exploitation. Aussi loin qu’aille la
dĂ©nonciation de la corruption, des conflits d’intĂ©rĂȘts,
des politiques menées au service du profit (ce qui est une
rĂ©alitĂ©), c’est du vent si l’on ne s’en prend pas Ă 
la politique elle-mĂȘme, ce fossoyeur en chef des luttes.

A
ces aspects se sont ajoutés les questions de la santé,
de la science, de la médecine, sur laquelle la critique
révolutionnaire est en général bien faiblarde
voire trÚs absente, et acculée, pour contrer le
discours dominant, Ă  s’appuyer sur la parole de scientifiques
certes dissidents et ostracisés mais qui ne sont porteurs
d’aucune perspective d’Ă©mancipation rĂ©elle. Or c’Ă©tait
sans doute l’une des premiĂšres choses Ă  souligner :
lorsque l’État, les institutions sanitaires nous parlent
de notre santé, ils ont déjà un cadavre dans la
bouche… Et lorsque l’État profite du dĂ©sastre
sanitaire (qu’il contribue sans cesse Ă  produire et aggraver)
pour casser la vague de lutte internationale de 2019-2020, il empile
les cadavres de plus belle. LĂ  aussi la critique radicale a Ă 
se distinguer de la politique-fiction « alternative Â» :
l’opportunisme marchand et rĂ©pressif qui s’organise (y compris
dans des instances officieuses, hors de vue) et se déchaßne
en lançant une soi-disant « mobilisation gĂ©nĂ©rale
contre le virus Â» ne signifie pas pour autant que tout
cela aurait été préparé et écrit
d’avance. Notre prochain album, intĂ©gralement Ă©crit
durant cette période, sera assez marqué par tout
cela…

Pour
en revenir Ă  « Travail-Famine-Patrouille Â»,
titre de notre dernier album et de sa plage titulaire, il nous est
venu d’un graffiti durant le mouvement contre la « Loi
travail Â» en France en 2016. Le thĂšme du travail
est assez rĂ©current dans nos chansons, car c’est Ă©videmment
le lieu de l’exploitation et de l’aliĂ©nation de nos vies, bien
au-delĂ  du temps et de l’espace dĂ©diĂ©s aux
heures payées


Plus
d’infos : http://www.aredje.net/la-marmite

Les
albums de La Marmite sont disponibles en France chez votre disquaire,
grĂące Ă  Distribution de la Zone Mondiale

Cette
interview a été publiée initialement dans le
Monde Libertaire n°1830, juillet-août 2021. Disponible à
l’achat au numĂ©ro pour 2€ :
https://monde-libertaire.net/abonnements/au-numero/53-monde-libertaire-n1811.html

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Source: Ici-et-maintenant.group